CHAPITRE PREMIER
enfin au sud-ouest par les Vellocasses et au nord-ouest par les Calètes^^^ avait pour capitale Bratuspantium, La détermination précise du lieu oii était placée celte capitale a soulevé de très longues discussions ^^^ : aujourd'hui même, si Fon a à peu près abandonné l'opinion qui veut que Bratuspan-tium ait été sur l'emplacement de Beauvais, on n'est pas encore parvenu à s'entendre sur la position exacte de cette ancienne ville. Tout ce que l'on sait de certain, c'est que, pendant les guerres soutenues par les Bellovaques contre Jules César, Bratuspantium fut détruit, et une ville nouvelle bâtie par le vainqueur. Ce fut Caesaromagus, devenu plus tard Beauvais.
Ce nom de Caesaromagus resta pendant quelque temps le nom de notre ville; on lé^trouve dans Ptolémée^*^ et dans l'itinéraire d'Antonin ^*^. Mais, en même temps, la circonscription dont elle était le chef-lieu continuait à être désignée par l'expression civitas BeUovacorum^^\ et c'est de cette dernière dénomination que vint le terme d'appellation de la ville sous les Mérovingiens et dans les siècles suivants. C'est ainsi qu'on employa Belvacus^^K Behagus^'^\ Bellovacum, Belgivacum^^K Ulmar, moine de Saint- Waast, écrit Belvagum^^^; les actes des évéques du Mans contiennent Belviacus^^^K Plus tard encore, on dit BelloactM^^^\ Belvagica urbs^^^^ et enfin Belhvaeum et Belvacum; ces deux derniers noms sont à peu près exclusivement employés pendant le moyen âge, depuis le x* et le xi' siècle. Les monnaies carolingiennes frappées à Beauvais portent Beeevacus ^^^\ Bavaca civitas ^^^\ BelvagU8^^^\ Bellevacu8^^^\ Belvacu8^^'^\ etc.^^^^
(') Géographie physique et hiêiorique du déparlement de l'Oise j par MM. L.-E. Deladreue et L. Pihan. (Ëxlrait de V Annuaire de l'Oise, 1885-1 886, p. 58.)
c«) Ibid., p. 59-61.
("** Hiêtoriens de France, t. I, p. 76 G.
W Ibid., p. 107 et 108.
(^) Notice des provinces de la Gaule : ibid., p. ia3. — Panegyric, Eumemi m Cotutoniium: ibid., p. 71a.
W Vita S. EUgii, hv. ï, cb. 3a.— Capitulaires de Louis le Pieux : Baluse, Capitularia, t. I, p. 6A1 et 7&3.
^'î Calendrier de Gorbie du viii* siècle, cité par MM. Danse, Borel et Bncquet, loe.
cit.
<•) Hincmaris opéra , t. II , episL 1 9, p. s 7 9 ; epist, sg,p, 891, etc.
(*) Acta sanctorum Benedietini ordinis de Mabitlon, saec, h, pars 1" p. 6o3.
(10) Mabillon, Analecta, L III, p. 9/17.
('1) Martyrologium Bellovacense vêtus, f/ id. jan. — Martyrologium S. Nieolai, eod. die.
(Bibl. de Troussnres.)
(*^) Charte de la fondation de Saint-Nicolas en 1087 : Loisel, Mémoires. . ., p. 958. — Louvet, Anliquiiez du Beaucoisis, t. I, p. 690.
(13) Gariei, Monnaies royales de France sous la race carolingienne, t. II , p. 9 1 5 , pi. XX VII , n* /19.
(") Id..»&irf.,n"5o.
(») Id., ibid., p. 971, pi. XLÏI, n« U».
('^' Id., ibid., p. 990, pi. XLIX, D* 8.
07) Id., ibid., p. 3oo, pi. LUI, n" 3.
(*") Cf. Mémoire sur l'ordre politique des Gaules qui a occasionné le changement du nom de plusieurs villes, par Tabbé Belley, dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions, L XIX (année 1753), p. ^5 et suiv.
Si Bratuspantium avait élé la capitale d'un des peuples le plus renommés du nord de la Gaule, la nouvelle ville bâtie par César parait ne pas avoir eu la même importance. En effet, dit M. Tourillon^^^ cdoin de prospérer sous l'influence de la civilisation romaine, elle décrut chaque jour et se vit effacée par les cités qui l'environnaient. C'est Reims, son ancienne rivale, qui est élevée au rang de métropole; Soissons, Châlons, Arras, Cambrai, Tournai, Senlis même sont nommées avant elle dans la Notice des provinceê de la Gaule. A peine obtient-elle le neuvième rang parmi les villes de la deuxième Belgique tj. La Notice des dignités de V empire se tait sur son compte et ne lui attribue aucun grand fonctionnaire. C'était, en somme, une assez petite ville, une simple bourgade, dont l'étendue fut sans doute encore restreinte à l'époque de Néron, quand, è l'imitation d'autres villes qui devaient résister aux Barbares » elle fut entourée d'une enceinte fortifiée.
Les fondations de ces murailles sont conservées en grande partie ; elles permettent de délimiter d'une façon précise dans la ville actuelle l'ancienne cité et de reconnaître le plan des fortifications romaines. Ces murs, entourés d'un large fossé, réduit aujourd'hui à un ruisseau couvert, formaient un rectangle dont les côtés les plus longs étaient ceux du nord et du sud. De grosses tours carrées flanquaient les quatre coins; des tours rondes coupaient les courtines dans leur longueur. On trouve encore au moins les assises de trois de ces tours rondes ^^l
La cité comprenait alors l'espace borné aujourd'hui par le boulevard qui se trouve derrière le Palais de justice, le boulevard Antoine-Loisel , la place de la poterne Saint-Louis, la rue du Théâtre, la rue et l'impasse Beauregard et la rue de l'Evéché. Une large rue, allant de l'est à l'ouest et aboutissant aux deux seules portes, partageait la cité : l'une de ces portes à l'est s'appelait la porte du Châtel, l'autre correspondait à peu près à la porte du Limaçon. Voilà ce que dans tous les textes du moyen âge, depuis le ix* siècle, on appellera la civitas, le castellum, par opposition aa hurgum et au suhurhium. D'après l'itinéraire d'Antonin, la voie romaine d*Amiens à Soissons passait par Beauvais^'^; une autre voie passant par Mantes et Pontoise mettait la ville en communication directe avec Lutèce^^^.
Beauvais fut évangélisé par saint Lucien et ses compagnons, Julien et
(^) Op. cit., p. 8. eardie, p. gS; Jules Qaicherai, Mélangêt d'ar^
<*) Au moyen âge, on trouve pour ces mu- eKéologiê et d'hUtoire, ArMologie du moyen
railles andeones la dénomioaiion de mur «or- âge, p. 35a; Abel Lefranc, Hietoire de la ville
num. C'est le nom qui leur est aussi donné i de Noy<m, p. 5.
Noyon, Senlis, Boulogne, Grenoble. Cf. D.Gre- (^^ HUtoriene de France, t. I, p. 107.
nier, htnfductùm générale à VhUtoire de Pi- (^^ Ibid,, p. inB.