‹ Histoire de Belgique (volume 3)Chapitre 24 sur 128 · LE PAYS ET LE GOUVERNEMENT JUSQU'EN · texte numérisé non relu

LE PAYS ET LE GOUVERNEMENT JUSQU'EN

Lorsque Joseph Lebeau proposa au Congrès l'élection du prince Léopold de Saxe-Cobourg ni lui, ni ses collègues, ni d'ailleurs personne en Belgique ne connaissait le futur roi. Son nom n'était qu'un symbole politique. On ne le prononçait que pour se concilier les Puissances et pour fonder enfin la monarchie qui sauverait le pays des agitations au milieu desquelles il s'épuisait. La personne du monarque importait peu. Quel qu'il fût, on ne lui demandait que d'accepter la couronne. L'assemblée révolutionnaire qui se « donnait un roi au scrutin » ne se préoccupait pas de savoir comment il exercerait le gouvernement. La constitution n'y avait-elle pas pourvu ? Ce qu'on attendait de lui, c'était seulement, en occupant le trône, de stabiliser l'État en face de l'Europe. On voulait un souverain, un souverain quelconque, pourvu qu'il fût reconnu. On n'avait pas à s'inquiéter du reste, ne concevant guère un roi constitutionnel que sous les apparences d'un roi fainéant.

Or, il se trouva que Léopold convenait aussi bien au rôle qu'on lui destinait qu'à celui qu'on ne lui destinait pas. Placé en face de la tâche doublement délicate de mettre en œuvre une constitution dont le libéralisme semblait devoir énerver le

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pouvoir exécutif et de maintenir la neutralité que les Puissances avaient imposée au pays, il fit de l'une et de l'autre des «réalités». L'œuvre qu'il accomplit fut une expérience d'autant plus remarquable qu'elle était sans exemple. Et si l'on songe aux périls de toutes sortes qui à l'intérieur comme à l'extérieur menaçaient le jeune royaume, il ne sera pas exagéré de donner à Léopold V^ comme à Philippe le Bon, l'épithète bien méritée de Conditor Belgii.

Huitième enfant de François, prince de Saxe-Cobourg- Saalfeld et d'Augusta de Reuss, ce cadet de famille, né le 16 décembre 1790, avait passé par les péripéties d'une étrange fortune. Comme tous les princes allemands de l'époque, il avait commencé par courtiser Napoléon avant de se tourner contre lui. Devenu officier dans l'armée russe, il avait combattu à Ltitzen, à Bautzen, à Kulm et à Leipzig. A Paris, où il était entré avec les alliés en 1814, il avait fait sensation. Il passait à juste titre pour un des plus beaux hommes de son temps. On était conquis par son élégance naturelle, son front plein d'intelligence, son regard profond, par quelque chose de lumineux et de pensif tout à la fois qui émanait de sa personne. Le mariage de sa sœur Julie avec le grandduc Constantin de Russie l'avait rapproché du tsar Alexandre. Venu avec lui à Londres en 1814, il conquit le cœur un peu bien fantasque de la princesse Charlotte, qui devait hériter du trône à la mort de Georges III, et dont les fiançailles avec le prince d'Orange, que Léopold devait rencontrer plus tard sur le champ de bataille de Louvain, venaient d'être rompues. Le mariage fut conclu le 2 mai 1816. Mais après quelques mois de lune de miel dans les beaux jardins de Claremont, Charlotte mourait le 6 novembre 1817, en mettant au monde un enfant mort-né. Le brillant avenir qui s'était un moment promis à son époux disparaissait brusquement.

Il mena depuis lors, tantôt à Claremont, tantôt à Marlborough house, une vie sérieuse et un peu triste, vivant en marge de la famille royale, intéressé par la politique, dont il s'entretenait en spectateur sagace avec son confident Stockmar, serviteur dévoué de sa famille qui, de Cobourg, l'avait suivi en

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