‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et de son époqueChapitre 126 sur 286 · Manche, arr. et c. Avranches · texte numérisé non relu

Manche, arr. et c. Avranches

Coutances. Ces Pinchon étaient très-puissants, grâce au crédit de leur frère maître Guillaume, conseiller du roi à Paris. Thomas , malgré son titre de bailli du Cotentin et de ch&telain de Saint-James , ne s'en était pas moins rendu suspect aux partisans du régent par son mariage avec la sœur de Colin et de Guillaume Avenel, créatures des Anglo-Navarraisd'Avranches. Aussi, lorsque au mois de juillet 1358 le dauphin et Charles le Mauvais entrèrent en lutte ouverte, une émeute éclata aussitôt à Saint- James contre Thomas Pinchon que les habitants chassèrent du château* : le capitaine Jean Paynel, qui avait été avec deux notables bourgeois, Etienne Guiton et Olivier de Cresne, le principal instigateur de ce soulèvement, obtint pour ce fait des lettres de rémission au mois d'août 1358; et le procès qui lui fut intenté en Parlement, ainsi qu'à ses deux complices, par les frères Pinchon, durait encore en 1360*. A Saint-Hilaire-du-Harcouët% Robin du Pont-Juhel occupa en 1358 l'église pa-

1. Après avoir chassé Thomas Pinchon, Jean Paynel et les habitants de Sainl-James avaient fait serment à « messire Henri de Ticuville, maistre de Dostre ostel, et à messire Henri de Colombières, commissaires de par nous à visiter les forteresses des bailliages de Gaen et de Costentin », de bien et loyaument garder et défendre le chftteau de Saint-James au nom du régent. Les dits habitants furent compris dans la grâce accordée à leur capitaine en août 1358. Arch. Nat., sect. hist., JJ87, n* 61.

2. Olivier de Cresne et Etienne Guiton comparurent et déposèrent devant le Parlement^ le 14 décembre 1358 (Sect. jud., X >«6, f* 399). Les demandeurs étaient : maître Guillaume Pinchon, conseiller du roi ; Thomas Pinchon, chevalier, bailli de Coutances ; Nicolas Pinchon, prêtre ; Ravain Pinchon, vicomte de Coutances, frères; et les défendeurs : Jean Paienel, seigneur de Marcé, Jean de Romilly, chevaliers ; Geoffroi de Romilly, Guillaume de Romilly, écuyers; Guillaume de Ronnel, Guillaume Cahourdin, Guillaume des Pins, Olivier de Cresne, Etienne Guiton (X^ 6, ^* 404 et 405). Le 24 janvier 1360 (n. st.), le régent nomma Jacques la Vache, Jeao de Gharny, Pierre d'Orgemont et Guillaume Bescot, conseillers du roi, commissaires pour juger le dit procès (X>*6, ^ 407 ▼*).

3. Manche, arr. Mortain. Arch. Nat., sect. hist., JJ 114, n* 60, ^*2S t* et 26.

roissiale et s'y fortifia, sous le prétexte que cette église était menacée par les Navarrais de Hortain.

Outre Pontorson et Saint-James, Saint-Pierre-Langers * et Moyon * complétaient, avec le Hont-Saint-Hichel et Sacey, le cercle de forteresses d'où les habitants de cette région, restés fidèles au duc de Normandie, s'efforçaient de soutenir la lutte contre les ennemis du royaume, et de tenir en respect les Ânglo-Navarrais d'Avranches.

On imagine sans peine l'anarchie qui résulta de cet état de choses : l'oppression multiple et continue qui pesa alors sur les paysans du Cotentin épouvante la pensée. Les souffrances furent d'autant plus horribles que ces contrées, comme nous l'avons dit, n'avaient cessé de croître depuis le commencement du quatorzième siècle en population et en richesse. Les gens du plat pays y devinrent une proie que se disputèrent tour à tour et exploitèrent à l'envi les Anglais, les Navarrais, même les Français, sans compter les tuchins ou brigands de bois. Heureux les paysans à qui leur position de fortune avait permis de se réfugier dans une ville fermée , ou qu'une faveur relative du sort avait placés dans le voisinage immédiat de quelque forteresse importante ! au moins ceux-là n'avaient ordinairement affaire qu'à la garnison de celte forteresse, qui levait sur eux une

1. Manche, arr. ÂTranches, c. Sartilly. Par acte daté de Caen le 25 juillet 1356, Robert de Clermoùt, sire de Bosmont^ maréchal du duc de Normandie et son lieutenant es parties de Cotentin, accorda des lettres de rémission à Jeannin le Charron, dit do Mantes, qui vers le 25 décembre 1356 « s'en ala à Avranches avecques les Navarroys qui lors estoyent ennemis du royaume de France et a demeuré toujourz avecques eulx.... jusqucs au temps de la mikaresme darrenière passée que il, qui toujourz avoit en propos et volenté de retourner avecques les François,... se vint rendre comme bon et loyal Françoi* d la garnison et forteresse de Saint Pierre Langier, si comme par le dit capitaine nous a esté lesmoingné.... » JJ 89, nM09.

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