‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et de son époqueChapitre 131 sur 286 · JJ 87, n · texte numérisé non relu

JJ 87, n

dépouilles, s'étaient mis & leur tour à vivre du brigandage. Ces tuchins occupaient les maisons placées dans le voisinage des routes fréquentées que la terreur avait fait vider; de là, ils guettaient au passage les voyageurs, surtout les marchands dont ils tiraient de grosses ran-> çons^ Us commettaient encore plus de désordres que les gens d'armes proprement dits; ils se faisaient un jeu de violer les femmes*, et mettaient le feu aux chau* miëres des villageois qui refusaient ou que leur dénuement empêchait de composer avec eux'. Gomment les vengeances privées n'auraient-elles pas profité de cette

1. Charles V délivra des lettres de rémission, en mars 1377 (n. st.), u Pierre Legendre et Gaillaame Duboys, de la paroisse da Lorey (Manche^ arr. Coutances, c. Saint-Sauveur-Lendelin), qui avaient noyé dans un vivier trois pillards « vingt ans a ou environ, ouquël temps plusieurs Anglois et autres genz d'armes tenoient et occupoient plusieurs forteresccs ou dit pais, lesquelx pilloient et rauboient les bonnes genz, et dont les au> cuns se logoient aucunes foiz en aucunes maisons vagues et estranières ; et là gnettoient le chemin par où Ten va de Saint Lo en Constances qui passe par ladite paroisse de Lorey et ainsi destourboient les marchanz et antres bonnes genz trespassanz par le dit chemin que eulx povoient trouver, et les aucuns emmenoient prisonniers à leurs fors. » JJ 1 10, n* 180.

2. Charles V octroya, en octobre 1376, des lettres de rémission à Jean Legaut Talné, de Notre-Dame de Gorges (Manche, arr. Coutances, c. Périers), qui avait aidé à rompre la jambe d*un brigand de bois achevé à coups de couteau « comme, vingt ans a ou environ, il avoit ou pais plu> sears larrons et brigans de bois qui souvent se assembloient et venoient es villages du pais pour rober les bonnes genz et prendre leurs femmes à force, ou quel temps se feussent assemblez six ou sept des diz briganz et larrons et venuz par nuit en la dite ville de Gorges et entrez en Tostel de Guillaume Noël et de Phelippart Nocl frères, pour prendre leurs femmes à force. • JJ 109, n* 282.

3. Charles V fit grftce, en avril 1376 (n. st.), à Richard Yvon et à Henri Fanvel de Courcy-lez -Coutances, qui avaient tué, vers 1360, Jean Moissant dit Gallot, de la dite peroisse, • qui estoit devenu brigant ou tuchin de bois, frequentoit et hantoit noz ennemis lors estanz ou pais de Coustentin et environ ^t faisoit faiz d'iceulz ennemis.... pilloit, roboit ce qu'il povoit trouver, prenoit les bonnes gens ses voisins et autres, les rançonnoit, et quant les aucuns ne se voloient rançonner, alumoit feu en trois ou quatre lieux. » JJ 108, n* 239, f' 146.

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anarchie pour s'assouvir? Voulait-on nuire à quelqu'un, rien n'était plus facile que de le faire arrêter, piller et tuer au besoin, en le dénonçant comme français aux Anglais ou aux Navarrais, comme anglais ou navarrais aux Français ' .

Traqués par tant d'ennemis à la fois, les laboureurs du Cotentin et de rAvranchin, surtout ceux des environs de Coutanceset de Saint-Lo, qui restèrent généralement lidëles au régent, ne savaient plus où se blottir : h Saint-Jores, ils se cachaient dans les roseaux et les hautes herbes des marais', et & Saint-Gilles ', dans les bois*; à la Mancelliëre^ ils creusaient des souterrains pour y mettre en sûreté leurs familles et leurs biens'.

1. Guillaume Hémart^ de Bures en la vicomte de Bayeux (Calvados, arr. Vire, c. le Bény-Bocage), accuse Pierre Lebrait, de Gnilberville (Manche, arr. Saint-Lo, c. Torigni), d'avoir familiarité et alliance avec plusieurs pillards et gens des garnisons des forts du pays, par lesquels il fait piller ceux qui no sont pas ses amis. JJ 108, n* 378, ^ 216 v*.

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