‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et de son époqueChapitre 155 sur 286 · Bibl. Nat., mss. fr. n* 4987, f · texte numérisé non relu

Bibl. Nat., mss. fr. n* 4987, f

champ de bataille. Le capitaine de Ploêrmel lui-même et son frère Robert ' sont faits prisonniers et enmienés à Pontorson. Du Guesclin remporte ce succès au moment même oii s'ouvrent, dans un village des environs de Chartres, les négociations préliminaires du célèbre traité de Brétigny.

1. Le 8 aoûl 1358^ Edouard chargea son amé Roberl Grenacres de la défense de tous les châteaux de Bretagne jusqu'à Tarrivée de Robert de Herle et de Jean de Buckingam qu'il venait d'établir ses lieutenants dans le duché (Rymer; vol. III^ p. 404) ; et, le 12 juillet de l'année suivante, il donna à son amé valet Robert de Grenacres la garde du château de Beaufort-sur-Rance, à charge de lui payer une redevance annuelle de mille florins. Rymer, vol. III, p. 432.

LBS OOMPAQNIBS.

Traité de Bréligny. — Rançons subsidiaires levées par les Compagnies. — Explication d'un passage de Pétrarque; rançon payée aux brigands des environs de Paris. — Du Guesclin lieutenant en Basse-Normandie, dans le comté d'AIençon, le Maine et l'Anjou. — La Compagnie au quatorzième et la Commune au dix-neuvième siècle. — Caractère international et cosmopolite de la Compagnie. — Basse extraction de plusieurs chefs de bande. — Rapports des gens des Compagnies avec les prêtres, les femmes, les enfants. — Chiffre des rançons. — Traitement des prisonniers. — Frénésie de luxe. — Train de maison. — Écuries. — Vaisselle. — Cuisine. — Toilette. — Fortunes insolentes de certains capitaines de Compagnies : Arnaud de Cervelle, dit TArchiprêtre, lieutenant en Nivernais, et Lyon du Val, huissier d'armes du régent. — De l'influence anglaise dans l'organisation des Compagnies. — Ruses de guerre. — Effacement de l'idée de patrie. — Abus commis par les garnisons françaises. — Détresse de la population des campagnes.

Comparé au projet repoussé par le régent et les États le 19 mai de l'année précédente, le traité de paix dont on arrête les préliminaires à Brétigny près Chartres, le 8 mai 1360, est pour la France un véritable bienfait. Si ce traité assure au roi d'Angleterre Calais, les comtés de Ponthieu et de Guines, le Poitou, la Saintonge, TAngoumois, le Limousin, le Périgord, l'Agenais, le Quercy, le Rouergue, le comté de Bigorre, en revanche Edouard renonce & ses prétentions sur Boulogne, la Normandie,

le Maine, TAnjou, la Touraine, ainsi qu'à tout droit de suzeraineté sur la Flandre et la Bretagne. Il y a plus. Après une expédition de sept mois où il a perdu le meilleur de son armée et qui lui a coûté des sommes immenses, l'envahisseur se contente d'une rançon de trois millions d'écus d'or; et, si énorme que soit cette somme quand on songe à l'état misérable où les ravages des Compagnies ont réduit le royaume, elle est néanmoins inférieure d'un million au chiffre de l'indemnité promise par le roi Jean un an auparavant*.

La précoce sagesse d'un jeune prinQe formé à l'école de l'adversité, la fermeté inébranlable d'une nation dont l'excès des maux soufferts vient d'éveiller le patriotisme et de retremper la fidélité, l'énergie passive avec laquelle nobles et vilains ont fait face à l'invasion la plus formidable peut-être que le royaume ait encore subie, reçoivent ainsi leur récompense. Le pape Innocent YI, qui depuis la bataille de Poitiers n'a cessé de s'entremettre pour le rétablissement de la paix, voit enfin ses efforts couronnés de succès. Androuin de la Roche, abbé deCluny, l'un des trois légats* envoyés en France par le Saint- Père, a beaucoup contribué par sa douceur, son esprit souple et conciliant % à cette heureuse issue des négociations.

Une trêve, conclue à Chartres le 8 mai, c'est-à-dire le

1. Les contemporains approuvèrent le régent d'avoir conclu le traite de Brétigny, et cette nouvelle fut accueillie par les Parisiens avec un véritable enthousiasme. Cont. chron. G. de Nangiaco, éd. de Géraud, t. H, p. 311.

2. Les deux autres légats étaient frère Simon de Langres, maître do l'ordre des frères prêcheurs, et Hugues de Genève, chevalier, seigneur d'Auton. Arch. Nat., sect. hist., JJ 91, n''204.

3. Dans un mémoire justificatif des faits de sa légation en Italie en 1357, dont nous devons Tindication à l'obligeance de notre confrère M. Ulysse Robert, Androuin de la Roche a écrit ces lignes qui peignent bien son caractère : « Certe dulcis fui, non quantum voluissem aut forte debuissem, sed quantum potui, quia expedire credidi ] nec decebat me monachum et ahbatem gestus illos magnos habere qui decerent alios magnos dominos.

jour mêmQ où les préliminaires de paix ont été arrêtés, est ratifiée par les deux rois à la Tour de Londres le 14 juin suivant*. Le 8 juillet, après quatre ans de captivité, Jean débarque à Calais où il reste jusqu'à la fin d'octobre. Le traité de Brétigny est ratifié définitivement dans cette ville le 24 du même mois. Deux jours après cette ratification a lieu à Boulogne le versement du premier terme de la rançon convenue'. Ce versement est fixé à six cent mille écus ; mais, quoique le roi de France, non content de faire appel aux dons volontaires, ait soumis tous ses sujets sans exception à une sorte d'emprunt forcé dont un de ses secrétaires, Jean Lemercier, de Gisors, qui doit devenir plus tard le grand financier de Charles V, a réglé fort habilement, les conditions*; quoique la ville de Paris ait promis de fournira elle seule cent mille vieux écus*; quoique la ville de Rouen ait emprunté pour la même cause au comte de Namur vingt mille moutons d'or vieux*, on n'est parvenu à réunir, du 8 juillet au 26 octobre, et Ton ne remet entre les mains des Anglais qu'une somme de quatre cent mille écus. Des deux cent mille écus complémentaires, cent mille sont payés le 25 décembre suivant et cent mille le 2 février 1361 •.

sed vere nunquam modicum mcum inlelicclum caplivavi sub arbilrio cujuscumque. i Bibl. NaL, mes. lat.^ n* 4115, f" 75.

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