‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et de son époqueChapitre 159 sur 286 · JJ 90, n · texte numérisé non relu

JJ 90, n

BERTRAND DU CIRSCLIN. I — 21

Toir vers le milieu de 1360. Toutefois, si le nombre en a diminué, elles n'en forment pas moins encore autour de la capitale comme un cordon d'investissement. Les principales sont : au sud-ouest et au sud, Boissy-le-Sec, Chevreuse, IttevillOy Farcheville ; à Test, la Ferté-sous- Jouarre; au nord, la Neuville-en-Hez , Pont-Saiate- Maxence, la Hérelle, Lihus. C'est au nord, comme on le voit, que ce cordon est le plus serré. De ce côté, les garnisons anglo-navarraises se donnent en quelque sorte la main les unes aux autres, et elles tiennent ainsi à leur discrétion toutes les routes qui conduisent de l'Artois et de la Picardie dans l'Ile-de-France. Aussitôt que Ton a arrêté les préliminaires de paix, le régent Charles, désireux de pourvoir & la sûreté des communications et aussi sans doute en prévision du retour prochain de son père, comprend qu'il faut à tout prix mettre fln immédiatement à cet état de choses. Cinq jours après la conclusion de la trêve, le 13 mai 1360, par acte passé par-devant notaires à Paris, au palais du roi, en la chambre de parlement, Thomas de Beauchamp, comte de Warwick, maréchal d'Angleterre, s'engage à faire évacuer dans le plus bref délai les forteresses dont il s'agit par les gens d'armes de sa nation, à condition qu'on lui payera au château du Neubourg, en Normandie, avant le 24 juin de l'année courante, douze mille florins d'or du coin du roi Philippe. Moyennant pareille somme, Jean de Grailly, captai de Buch, promet, de son côté, de faire vider ces mêmes forteresses par les soudoyers d'origine navarraise. La ville de Paris, dont l'in* térêt s'accorde en cela avec le patriotisme, doit contribuer pour la moitié de la rançon convenue, et ses principaux bourgeois' se portent caution dans leurs

t. V. le n* zx des pièces jusliûcatives.

personnes et dans leurs biens du payement de la rançon tout entière*. GrAce à ce marché, la liberté des communications avec le centre du royaume est assurée, et Jean peut dès lors se rendre sans être inquiété de Calais dans sa capitale. Nous avons ici évidemment le pacte avec les brigands dont parle Pétrarque dans le passage rapporté plus haut.

Une des clauses du traité de Brétigny oblige Jean A livrer, dans les trois mois qui suivront son départ de Calais, quatre-vingts otages : quarante chevaliers et un égal nombre de bourgeois pris dans les dix-neuf principales villes de France ^ Parmi les chevaliers, figurent plusieurs princes du sang, entre autres les ducs d'Orléans, d'Anjou et Pierre d'Alençon. Telle est déjà la renommée militaire de du Guesclin et la confiance inspirée par ses talents, sa bravoure, sa loyauté, que ces trois princes du sang, avant de quitter la France, nomment en même temps le capitaine de Pontorson lieutenant en leur absence, le premier dans ses possessions de Normandie, le second dans l'Anjou et le Haine, le troisième dans le comté d'Alençon.

Notre héros n'est pas, du reste, un inconnu pour ces grands personnages. Il sert depuis longtemps, comme

1. Toutefois, les Anglais delà Ferté-sousJouarre, sommés de vider cette forteresse, prétendirenl que le comte de Warwick n*avait pas qualité pour traiter en leur nom, et, avant d'évacuer la place quils occupaient, se firent donner quatre mille cinq cents moutons de supplément par les habitants des ville et prévôté de Meaux. V. le n* li des pièces justificatives.

2. Paris aeul, en raison de son importance et du chiffre de sa popula» tion, fournit quatre otages ; on n*en demanda que deux seulement à chacune des dix-huit autres villes. Voici, par ordre alphabétique, les noms de ces villes : Amiens, Arras, Beauvais, Bourges, Caen, ChAlons-sur-Mame, Chartres, Compiègne, Doaaî, Lille, Lyon, Orléans, Paris, Reims, Rcuen, SaintOmer, Toulouse, Tours, Troyes. Martene, The$^ Anecdot,, 1. 1, coK 1448 et 1449.

on Ta vu plus haut*, Philippe, duc d'Orléans, frère du roi Jean, dont la femme, Blanche de France, a reçu en dot la chAtellenie de Pontorson. D'un autre côté, à l'occasion de la mort de Jeanne Malemains, nous avons dit que Bertrand a recueilli dans la succession de sa mère la terre de Sens, mouvant de la seigneurie de Fougères ; à ce titre, il est le vassal du comte d'Alençon à qui appartient cette seigneurie.

Fils atné de Charles de Valois, tué à Crécy, et de Marie d'Espagne, Charles, comte d'Alençon et du Perche,' seigneur de Fougères et de Porhoet, a manifesté de bonne heure l'intention d'entrer dans l'ordre de Saint-Dominique. Il voit avec une profonde douleur les Anglais occuper depuis la fin de 1356 quelques-unes des plus importantes forteresses de son comté, notamment Domfront, Messei ^, le Bois-de-Maine, Gondé-sur-Sarthe et la tour de Yilliers ; il n'éprouve d'ailleurs que de la répulsion pour les exercices militaires. Il a conçu ainsi peu à peu le dégoût du monde et résolu de se faire moine. L'opposition de Marie d'Espagne, les représentations du roi de France, les conseils du pape Innocent YI lui-même, empreints d'une piété si éclairée*, rien n'a pu ébranler cette résolution. Aussi, ce jeune prince, quoiqu'il porte encore le titre de comte d'Alençon, mène déjà en 1360 la vie d'un frère prêcheur et abandonne l'administration à sa mère. C'est le troisième* fils de la comtesse.

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