Rhône, arr. Lyon, c. Saint-Genis-Laval
lion de la rançon de Brétigny tombait le 1«' novembre 1361. Le vaincu de Poitiers n'a pu la payer au roi d'Angleterre, qui a consenti à accorder à son débiteur le délai de Pâques prochain (17 avril 1362). Mais le terme fatal approche, et il y a tout lieu de prévoir que le trésor royal ne sera pas moins vide à Pâques qu'il ne Tétait six mois auparavant. On se trouve dans le plus grand embarras lorsque quelqu'un, probablement Androuin de la Roche, auquel Innocent VI vient d'accorder le chapeau de cardinal ^ sur les pressantes sollicitations des deux contractants de Brétigny, fait remarquer fort à propos qu'Edouard a octroyé au Saint-Père la levée d'un subside de cent mille florins sur le clergé anglais. L'expédient pour se tirer d'affaire est enfin trouvé. Le roi de France empruntera cette somme au pape pour s'acquitter envers son frère d'Angleterre. Des trois parties intéressées, il y en a deux au moins qui trouvent leur compte à cette combinaison, Jean qui paye ainsi une échéance fort lourde sans bourse délier, Edouard qui touche immédiatement l'arriéré de sa créance *. Le souverain pontife y joue, il est vrai, un rAle sacrifié, mais on a compté avec raison sur son dévouement inépuisable pour
1. Le 20 décembre 1361, Innocent VI chargea un prieur, nommé Pierre de Molesmes, de remettre le chapeau rouge à Androuin de la Roche et d'inviter de sa part le nouveau cardinal à se rendre à Avignon avant l'Ascension prochaine. Martene, Thés. Anecdot.j t. II, col. 1068.
2. Le l" avril 1362, Innocent VI autorise Edouard III à s'approprier le produit du subside octroyé au Saint-Siége sur le clergé anglais ■ pro nostris et Ecclesiœ urgentibus necessitatibus », en déduction de ce que le roi de France doit payer au roi d'Angleterre au terme de P&qucs prochain (Rymer, vol. III, p. 643). — Dés le 1*' mai suivant, Edouard avait déjà encaissé la plus grande partie de cette somme, car une quittance de cent huit mille huit cents écus d'or donnée à cette date par le roi d'Angleterre à son frère de France spéciGe que quatre-vingt-dix mille écus d'or compris dans le total proviennent « d'une subside granté au pape par le clergié de nostre roialme. » Rymer, vol. III, p. 647.
la France, et Ton réussite lui persuader qu'en un temps où les Compagnies interceptent toutes les communications, mieux vaut peut-être toucher le produit de décimes levés en pays lointain au moyen d'une lettre de change sur les receveurs de Beaucaire, de Nîmes ou d'Aigues-Mortes, que d'exposer une si grosse somme par tous les chemins de France et d'Angleterre. Jean espère tirer de cet emprunt qu'il contracte un autre avantage. Il n'ignore pas que son père Philippe de Valois, ayant reçu dans les dernières années de son règne un prêt important de Clément YI, pour lequel il avait engagé entre les mains de ce pape les joyaux' de Bonne de Bohême, duchesse de Normandie, avait proQté des demandes de payement de son créancier pour se faire autoriser à lever sur les ecclésiastiques le trentième de leur revenu, à condition que les sommes ainsi recueillies seraient appliquées à l'extinction de sa dette, du moins jusqu'à parfait remboursement du Saint-Père'. Le vaincu de Poitiers a déjà trop de faire face aux engagements pris envers Edouard, en vertu du traité de Brétigny. Aussi, il sait bien qu'il ne pourra de sitôt rembourser le souverain pontife. Il compte donc lui aussi, à l'exemple de son père, profiter du désir ou plutôt du besoin qu'éprouvera le pape de recouvrer sa créance pour obtenir la concession de nouveaux décimes sur le clergé de son royaume. Et lorsqu'il entreprend, à la fln de 1362, ce voyage d'Avignon qui est resté une énigme pour les chroniqueurs contemporains ' aussi bien que
1. Clément VI, ne pouvant obtenir de Philippe de Valois le remboursement de sa créance, engagea lui-même ces joyaux à Vincent Lomelin, de Gènes, et Ton eut soin d*en dresser Tinventaire, qui, est une curiosité archéologique. Arch. Nat., sect. hist., JJG, n* 26, f-" 43 v* à 54.