Vo\ez le n" xli des pièces justiûcatives
4. « En la chcvauckéc que nous feismez pour avoir les fors de Cotbigny et de Coulonccz. » Mandement de Philippe de Navarre en*date do 24 jnil> let 1363. Bibl. Nat., Quittances, t. XIV, n- 1469.
&. Voyez le n* zu des pièces justificatives.
d'une somme de soixante-quatre mille nobles qu'il a prêtée à son gendre. L'autre place, Trogoff, a été reprise l'hiver précédent par du Guesclin. L'avide Guillaume Latimer, qui commande la garnison de Bécherel, ne songe qu'à s'enrichir aux dépens de la région exposée à ses pillages et soumise à ses exactions. Il entasse des trésors dont il remplit des tonneaux qu'il expédie au fur et à mesure dans ses manoirs d'Angleterre*.
Encouragé par les succès qu'il a obtenus depuis l'ouverture des hostilités, Charles de Blois entreprend de recouvrer une place qui est comme le quartier général de cette occupation étrangère, sous laquelle les malheureux habitants de son duché gémissent depuis si longtemps. Vers la fin de mai ou le commencement de juin 1363% il vient mettre le siège devant Bécherel, et le dauphin Charles autorise aussitôt Âmauri, sire de Craon, lieutenant du roi en Anjou, Maine et Touraine, à rejoindre le duc de Bretagne et à lui prêter l'appui des forces dont il dispose. Grâce à ce renfort, le duc peut soumettre les assiégés au plus étroit blocus. A cette
1. « Non solum injuste populares afllixit (domiDus de Latimer), sed civitates, villas et castella, quo plus nullus fecisset in terra hostili, coegit ad redeniptionem gravissimam. Quam nimiram pecuniam non régis sed propriis usibus conscrvabat; et, ut dicilur, domino rege egente, ipse adeo est ditatus, ut cados impleret de fulvo métallo et ad loca sua in Angliam destinarct. » Chronicon Angliœ ^1328-1388), auctore monacho quodam Sancti Albani, p. 76 et 77.
2. Charles de Blois mit le siège devant Bécherel au moins dés le mois de mai 1363. « Neantmoins, assez tost après, c^est assavoir ou moys de may Van mccclxiii, nostre très chier et amé frère le duc d'Anjou et du Maine, en quel terre est assiz le dit moustier (de Saint-Florent-le-Vieil, Maine-et-Loire, arr. Cholet), ou ses genz requislrent aus diz compaignons qu'il leur rendissent le dit fort, lequel il leur rendirent moult amiablement. Après lesquelles choses et la rendue du dit fort, une partie des diz compaignons s'en alèrent pour nous servir au siège de Bécherel. » Arch. >'at., sect. hist., JJ 108, n* 276.
nouvelle, Jean de Montfort rassemble ses troupes à Yannes. Après avoir vainement essayé, le 25 juin, de profiter de l'absence de son adversaire pour surprendre Nantes S il marche en toute hâte au secours de la garnison de Bécherel. Il a sous ses ordres quelques-uns des capitaines anglais les plus renommés, Jean Chandos, Robert Knolles, Gautier Hewet, Jean Harpedenne, sans compter les Bretons dévoués à sa cause, notamment Olivier de Clisson, Tannegui du Chdtel, Olivier de Tréziguidi et Olivier de Cadoudal.
Il trouve Charles de Blois campé dans une position si avantageuse qu'il n'ose Tattaquer. Il se contente de le contre-assiéger et de lui couper les vivres. Charles, dont les soldats ne tardent pas à souiTrir de la disette, fait proposer à Jean de vider leur différend en rase campagne, dans la lande d'Évran, voisine de Bécherel. Montfort accepte la proposition. On se rend de part et d'autre sur le champ de bataille que Ton a choisi d'un commun accord; mais, le 12 juillet, au moment où les deux armées vont en venir aux mains, des évêques qui se trouvent là interviennent pour empêcher l'effusion du sang. Cette intervention porte ses fruits. Après beaucoup d'allées et venues, les prétendants conviennent d'une suspension d'armes et s'engagent à reprendre bientôt, sous les auspices du prince de Galles, les négociations ébauchées naguère à Sainl^Omer. En même temps, ils échangent un certain nombre d'otages comme garantie de la cessation immédiate des hostilités, jusqu'à ce qu'une trêve ait été signée et un traité de paix conclu entre les deux partis.
Il arrive trop souvent, l'histoire en témoigne et l'ex-
1. « Guida par malheur prendre la ville de Nantes, et fut l'andemain de Saint Jean Baptiste. » Dom Morice, Preuves de Vhisloxre de Bretagne^ 1. 1, col. 114.
DU GUESGLIN OTAGE. 389
périence personnelle le démontre, que le vaincu est calomnié par le vainqueur, et qu'un silence lAche se Tait le complice du mensonge triomphant. C'est ce qui est arrivé, croyons-nous, & Charles de Blois à propos de Taffaire d'Évran. Quand on étudie de près la version que Montfort et ses partisans cherchent à accréditer, non pas immédiatement après le compromis dont il s'agit, mais seulement dans les deux derniers mois de 1363, on s'aperçoit qu'elle n'est pas exemple de contradictions. D'après cette version, Charles de Blois aurait trois fois* juré, sur une hostie consacrée, de livrer dans quinze jours, ou au plus tard dans un mois, une partie du duché, notamment la ville et Tévôché de Nantes, à son compétiteur. D'après cette version encore, acte aurait été dressé, sur le champ de bataille même d'Auray ', des engagements réciproques des deux contractants. Mais, outre que cet acte n'a jamais été produit, de deux choses l'une : ou ce protocole n'était qu'un simple projet proposé par Tune des parties, mais non ratifié par l'autre^ et alors il n'avait aucune valeur; ou bien c'était un instrument authentique qui liait les deux contractants dont il portait la signature, et, dans ce cas, on s'explique difficilement pourquoi Charles de Blois aurait eu besoin de jurer trois fois qu'il livrerait dans quinze jours Nantes à Jean de Montfort.
Si Charles de Blois avait manqué à sa parole, donnée dans des circonstances aussi solennelles, ou n'avait pas fait honneur à sa signature, il devait répugner profondément à Montfort de traiter de nouveau sous n'importe quelle forme avec un adversaire dont il venait d'éprouver la perfidie, et à un prince aussi chevaleresque que
1. «< Ml** Charles gréa et jura, non une fois seulement, mais trois. » Dom Morice, Preuves j i. I, col. 1563.
2. « En la cedulle raiclc ou dit champ sur le dit traicté. » Ibid»
le prince de Galles, de prendre sous son patronage la reprise de négociations dont la mauvaise foi flagrante de Tun des intéressés aurait démontré d'avance Tinutîlité. Et pourtant, environ quatre mois après Taffaire d'Évran, le 26 novembre, Jean de Montfort et Charles de Blois signent à Poitiers, en présence du prince de Galles, une trêve qui doit durer jusqu'à la prochaine fête de Pâques (24 mars 1364). Ils prennent l'engagement de se rendre à Poitiers à carême prenant, c'est-à-dire au commencement du mois de février suivant, avec tous les otages, échangés de part et d'autre en vertu du compromis d'Évran, excepté Bertrand du Guesclin, otage pour Charles de Blois, qui prétend ne s'être pas soumis aux mêmes obligations que les autres, excepté aussi Guillaume Latimer,Jean Boursier et Jacques Ross, otages pour Jean de Montfort, qui ne sont pas restés là où ils avaient promis de faire leur résidence. Us conviennent en même temps de réparer toute violation de la trêve, aussitôt qu'ils en auront été avisés par le prince de Galles, Charles de Blois à sa résidence de Nantes, Jean de Montfort à sa résidence de Vannes.
Cet acte est rédigé en présence des deux contractants, assistés de huit témoins, quatre du parti de Charles de Blois, Jean, sire de Beaumanoir,Gui de Rochefort, Maurice du Parc, Hue de Kerentrec, quatre du parti de Jean de Montfort, Olivier, sire de Clisson, Robert Knolles, Gautier Hewet, Simon Burley. Ces dix personnages jurent sur une hostie consacrée, leur main dans la main du prince de Galles, d'observer fidèlement la trêve et de la faire observer, chacun en ce qui le concerne, partout où s'étend leur autorité.
La teneur de cette trêve*, dont nous publions le texte