Dom Morice, Prcuvctf, l. 1, col. 1565 et I56o
?. Un Anglais, prisonnier de Maurice Mauvinel. Tun des principaux chevaliers qui, avec le sire de Beaumanoir et Pierre Poulart, commandaienl
d'Evran, on* nous pardonnera peut-être d'emprunter & l'un des ouvrages les plus curieux du quatorzième siècle une anecdote qui doit trouver place ici, parce qu'elle a une importance capitale pour l'histoire du costume et des mœurs sous les trois premiers Valois. Le héros de cette anecdote est Jean, sire de Beaumanoir, Tun des quatre chevaliers du parti de Charles de Blois, qui se portèrent garants de la trêve du 26 novembre. En assignant pour la première fois le lieu et les circonstances où dut se passer la scène dont il s'agit, en la rapportant par conséquent à sa date, en la replaçant dans son milieu historique et sous son véritable jour, notre but est d'éclairer le principal personnage qui y figure et surtout le langage qu'on lui prête d'une lumière plus vive et vraiment nouvelle.
L'entrevue du 26 novembre avait eu lieu à Poitiers où Edouard, prince d'Aquitaine et de Galles, tenait alors la cour la plus brillante peut-être de l'Europe. Nous avons dit précédemment que le roi d'Angleterre s'était opposé) de toutes ses forces, mais sans aucun succès, au mariage de son fils aîné avec la belle Jeanne de Kent, veuve de Thomas de Holland. Une fois le mariage consommé, le 19 juillet 1362, il conféra au vainqueur de Poitiers le titre de prince d'Aquitaine. Il créait ainsi une véritable vice-royauté au profit du Prince Noir qui s'engageait seulement à reconnaître la suzeraineté de son père en lui payant chaque année une redevance d'une once d'or*. C'était l'exil le plus brillant, mais ce n'en était pas moins un exil. Passionné pour le luxe et les plaisirs autant que pour la gloire, le prince de Galles
Tescorte de Charles de Blois^ quinze jours après que cette embuscade avait été dressée, raconta le fait à Nantes 'à Guillaume André, clerc notaire du duc de Bretagne. Bibl. Nal., mss. lat., n* 5381, t. II, 1^ 52 à 54. 1. R)mer, vol. lU, p. 668 et 669.
avait toujours jeté For à pleines mains, et son mariage lui avait été une occasion de redoubler de prodigalité. Le 29 août, au moment où il allait s'embarquer pour se rendre en Guyenne, il était tellement criblé de dettes qu'il dut faire son testament pour donner des gages et fournir une hypothèque, le cas échéant, à ses nombreux créanciers*.
Jeanne de Kent n'avait pas moins que son mari des goûts de faste et de dépense. Le luxe naît toujours au sein de la richesse mal acquise. Dès la fln du règne de Philippe de Valois, les maîtresses des capitaines anglais, qui s'étaient enrichis en Bretagne par le brigandage, avaient commencé à porter des corsets fendus sur les côtés et bordés de larges bandes d'hermine ainsi que des coiffures constellées de perles. La veuve de Thomas de Holland s'était trouvée pendant de longues années en perpétuel contact avec ces drôlesses à Vannes, à GreuUy, à Saint-Sauveur-le-Vicomte où son mari avait rempli successivement les fonctions de lieutenant du roi d'Angleterre. Elle n'avait pu se soustraire complètement à l'influence d'un tel milieu ni passer une partie de sa vie dans ce monde d'aventuriers et d'aventurières sans en contracter plus ou moins les habitudes. Il ne faut clone pas s'étonner si l'une des premières parmi les grandes dames de sa nation, elle avait adopté les modes nouvelles. Son ameublement n'était pas moins luxueux que sa toilette. A l'occasion de son mariage avec le Prince Noir, elle s'était fait faire un lit de velours rouge, brodé de plumes d'autruche d'argent et de têtes de léopard d'or, qu'elle légua par testament à son fils Richard H.
Lorsqu'à la fin de 1362 et en 1363, le vainqueur de