‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et de son époqueChapitre 218 sur 286 · Voyez le n* lu des pièces justificatives · texte numérisé non relu

Voyez le n* lu des pièces justificatives

ses arbalétriers. On est quelque peu surpris, il faut bien l'avouer, de voir tant d'efforts, tant de sacrifices n'aboutir qu'à la prise du Molay, un château d'assez peu d'importance. Mais cette disproportion entre les moyens employés et le résultat définitif n'en est pas moins digne d'attention, parce qu'elle montre combien il est alors difficile d'emporter d'assaut la moindre forteresse et de déloger les Compagnies de leurs repaires.

Après la prise de RoUeboise, Jean Jouel y a laissé une garnison d'Anglais et de Brabançons mercenaires dont le capitaine, Wauter Strael *, de Bruxelles, soumet & ses exactions toute la région des environs de Mante». Dès la fin d'octobre 1363, le duc de Normandie a fait bloquer la forteresse occupée par ces pillards , du côté de la Seine, par une flottille de bateaux et, du côté de la terre, par un de ces fortins ou ouvrages avancés qu'on appelle alors des bastides. Malheureusement, la rigueur de rhiver pendant le dernier mois de 1363 et les deux premiers mois de 1364 rend ces dispositions inutiles. La Seine est bientôt assez prise par la glace pour que les Anglais de RoUeboise puissent traverser le fleuve à cheval et pousser leurs incursions Jusque dans le Yexin, dont ils ramènent les habitants prisonniers dans leur fort*.

Au commencement de mars 1364, après la prise du

l.Les chroniqueurs du quatorzième siècle ont défiguré de toutes les façons le nom de cet aventurier brabançon . Froissart rappelle : Wautre Obstrate^ti l'auteur de la Chronique des quatre premiers Valois (p. 138 139) : QauUier Strot, Le capitaine de RoUeboise se nommait Gautier ou Wauter Strael, Telle est du moins Torthographe de son nom dans les lettres de rémission quUl obtint de Charles Y en octobre 1368 (JJ 99, n* 416). Notre savant collègue M. Demay {Inventaire des iceaux de la Flandre, t. I. p. 460, n°4190} a publié le sceau d'un certain Pierre Strael, écbevin d'Axel en 1368.

2. « Et furent les rivières si fort engelées que les Angloiz à grosses routes passèrent à cheval la rivière de Seine et coururent en Veiigucssin

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418 CHAPITRE XHI.

Molay, le dauphin Charles rappelle de Basse-Normandie du Guesclin et Mauny pour les envoyer mettre le siège devant le donjon où Wauter Strael s'est si bien fortifié. Les deux cousins viennent & Paris, Olivier, pour réclamer avec instance le remboursement des frais de cette campagne dans le Bessin dont il vient d'assumer la responsabilité S Bertrand, pour prendre les instructions du duc au début de la nouvelle expédition que Ton va entreprendre. Maintenant, en effet, que du Guesclin a gagné devant le Parlement son procès contre Felton, rien ne Tempêche plus de reprendre, au vu et au su de tous, le commandement en chef de sa troupe de Bretons. Ceux-ci sont très-mécontents. Si le chef n'a rien reçu, ses gens n'ont pas été mieux récompensés de leurs services à la suite d'une aussi rude campagne. Le trésor est vide. Les dépenses que Jean a faites l'hiver précédent pendant son séjour & la Cour d'Avignon et dans le Midi, ont achevé de l'épuiser. Il faut emprunter de l'argent aux Juifs et aux Lombards pour subvenir aux Irais qu'entraîne actuellement le retour du roi en Angleterre. Le luxe, qui règne alors dans le costume comme dans l'ameublement, impose de lourdes charges aux princes. L'entretien de leur entourage est fort coûteux. Au commencement de chaque année, il ne faut pas moins de cinq mille six cent quarante ventres de menu vair pour fourrer les robes des sept chambellans du duc de Nor-

ct emmenèrent plusieurs prisonniers en leurs fortz et rappassèrent par dessus la dicte rivière de Seine. » Chronique des quatre premiers Valois, p. 136 et 137.

1. Par acte daté de Paris le 14 mars 1364 (n. st.), Charles^ lieutenant du roi, mande au bailli et au vicomte de Caen ainsi qu'au vicomte de Baveux, de faire une enquête sur les frais supportés par Olivier de Mauny, afin qu*on le rembourse « si tost et si prestement qu'il n'ait cause d*cn retourner plaintif par devtr not«. » Arch. Nat., Chartes royales^ t. V, u* 304.

mandie *. Le dauphin, d'ailleurs, malgré la simplicité deses habitudes et son goût prononcé pour Téconomie^ vient d'être obligé de se mettre en frais pour recevoir dignement le roi de Chypre. Il a donné à cotte occasion un chapeau, brodé d'or et de perles', à la duchesse sa femme, la belle et modeste Jeanne de Bourbon. Il a racheté de Benoît Belon un cercle que sa mère Bonne de Bohême avait autrefois mis en gage*. Il a fait monter par ses deux orfèvres de prédilection, Claux de Fribourg et Jean de Picquigny, des hanaps d'or émaillé à ses armes*, des aiguières d'or fin*, des ceintures d'or garnies de perles, de balais, de pierres précieuses avec une figure de fée pour agrafe", un chapeau d'or avec émeraudes, balais et grosses perles'', une jarretière sur un tissu de soie inde cousu d'or, de perles, de diamants et de balais', une belle gibecière ornée de perles avec des dauphins de broderie', vingt tableaux représentant la Sainte Vierge", enfin une grande châsse en or pesant avec les reliques cent quatorze marcs**. Dans cet hôtel Saint-Pol que la ville de Paris a acheté il y a trois ans *•■ à Louis, comte d'Ëtampes et à Jeanne d'Eu sa femme^

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