‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et de son époqueChapitre 230 sur 286 · BERTRAND DU 0UB8CLIN · texte numérisé non relu

BERTRAND DU 0UB8CLIN

ris cl à Saint-Denis pendant les premiers jours de mai, le captai de Bucli débarque à Cherbourg. Fils de Jean de Grailly, II du nom, el de Blanche de Foix, cousin germain par sa mère du célèbre Gaston Phœbus, comte de Foix, Jean de Grailly, III du nom, captai de Buch*, vicomte de Benauge* et de Caslillon, est la fleur de la chevalerie de Gascogne. Les Grailly et les Albret* se partagent la domination dans ces landes immenses qui s'étendent jusqu'aux portes de Bordeaux. Ces deux puissantes familles se disputent les faveurs des rois d'Angleterre, maîtres de la Guyenne. Le captai, lorsqu'il ne va pas guerroyer au loin contre les païens delà Prusse, comme il Ta fait au lendemain de Poitiers, passe le temps à courir le cerf ou à lancer l'épervier dans ses giboyeuses forêts de pins. 11 est devenu, & l'école do son cousin le comte de Foix, Fun des premiers chasseurs de son temps. Aussi, le prince de Galles, qui recherche avec passion toutes les nobles distractions, ne demande au seigneur de Buch d'autre redevance que des lévriers et des faucons. Le captai est en outre bien fait de sa personne, aimable, galant avec une pointe de gaillardise, doué de celle faconde un peu théûtrale qui a toujours été l'un des dons naturels des habitants de la Gascogne. Grâce à ces avantages, il est peut-être le seul des feudalaires de OUyenne qui n'ait pas eu trop &

mille sept cent soixante et une livres de cire qui, à 33 firancs les cent livres, coûtèrent au Trésor 4805 francs 7 deniers parisis. Bibl. Nat., Quittances, t. XV, n* 21 .

. 1. Les Grailly étaient seigneurs de la Tcste-de-Buch (Gironde, arr. Bordeaux), et c'est de cap, équivalent gascon de teste ou tèlc, qu'ils prenaient le titre de captai,

2. La vicomte de Benauge formait un fief considérable dont le château de ce nom, situé dans la commune d'Arbis (Gironde, arr. la Réole, c. Targon), rappelle encore aujourd'hui le souvenir. *

3. Albrct est la forme ancienne de Labrit (Landes, arr. Hont^ie-Marsan).

souffrir de la morgue anglaise. Depuis près de deux ans quelle vainqueur de Poitiers habite le continent en qualité de prince d^Âquilaine, Jean de Grailly a obtenu toute sorte de succès à la cour brillante de ce prince; et au moment môme où quelques-uns des plus puissants barons de Saintonge et de Gascogne, notamment les seigneurs de Pommiers, de Hussidan et de la Trau', quittent le parti de TÂngleterre pour faire leur soumission à Jean et à Charles Y, c'est le captai de Buch que le fils aîné d'Edouard III vient de désigner au roi de Navarre comme le guerrier le plus capable d'ouvrir avec succès les hostilités contre la France.

 son arrivée en Normandie, le lieutenant de Charles le Mauvais trouve les partisans de son maître plus animés que jamais contre les Français. La surprise de Mantes, le pillage de cette ville et de Meulan ont changé en exaspération la haine qui couvait depuis longtemps* Le captai, qui s'associe à ces sentiments, s'empresse de les mettre à profit. Il donne des ordres pour que les nombreuses garnisons navarraises, qui occupent des forteresses dans cette province, se concentrent ou du moins envoient des détachements aux environs d'Évreux où doit avoir lieu le rassemblement général. En basse Normandie, Robert Porte, évêque d'Âvranches et Guillaume, abbé de Cherbourg ; dans le comté d'Évreux, Pierre de Sacquenville et Guillaume de Gauville, secondent activement le généralissime du roi de Navarre. Le captai parvient aussi à s'assurer le concours de TAn* glais Jean Jouel ; et cet aventurier, qui depuis la prise de RoUeboise ose prendre le titre de duc de Normandie, se met aussitôt en devoir de rassembler les Compagnies

1. La Trau (on prononce : la Traou) est aujourd'hui un château ruiné de la commune de Prôhac (Gironde, arr. Bazas, c. Villandraut). Le sei ' gneor de Préhac s'intitulait, tantôt totidiCf tantôt toudan de la Trau*

de gens d'armes de sa nation éparses dans les forteresses les plus voisines du théâtre des hostilités. En même temps^ l'évéque d'Avranches envoie en toute hÂle un messager en Bretagne et le charge d'enrôler immédiatement tous les hommes d'armes qui consentiront & prendre du service dans les rangs navarrais^ Le captai ne tarde pas à avoir sous ses ordres une armée composée d'environ sept cents lances^ de trois cents archers et de cinq cents autres soudoyers.

Que de fois du Guesclin, guerroyant péniblement contre les capitaines des Compagnies, réduit à les assiéger les uns après les autres dans leurs repaires, à entendre leurs bravades et parfois à laisser leur insolence impunie, que de fois du Guesclin a soupiré après le jour où il lui sera donné de les trouver réunis une bonne fois sur quelque champ de bataille, afin de pouvoir prendre Comme d'un coup de filet tous ces pillards. Ce jour tant attendu est enfin arrivé. 11 est peu de chefs de ces bandes, du moins parmi ceux que le brigandage a conduits à la renommée ainsi qu'à la fortune, qui ne se soient fait un point d'honneur de répondre à l'appel du captai de Buch et de Jean Jouel. En tète des aventuriers na* varrais figure le Bascon de Mareuil, l'ennemi personnel de du Guesclin, celui qui, dès 1359, a essayé de surprendre Ponlorson et que nous avons vu accabler Bertrand de ses insultes au siège de Melun*. Outre sa force herculéenne, il est un trait qui le distingue entre tous :

1. Le 1] mai 1364, Robert, évêque d*Avranchcs, conseiller du roi de Navarre et lieutenant du capta! de Buch, mande d'allouer es comptes de Henri de Mantes, vicomte d'Âvranches, 10 francs d*or, prix d'un cheval acheté pour Perrot de la Fontaine « pour aller en Brctaignc pour qucrre gcnz d'armes au besoing de nostre dit seigneur, lequel cheval fut mors en chemin. » Bibl. Nat., Quittances, t. XV, n* 12.

Page 1