Arch. Nat., JJ 96, n
5. L'acte a clé publié par ITay du Chasteict, JKst. de du Guesclin^
comte prend l'engagement d'amener sans retard à Paris et de remettre entre les mains du roi le captai de Buch ainsi que cinq autres prisonniers faits & Cocherel, Baudouin de Bauloz, Jean Gansel, Pierre d'Aigremont, Lopez de Saint-Julien et Pierre de Sacquenville ^
La victoire remportée par du Gucsclin à Cocherel, le sacre de Charles Y, marquent une heure solennelle dans l'histoire générale de la civilisation aussi bien que dans les annales particulières de notre pays. Après les ri gueurs épouvantables du dernier hiver, après le règnt» du roi Jean, cet autre hiver, sillonné de tempêtes, après cette longue nuit d'anarchie, la journée du 16 mai, Tavénement de Charles le Sage, ont je ne sais quels parfums de printemps et comme des lueurs d'aurore. Les goûts studieux, les encouragements du dauphin ont imprimé la plus vive impulsion & toutes les sciences, notamment à la géographie, et Ton peut déjà pressentir le moment où l'humanité, en connaissant mieux son domaine, va en quelque sorte l'agrandir. Les recherches relatives & la description de la terre sont, depuis le mariage du jeune duc de Normandie', la distraction favorite de cette cour que la belle Jeanne de Bourbon préside avec tant de dignité gracieuse et dont l'un des principaux [oracles est Philippe de Vitry, le traducteur
p. 297 et 398. L'acceptation da comté par du Guesclin a été pabliée par Charriëre {Chronique de B, du OuescUrif t. H, p. 390 à 392).
1. Charriéro, Chronique de B, du Guesclin, t. U, p. 392 et 393. H résulte d'un acte du 13 juin 1364 que Pierre do Sacquenville ne fut pas amené à Paris, mais exécuté & Rouen entre le 27 mai et le 13 juin de cette auiée. > Et en ycelle bataille (de Cocherel), à la desconfitnre du dit captai et en sa compaignie, le dit Pierre ait esté pris et comme traître de nous et do nostre royaume amené en noz prisons en nostre viUe de Rouen et ilUucques pour te» demeriles exécutez. » Arch. Nat., JJ 96, n* 116.
2. Le contrat de mariage fut passé & Lyon en juillet 1349, et la cérémonie religieuse eut lieu à Tain le 8 avril 1350. Né le 21 janvier 1338^ Je dauphin était alors âgé de douze ans.
d'Ovide et le correspondant de Pétrarque. Une lettre de l'auteur des « Canzone »| adressée & son ami , un an environ avant la promotion de ce dernier à Tévéché de Meaux'i nous donne Tidée des doctes causeries où se complaisaient les habitués de cette cour'. Aussi, Ton approche de l'époque où la génération qui arrive maintenant recueillera le fruit de ces nobles efforts. Les grandes choses ne se font que par degrés, après une préparation longue et laborieuse. 11 appartient & Thistorien digne de ce nom de remonter ces courants féconds et d'en trouver, s'il se peut, la source. Si la victoire de Cocherel inaugure un grand règne, un des plus dévoués serviteurs du duc de Normandie, qui a trouvé la mort dans cette glorieuse journée où il combattait sous les ordres de du Gucsclin, Jean de Béthencourt, laisse un fîls, alors âgé de quelques années seulement. Ce flls, nommé Jean comme son père, doit être un jour l'intrépide marin qui, sous Tinfluence croissante de la passion des ex-
1. Philippe de Vilry fut nommé évoque de Meaux au commencement de 1351, et à partir de ce moment le dauphin fit de fréquents séjours dans le ch&teau du Marché de cette ville. Le savant prélat se trouvait dans cette forteresse en compagnie de Jeanne de Bourbon lorsque la duchesse de Normandie y fut attaquée par les Parisiens réunis aux Jacques, le samedi 9 juin 1358.
2. Voici le passage le plus significatif de celte lettre datée de Padone le 14 février 1359 : > Deferbuit sanguis et ille ardor cgregius, quo nuUi secundus videbaris, abdita quœlibct et incognita perscrutandi. Itane inter curiositatcm anxiam ultimamque segnitiem nihil est médium ? Parum tibi distans India vidcbatur. Jam Taprobanen, et si quid orientalis oceanu^ habctoccultius^cupidomctiebaris ingenio : jam ad extremam Thulen ignotis litoribus latitantcm suspirabas, quoniam Orcades et Hybernia et quidquid terrarum nostcr fluclus allnit, ipsa incivitate sordebant. Quidautem miri si angusta animo lileralissimi homins Icrra erat, in hune assiduum cœli vcrticcm, qui supra nos stabili temons oonvertitur, inque illum alium quem, si qui sunt, Antipodes suspiclunt, in obliquum deniquc solis callem, inque fixas et errantes stcUas infatigabili studio conscendenti ? » F. Petracœ epistolœ de rébus familiaribus, 1. IX, ep. 13, cd. Fracassetti, t. H, p. 41 à 52.
plorations géographiques, aura la gloire, dans les premières années du siècle suivant*, en 1402, de découvrir les Canaries. Or, la prise de possession des Canaries, c'est pour ainsi dire le premier jalon de la découverte de l'Amérique.
Le passé est, lui aussi, une région inconnue où se portent avec ardeur les recherches savantes. Quiconque sait faire des découvertes de ce côté est sûr de recevoir aussitôt du dauphin Charles, qui ne fait du reste que suivre en cela l'exemple de son père, toute sorte d'encouragements. Pierre Bersuire, il est vrai , l'un des religieux les plus érudits de ce temps, le traducteur de Tite-Live, a été enlevé à ses travaux dans les premiers mois de 1362'. En revanche, Nicole Oresme, élu doyen de Téglise de Rouen à la fin de 1361', emploie ses loisirs & préparer la traduction des principaux ouvrages d'Aristote. Philippe de Mézières, chancelier du roi de Chypre, vient d'arriver en France avec Pierre I" ; et Charles V n'aura de cesse qu'il n'ait fixé à sa cour ce penseur ingénieux pour le faire figurer dans le chœur des beaux esprits de son temps.
Toutefois, c'est l'Italie qui vient de donnerle plus frappant exemple de ce retour des intelligences vers les chefs-d'œuvre de l'antiquité. A la fin de 1363, quelques mois avant l'avènement de Charles V , Pétrarque, alors fixé à Venise, a reconduit un de ses amis, un Grec de Thessalonique, à bord du vaisseau qui le doit ramener
1. Jean de Béthencourt et Gadifer de la Salle mirent à la voile de la noclielle le 1** mai 1402. Le Canarien^ publié par Gabriel Gravier, Roaen, 1873; p. UI et LUI.
2. Nous ne saurions trop recommander à nos lecteurs la belle étude de notre regrettable confrère Léopold Pannicr. Le bénédictin Pierre Ber^ «litre, Nogent-le-Rotrou, 1871, p. 39.
3. Sur la vie d'Orcsmc, on i)cut consulter la Ihôjc du corsciencieux et
t '.'"tM it M r:rT~=ç«:oi.i=.'. J* Pétrarque. Une lettre de .'i.i'4fîr :■» ' ■"■i.ij'f't », airessée i soQ anai, un an ■ni-.r.a nia: U :i-.CMc;c -i-e « dernier i l'évèché de ^■jT-t 1.1.1:1 1 infî . ..:-r< iw liodes causeries où se •r:ai.:i.i.jstjrc.: 'ji^ h.t:.:.i*s -ie «lie cour*. Aussi, l'on i.~.r.r:'n<i :-t ."-çor:-; .-. La i-n'erati.>o qui urire maioi;a.i.:; rî-7i«fi ir» > t-^t -i* «s nobles efforts. Les fTti.i^i* -in-iris :-? ïi? î =: ;--■? f»r tî^çrés, après une prtja.-i.--a J:':-r:rf -îC I-Li^rrlt ii<. T. appartient àlliistorien i^i; M .-^ :<ci ii rw=>:-;er res courants féconds el t ;i T-r-i^-iT. î"J *e Wii, laiTErce. Si la victoire deCoci''!-.! .=a:Lj-irî ï= snzfi r^-me, un des plus dévouas s»!r-. :-;-î I: ior i-* Nrcraa^ i>. qui a trouvé la mort ;!-;■< :t'.z: -^rri^cse >;=r&é^ <ix il combattait sous les <r:-^ -f i;':;;-f^-:=.iein.ie&cthencoort, laisse un fils, aj.-rs i^ i>f — ^-l j^ae* a2c^.?< seulemenL Ce fils, uoniiné fcii --.-c^rv Ttc pin». A::t ;ire uo jour l'intrépide mari : :'.. -rty^-^ '.' .zC. ^ zice cv^:i>.<»nte de la passion desex-
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dans sa patrie ^ Mais, avant de reprendre le chemin de Constantinople, ce Grec, nommé Léon Pilate , a commenté pendant deux ans, en 1361 et 1362, le texte original des poèmes homériques du haut d'une chaire fondée pour lui dans l'université de Florence; et ses leçons ont été suivies par des auditeurs tels que Coluccio Salutati, Boccace, Pétrarque lui-même. Un enseignement aussi nouveau, bien que trop tôt interrompu, n'en doit pas moins être considéré comme Tun des événements les plus importants du quatorzième siècle. C'est, à vrai dire, la première fois que le génie hellénique , dans sa pureté radieuse, sans intermédiaire qui l'offusque, sans nuage qui' le couvre, sourit à l'Occident depuis les invasions barbares. Ainsi déposé au moment propice sur une terre généreuse, un pareil germe aura bientôt, en se développant, renouvelé les lettres , les arts, la civilisation tout entière; et déjà , si Ton scrute du regard les profondeurs de l'horizon , il n'est pas difQcile d'y voir poindre l'aube de la renaissance.
pénétrant Francis Meunier, enlevé comme Pannier avant TAge à la science. Paris, A. Durand, 1857, p. 13.
1. La lettre où Pétrarque annonce à son jeune ami Boccace le départ de ce Grec, est datée de Venise le 1*' mars 1364. F. Pttrarcœ epist. seniUs, I. m. Cf. l'abbé de Sade {Mémoires sur Pétrarque, vol. III, p. 626, 633), et l'étude éloquente de M. Méziéres.