‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et de son époqueChapitre 91 sur 286 · Mais Berlran de Guesclin se fu es bois boutez · texte numérisé non relu

Mais Berlran de Guesclin se fu es bois boutez

A tamps n'i pot veoir que 21*1 pot estre entrez. »

{Chron. rimée, éd. Chairiére, 1. 1, p. 42, vers 1078 et 1079.)

3. Hiêt. de Bret.j troisième éd., liv. VI, chap. ixzin, p. 403.

3. Corelier veut bien convenir (éd. Gharrière, L I, p. 96, vers 2614 et 261&) • qu'on ne sait pas le tempe cerlainen^ent » ob ce duel eut lien. Toutefois, il se décide après quelque hésitation à le placer en 1359, peu avant l'invasioB d*Édouard qui débarqua à Calais le 30 octobre de cette année. Du Guesclin se serait battu contre Thomas de Ganterbury pendant que le duc de Laneastfe assiégeait Dinan. Or en 1369, ce n'est pas Henri, duc de Lancastre, remplacé dans son gouvernement dès le mois d'août 13&8 (Rymer, Ifl, 403), c'est Robert de Herle qui était lieutenant dans le duché pour le roi d'Angleterre {Ibid^ p. 404, 421, 431). D'ailleurs, ni les actes ni les chroniques du temps ne font mention de ce prétendu siège de Diaan qui eût été contraire à la trêve de Bordeaux renouvelée à Londres le 16 mars 1369 et prorogée jusqu'au 24 juin suivant où la Breiagoe était nommément comprise (/6ûi., p. 422 et 423). Au coounencement de cette année, le due de Lancastre était en Angleterre où il assistait au

janvier 1357, Dinan était le boulevard des forces françaises envoyées par le dauphin pour faire lever le siège de Rennes. Dans ces conditions, qui ne comprend que le chef de l'armée assiégeante avait le plus grand intérêt & se rendre maître d'une place d'où l'ennemi menaçait sans cesse ses derrières! On peut donc supi)oser, sans invraisemblance , qu'à une certaine période de l'investissement de Rennes, probablement pendant les deux premiers mois de 1357,1e duc de Lancastre mit le siège devant Dinan. Les habitants se trouvèrent tellement pressés qu'ils conclurent une trêve avec le prince anglais; ils s'engageaient à lui rendre leur ville s'ils ne recevaient pas de secours dans un délai flxé.

Un frère puîné de Bertrand , alors fort jeune, Olivier du Guesclin, faisait partie de la garnison de Dinan où il servait comme archer à cheval dans la compagnie de Jean Raguenel. Un malin, il prend fantaisie à ce jouvenceau de proflter de la trêve pour chevaucher tout seul aux environs de la ville assiégée. Un chevalier anglais, nommé Thomas deCanterbury*, le rencontre, le

mariage de Blanche sa fille avec Jean de Gand, Tun des fiU d'Edouard III ; à la fin de septembre, il passait le détroit et en octobre il ravageait PArtois ainsi que la Picardie {Chroniques de J. Froissart^ t. V, p. lvi et lvii). Henri de Knyghton, chanoine de Leicester dont He:iri, duc de Lancastre, était seigneur (Tw^-sden, Hist. Angl, Script. j t. II, col. 2625 et 2626), n'aurait pas manqué déparier de ce siège, s'il avait eu lieu, lui qui relate avec tant de soin dans sa chronique tous Içs faits de guerre du vainqueur d'Auberoche. On ne saurait davantage rapporter le combat singulier de Bertrand contre Thomas de Ganterbury aux mois de juin et de juillet 1359, puisque du Guesclin assistait alors, comme nous le verrons plus loin, au siège de Melun. Pierre Lebaud (Hist. de Brel.j éd. d'Hozier, Paris, 1638, p. 315) place aussi le siège de Dinan au printemps de 1359, mais il ne fait évia demment que suivre la version de Cuvelier, et s'il indique quarante jours au lieu de quinze jours pour la durée de la trêve, cette variante est due à une leçon de quelque manuscrit autre que les deux qui ont été mis à profit par Gharrière.

1. Cuvelier dit que ce chevalier était frère de Tarcbevéque de Ganter-

fait prisonnier et exige, pour lui rendre la liberté, une rançon de mille florins. Bertrand, cantonné à ce moment entre Dinan et Pontorson , est informé de Tarrestation de son frère par un chevalier breton qui revient du camp anglais. A cette nouvelle, il rougit « comme un charbon », monte à cheval et se rend à la tente du duc de Lancastre. Il trouve le prince jouant aux échecs*. On offre à du GuescUn le vin de la bienvenue. « Je ne boirai, répond Bertrand, que quand on m'aura fait justice. » 11 expose le grief qui Tamène et accuse Thomas de Canterbury d'avoir violé la trêve en arrêtant son jeune frère. Le duc de Lancastre fait venir aussitôt le chevalier dont se plaint du Guesclin, et lui dit :

« Voici Bertrand qui vous vient accuser de ce que, malgré le répit accordé aux assiégés, vous avez aujourd'hui pris son frère et le voulez rançonner comme votre prisonnier. Qu*avez-vous à répondre?

— Sire, répond Thomas en toisant du Guesclin avec arrogance, si ce Bertrand que je vois ici prétend soutenir que j'ai fait chose dont on me doive blAmer et que loyal chevalier ne puisse faire, voici mon gage : je suis prêt à prouver mon bon droit en champ de bataille, corps à corps, pair à pair. »

Bertrand, sans dire d'abord un tout seul mot, s'élance pour saisir le gage.

bury ; il se serait appelé alors Thomas de Islep, puisque Simon de Islep avait succédé en 1349 à Thomas Bradwardyn dans la dignité de primat d'Angleterre.

1. D*aprè8 Cuvelicr (éd. Charrière, t. I, p. 83), le duc de Lancastre jouait une partie d*échecs avec Jean Chandos, en présence des comtes de Montfort, de Pembroke et de Robert Knolles. On remarquera que le troavére indique ces mêmes seigneurs comme faisant partie de l'entourage du duc de Lancastre au siège de Rennes antérieur de trois ans, s'il fallait Ven croire, au siège de Dinan. Il y a tout lieu de penser que Jean Chandos n'a assisté ni à Tun ni & l'autre de ces événements militaires.

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a J'accepte votre défi, s^écrie-t-il anssîtôt qu'il tient le gage en sa main, et devant tes barons je vous condimt- Irai avant qu'il soit nuit. Faux dievalier ! traître ! vous nMMrdrez la poussière devant tous les seigneurs, ou à honte mourrai.

— Je ne vous ferai pas défaut, n'ayez crainte, reprend le chevalier anglais. Jamais nul jour en lit ne dormirai jusqu'à ce que je vous aie combattu.

— Et moi, riposte Bertrand, je le jure par la sainte Trinité, jamais ne mangerai que trois soupes au* vin avant que je soie armé*

— Je vous ferai bien équiper, dit à du Guesclin un chevalier de l'entourage du duc de Lancastre, et vous prêterai mon meilleur destrier, car je veux de vous deux tanlAtvoir l'essai. »

La nouvelle du combat qui doit avoir lieu ne tarde pas à se répandre dans la ville assiégée. Toute la population s'en émeut. Bourgeois et bourgeoises désirent tellement le succès de Bertrand que l'issue de ce duel les préoc* cupe. Une noble damoiselle de Dinan, qui se pique de connaître l'avenir, rassure ses compatriotes en leur annonçant & l'avance que Bertrand sera vainqueur.

Fille de messire Robert Raguenel, dit Robin, et de Jeanne de Dinan, vicomtesse de la Bellière, Tiphaine Raguenel avait alors vingt-quatre ans. Très-versée dans l'astronomie et la philosophie, elle passait pour la QUe la plus sage et la plus instruite qui fût dans tout le pays. On racontait même qu'une fée avait présidé à sa naissance et l'avait douée du don de prophétie. Comme les femmes en général et les Bretonnes en particulier, la fille de Robert Raguenel devait être sensible à la

1. Troie 80upe$ au otn, troît morceaux de pain trempés dans du Tin. C'est aussi, comme chacun sait, Tacception de l'anglais 9op.

gloire, et un brave, si laid qu'il fût, avait grande chance de faire battre son cœur. Aussi, dans la circonstance dont il s'agit, un sentiment aussi vif que tendre rendait sans doute plus perçante encore la seconde vue de Thiphaine. On est d'autant mieux fondé à le supposer que, quelques années après cet incident, la belle devineresse épousa notre héros. Un écuyer nommé Amauri s'empresse de rapporter à du Guesclin Taugure favorable qui le concerne. Bertrand, loin de se montrer touché de cette prédiction, affecte Tindifférence et y répond d'une manière fort brutale, « Ya, fou, dit-il au messager, sottises que tout cela ! Qui à femme se fle n'est guère avisé : en femme n'a de sens non plus qu'en la brebis. »

Deux amis de Thomas de Canterbury, Robert KnoUes et Thomas de Grandson, essayent en vain, au dernier moment, de faire la paix entre les deux champions. Du Guesclin ne veut entendre parler d'aucun accommodement. Le combat a lieu sur la place du marché de Dinan en présence du duc de Lancastre, que l'on a laissé entrer dans la ville avec une escorte de vingt chevaliers^ et de la plus grande partie des habitants accourus pour assister à ce spectacle. A la première passe, les deux adversaires se précipitent l'un contre l'autre avec tant d'impétuosité que leurs lances se brisent et volent en éclats ; ils saisissant alors leurs épées. Longtemps, ils se frappent d'estoc sans parvenir à s'entamer, tant leurs armures sont impénétrables. EnGn, dans un effort désespéré que fait Canterbury pour fendre la tête de son adversaire, son épée porte & faux et lui échappe de la main. Bertrand descend aussitôt de cheval, ramasse Tépée et la jette hors du champ. L'Anglais, n'ayant plus d'autre arme que sa dague, refuse de combattre à pied, conune du <jue8clin l'y invite & plusieurs reprises. Celui-ci se débarrasse en toute hâte de ses armures de jambes qui le

gênent, afin d'avoir toute la liberté de ses mouvements. Grâce à cette précaution, au moment où Thomas fond sur lui pour Técraser sous le poids de sa monture, Bertrand réussit à esquiver la charge. En même temps, il enfonce son épéc dans les flancs du cheval qui se cabre, tombe et entraîne son cavalier dans sa chute. Bertrand se précipite sur son adversaire « comme lion crété », arrache le casque ou bassinet qui lui couvre le visage et le frappe si fort à la tête avec ses gantelets de fer que Thomas de Cantérbury est bientôt aveuglé par son propre sang. Le capitaine de Dinan et quelques autres chevaliers, tant anglais que français, s'interposent : « Ami Bertrand, vous en avez assez fait. L'honneur de la journée esl pour vous.

— Beaux seigneurs, laissez-moi terminer ma bataille; car, par la foi que je dois, à Dieu le droiturier, ou il se rendra mon prisonnier comme il a tenu Olivier mon frère, ou je vais le tuer sur l'arène de ce champ clos.

— Bertrand, lui crie Robert Knolles, veuillez bailler votre champion au duc de Lancastre qui vous en saura gré et vous en tiendra bon compte. Vous en avez assez fait : il est à votre merci.

— Je Toctroie, répond Bertrand, tout à votre désir. » Bertrand s'avance ensuite vers le duc et, se mettant à

genoux :

« Noble duc, je vous prie et requiers, ne me veuillez haïr ni blâmer si j'ai maltraité ce meurtrier. Ne fût pour votre amour, il eût été occis.

— Il n'en vaut guère mieux, dit en souriant le duc. De tant qu'en avez fait, on vous doit bien priser. Votre frère Olivier sortira de prison, et il aura mille livres pour s'équiper. Vous, vous aurez les armes du félon chevalier et son cheval aussi. Quant à lui, jamais à ma cour il ne pourra reparaître, car les traîtres n'y sont pas admis. »

' Le duc de Lancastre prend ensuite congé des habitants de Dinan après avoir bu le vin d'honneur qu'ils lui offrent et regagne son camp. L'heureuse issue du combat met le comble à la renommée de Bertrand. Dès lors aussi, on a plus de confiance encore qu'auparavant dans le sens divinatoire de Thiphaine Raguenel, dont la prédiction s'est si bien réalisée.

Peu après le duel de du Guesclin contre Thomas de Canterbury et avant l'expiration de la trôve, les assiégés reçurent sans doute du dauphin Charles les secours qu'ils attendaient. N'espérant plus après l'arrivée de ces renforts se rendre maître de Dinan, le duc de Lancastre leva son camp et alla rejoindre le gros de son armée qu'il avait laissé devant Rennes. Les forces anglaises se trouvèrent ainsi concentrées autour de cette dernière ville qui fut soumise au plus étroit blocus. Dès le début du siège, le duc, ne pouvant prendre Rennes d'assaut, avait entrepris de l'investir. 11 avait échelonné ses troupes sur tout le circuit des remparts de celte place dont il faisait surveiller les portes et dont ses détachements commandaient les principales issues. Il voulait obtenir ainsi par la famine ce qu'iln'osait demander à la force ouverte,et il y aurait réussi s'il n'avait trouvé dans du Guesclin le plus terrible et le plus infatigable des adversaires.

Embusqué dans les forêts qui avoisinent la capitale de la Bretagne, Bertrand se donne pour mission d'inquiéter, de harceler sans cesse les Anglais. Il court la campagne, rôdant autour des partis ennemis et épiant leurs moindres mouvements; il intercepte leurs convois, enlève leurs quartiers, détrousse leurs vivandiers, tombe à l'improviste sur leurs fourrageurs et leur fait presque tous les jours des prisonniers. Il met de l'intervalle entre chacune de ses escarmouches ou il en change complètement la direction, afin que Ton soit moins sur

ses gardes ; puis, soudain il revient à la charge au m^ ment où Ton y pense le moins. Parfois même, il profite de Tobscurité de la nuit pour aller réveiller les assiégeants jusque dans leur camp et s'esquive aussitôt que l'alarme est donnée, non sans avoir mis le feu aux tentes des Anglais.

Dans une de ces attaques de nuit, du Guesdin réussit à s'emparer de quatre chevaliers anglais. L'un de ces prisonniers est chargé d'aller dire au duc de Lancastre qu'on le laissera en repos, lui et ses hommes, s'il veut permettre à Bertrand et & ses gens d'entrer dans la ville. On répond à cette demande par un refus, et le siège n'en est poussé qu'avec plus de vigueur.

Le duc de Lancastre a juré de n'abandonner la partie que quand il aura fait flotter sa bannière sur les créneaux des remparts de Rennes. Après plusieurs assauts infructueux, il se décide à employer la mine. Le commandant de la place assiégée évente cette mine, en enjoignant à tous les habitants dont les maisons sont attenantes aux remparts, de suspendre dans leurs salles basses de petits bassins de cuivre, afin de pouvoir se rendre compte par la vibration de tout ébranlement produit dans les profondeurs du sol. On découvre ainsi le point précis des remparts sous lequel les assiégeants ont creusé une galerie souterraine, et on peut la contre-miner. Une fois la mine éventée, Bertrand de Saint-Pern, Geoffroi de Saint-Barthélemi, Geoffroi Dupont, connétable de Rennes^, s'y précipitent Tépée à la main et massacrent bon nombre des travailleurs anglais dont ils détruisent l'ouvrage.

Furieux de cet échec, Lancastre a recours à un autre

1. Ces trois noms sont donnés par Bertrand d^Argentré {HUtoire de Bretagne f p. 404). D'après le Yieil historien breton^ Bertrand de Saint- Panii et non Penho«l, aurait été capitaine de Rennes.

stratagème pour venir à bout de la résistance de la garnison. Il sait que les habitants de Rennes, par suite de l'investissement de leur ville, souffrent depuis quelque temps de la disette de vivres et que la viande surtout commence & leur manquer; il fait donc Iftcher un troupeau de porcs * aux abords des fossés, pensant que les asiégés ne résisteront pas à cet appât et sortiront pour s'emparer d'une si riche proie. Le capitaine de Rennes devine le piège, «c Laissez-moi faire, dit-il à ses gens, nous aurons les porcs des Anglais sans courir aucun risque. »

Il ordonne d'amener et de suspendre par les pieds une truie près d'une des portes ' de la ville en face d'une prairie où paît le troupeau dont Lancastre fait à dessein l'exhibition; on a soin en même temps d'abaisser le poni-levis. La truie ainsi suspendue se met à pousser de tels grognements que presque tous les porcs de la prairie voisine accourent sur le pont. On s'empresse alors de la détacher et de la faire rentrer dans l'intérieur de la place où elle entraîne la plus grande partie du troupeau des assiégeants. Le tour une fois joué, on relève le pont; et, quand les Anglais se présentent : « Vous nous devez des gages, leur crient ironiquement les assiégés du haut des remparts ; ne vous en allez pas sans nous les payer, puisque c'est nous qui sommes mainte nant vos porchers. »

Malgré ce ravitaillement inattendu, les habitants de Rennes ont bientôt épuisé leurs provisions et commencent à être en proie & la famine. Le commandant de la

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