‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et son époqueChapitre 188 sur 291 · Fro'issari, Chroniques^ liv. H, chap. li · texte numérisé non relu

Fro'issari, Chroniques^ liv. H, chap. li

2. Hawkwood est le Falcone in bosco des chroni(iues italiennes.

3. Ce Crcswcy, que du Guesclin parviendra à entraîner en E8i)agne à la fin de l'<i6'i, et que no::s retrouverons établi dans le château de Sainte- Maure, en Touraiue, au mois de novembre 1370, était originaire de Burnham. Rymcr, vol. III^ p. 326.

4. Sur Seguin de Badefol, voyez plus haut, chap. viii, p. 242 et 243.

5. Gard, arr. Uzôs, un peu au nord d'Avignon, sur la rive droite du Hhône. « Item, aquel an meteys an lx, la nuog dcls Innoccns, fo près lo luoc de Saint Esprit, sus lo Roze, per une companha d'Anglezcs c de fais Franccses. Et cra dedins raossenhor Johan Sonanh {lisez : Sovanh), cavalier, senescalc de Belcayre, am certas gens d'armas. Et en lo conabatcment lo senescalc tumbet d'un cadafalc de fusta ont cra c rompet se la cuyssa. E puoys prczcron Codolet (Gard, arr. Uzès^ c. Bagnols) e feroo motz de mais. » Thalamus parvus, in 4% Montpellier, 1840, p. 357.

chai (le Beaucaire. Ce brave chevalier, originaire du pays de Caux, naguère bailli de Rouen, s'était blessé mortellement en tombant du haut des remparts au moment où il repoussait vigoureusement les assaillants. Les brigands avaient aussitôt profité du trouble et du découragement produits par ce malheur pour emporter le Pont-Saint-Esprit. Maîtres d'une place qui commande le cours du Rhône en amont d'Avignon, ils ne se contentèrent pas d'y commettre toute sorte d'atrocicilés*; ils tinrent dès lors le pape Innocent YI et le sacrécollège, non-seulement bloqués, mais môme affamés*, dans la capitale du Comtat. Le Saint-Père, après leur avoir adressé des admonestations dont ils ne tiennent aucun compte, prend le parti de prêcher la croisade contre eux. Mais cette croisade reste sans résultat et, vers le milieu de 1361, le souverain pontife est réduit à faire remettre une somme considérable* à Jean, marquis de Montferrat, à charge d'enrôler le plus qu'il pourra de ces terribles voisins pour les emmener en Italie.

C'est que les brigands des Compagnies ne sont pas

1. « In virgines ac moniales et matronas nonnullas dicti^loci, lîcso décore pudiciliaî, atrociter sœvienles. » Martene, Thés. Anecdot.y t. II, col. 862 à 864.

2. Le 23 janvier 1361, Innocent VI écrit à Rodolphe, duc d'Autriche, que les brigands des Compagnies .se sont emparés récemment « noviler » du Pont-Saint-Esprit, « per quem consuevcrant mercimonia ac victualia pluvima^ eidem curiœ necessaria ac opportuna, defcrri. • Martene, Thés, Anecdot., t. Il, col. 862 à 864.

3. Quatorze mille cinq cents florins. On voit qu'Innocent VI est tout honteux de recourir a un tel expédient. Il ne mandate pas cette somme, il charge de vive voix, « de mandato nostro super hoc facto eidem oraculo vivse vocis », Uegnault, évéque d'Âutun, son trésorier, de la verser entre les mains de Juan Fernandez de Ileredia, châtelain d'Aœposta, qui luimême la remet de la main à la main à Jean, marquis de Monlferrat, « et per eumdem marchionem certis gentibus armigeris quœ Magna Societas dicebatur. » Martene, Thés. AnecdoL, t. II, col. 995.

seulement attirés vers le Comtat par Tappât du pillage; ils ont en outre contre la Cour d'Avignon un grief capital dont ils poursuivent la vengeance avec une ardeur implacable. C'est le pape Innocent VI qui, après quatre années d'efforts incessants, a enfin amené, par l'intermédiaire de son légat Androuin de la Roche, les rois de France et d'Angleterre, à conclure la paix de Brétigny : voilà, à notre avis du moins, le crime irrémissible que les Hawkwood et les Creswey ne pardonnent pas au souverain pontife. Aussi, c'est au lendemain de la signature du traité que les gens des Compagnies, après avoir réuni leurs bandes, se mettent en marche pour envahir le Comtat; et il est surprenant que la coïncidence de ces deux événements n'ait pas donné l'éveil aux historiens sur la véritable cause de la guerre ouverte, et Ton peut dire systématique, que les chefs de ces brigands firent à la papauté après Brétigny. C'est comme s'ils avaient dit à Innocent VI : « Ces armes dont nous vivions et que vous voulez nous contraindre à déposer, nous allons, pour nous venger, les tourner désormais contre vous. » Quand ils prennent à tâche d'affamer le Saint- Père dans Avignon, c'est moins contre le pape qu'ils s'acharnent que contre le pacificateur de la chrétienté*. Ouoi qu'il en soit, lorsque Jean Chandos prend possession au nom du roi d'Angleterre, du commencement de décembre 1361 à la fin de mars 1362*, des principales places du midi de la France que le maréchal Boucicaut a reçu mission de lui livrer, beaucoup de

1 . « Eliani conlinuo non formidant contra nos et dictani curiam et, ut verbis eorum utamur, contra universam chriatianilatemj ucquiter coinniinando et nostram islo modo patientiam obstinata contumacia contemncndo. » Martene, Thés. Anecdof., t. II, col. 864.

2. Procès-verbal de délivrance à Jean Chandos^ publié par Bardounet, Niort, Clouzot, 1867, p. 69 à 116.

soudoyers qu'on licencie à cette occasion viennent encore grossir les rangs des Compagnies. Le flot devient si puissant qu'il menace de tout emporter. Il faut opposer sans retard une digue à ses débordements*. Le roi de France le comprend enfin et charge, à la fin de mars 1362, Jean de Melun, comte de Tancarville, qu'il a nommé le 25 janvier* précédent son lieutenant dans le duché de Bourgogne, de marcher avec toutes ses forces contre les Compagnies qui se concentrent comme en décembre 1360 dans la vallée du Rhône. Le comte de Tancarville et Jacques de Bourbon, comte de la Marche, qui prend part aussi à l'expédition avec Pierre de Bourbon son fils et Louis, comte de Forez, représentent celte chevalerie courtoise, galante, brave, mais d'une bravoure inconsidérée, qui s'est fait battre à Poitiers six ans auparavant . Hélas ! la leçon ne leur a nullement profité. En Angleterre où ils ont vécu en compagnie du roi Jean, dont ils sont les favoris, pendant les quatre années qui ont suivi le désastre, ils ont passé leur temps à se faire adorer des dames, mais ils n'ont rien vu de ce merveilleux ensemble d'institutions par où Edouard a réussi à assurer sa suprématie militaire. Aussi, une dernière humiliation leur est réservée, et cette noblesse, aussi folle qu'intrépide, videra jusqu'à la lie son calice de honte. Les chefs des Compagnies, Jean Hawkwood , Jean Creswey, Briquet, n'ont sous leurs ordres qu'un ramassis de brigands, réunis du jour au lendemain, étrangers les uns aux autres par la nationalité, sinon môme par la

1. Le 13 janvier 1362, Innocent Vï, qui savait l'induence prépondérante qu'Edouard Hï eût été capable d'exercer et qu'il n'exerçait pas avec une énergie suffisante pour empêcher les principaux chefs des Compagnies de s'abandonner en France à toute sorte d'excès, somma le roi d'Angleterre, pour Vamour de Dieu et le salut de son âme^ d'exécuter intégralement le traité de Brétigny. Rymer,v ol. UI, p. 634.

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