Voyez le n* zlii des pièces justiflcatives
dans la région môme où Ton se bat, c'est-à-dire en Basse-Normandie. En outre, il est dès lors un personnage plus considérable que les Hauny ses cousins qui jusque-là ont toujours combattu sous ses ordres. Si donc Olivier de Mauny apparaît sur le premier plan dans les actes relatifs à une opération militaire où du Guesclin assiste en personne, c'est que le lieutenant du dauphin Charles se trouve sans doute dans une position qui ne lui permet pas de se mettre en évidence.
On ignore les dates extrêmes du siège du Molay ; on sait seulement que cette forteresse était prise peu avant le 12 mars. Les opérations des Français dans le Bessin doiventpar conséquent remonter probablement aux mois de janvier et de février 1364. Mais nous avons vu dans le chapitre précédent que du Guesclin, à la fin de décembre 1363, avait pris le parti de porter devant le Parlement le procès pendant entre lui et Felton, procès qui s'instruisit pendant les deux premiers mois de Tannée suivante. Le chevalier anglais prétend, on se le rappelle, obliger son adversaire à rester otage pour Charles de Blois pendant plusieurs mois encore. Le défendeur repousse, il est vrai, avec énergie une telle prétention. La question n'en reste pas moins réservée, par cela seul qu'elle est remise entre les mains de la justice. Aussi, Bertrand n'a pas le droit de se considérer comme entièrement libre de sa personne, tant que la Cour n'a pas rendu un arrêt en sa faveur. Si, au lieu de gagner son procès, il avait le malheur de le perdre, il serait plus ou moins à la merci de Felton. On comprend que, tant qu'il est soumis à celte éventualité, il ne juge ni prudent ni digne de prendre, au moins officiellement, la direction des opérations militaires dont le Bessin est alors le théâtre. Voilà pourquoi il prie Olivier de Mauny de lui servir en quelque sorte de prêle-nom, et fait in-
vestir son cousin du titre de commandairt en chef. II ne faut voir là, selon nous, qu'une simple formalité, et du Guesclin n'en conserve pas moins, dans les sièges de Beaumont-le-Richard et de Quesnay, comme dans la prise du Molay, une action prépondérante. Il y a des supériorités telles qu'elles imposent pour ainsi dire le commandement môme à ceux qui s'en voudraient dépouiller.
Cette campagne en Basse-Normandie, pendant Tun des plus terribles hivers dont l'histoire ait gardé le souvenir, ne fait pas seulement honneur à Bertrand et à Olivier qui conduisent les opérations. Elle prouve combien sont aguerries les troupes qui marchent sous les ordres des deux cousins. Les Bretons, comme bien on pense, doivent y être et y sont en effet en majorité'. Nous retrouvons là les vieilles bandes qui se sont formées sous du Guesclin depuis vingt ans que dure la guerre pour la succession du duché. C'est le noyau de la petite armée dont le génie militaire de Bertrand va mettre à profit la bravoure pour remporter bientôt la victoire de Cocherel. Du reste, les gens d'armes qui assiègent successivement Beaumont-le-Richard, Quesnay et le Molay-Bacon, sont accueillis par les populations comme des libérateurs, et on les traite généreusement. La ville de Caen s'empresse d'envoyer à ces braves gens une pipe de vin et deux tonneaux de cidre • pour leur donner, comme on dit, du cœur au ventre. Elle met à leur disposition son matériel d'artillerie, elle leur adjoint à titre de renfort bon nombre de
1 . On alloua à Olivier de Mauny, pour ses frais pendant cette campagne, une indemnité; « à compter du jour qu'il partit des parties de Bretaigufj pour vaquer à la dicte besoignc Jusquez à son retour. » Bibl. Nat., Chartes royales, t. V, n» 304.