Côles-du-Nord, arr. Dinan
•ERTRAIID DD GUESCLIN. I — 1
Bertrand était fils de Robert du Guesclin, chevalier, et de Jeanne Malemains.
Robert du Guesclin, seigneur de Broons, appartenait à une branche cadette* d'une des plus vieilles et plus illustres familles de Bretagne, originaire des environs de Saint-Malo. Cette famille paraît avoir tiré son nom, écrit de vingt manières différentes, mais dont les deux formes principales sont, avant le quatorzième siècle, du Guarplic et du Guesclin *, d'une vieille forteresse située sur la paroisse de Saint-Coulomb', entre Saint-Malo et Cancale, au sommet d'un rocher escarpé qui domine la mer. Un peu à Test de cette forteresse, dont il est fait mention jusque vers le milieu du treizième siècle, la masse sombre du Mont-Saint-Michel se dresse à l'horizon. C'est dans ce pays, à la limite des deux provinces de
1. Bertrand du Guesclin, comme du reste tous les rejetons de sa branche, avait pour blason : d*argent, à Taigle de sable, béqué et armé de gueules à la bande de gueules brochant sur le tout. Cette bande de gueules est ce qu'on appelle en langage héraldique une brisure, signe distinctif des branches cadettes. Croirait-on que sur la couverture d'une publication récente faite sous les auspices du ministère de la guerre {Bertrand du Guesclin de Jamison, traduit par J. Baissac, Paris, Rothschild, 1866) on a représenté les armoiries de du Guesclin avec une l)arre au lieu d'une bande! Ce contre-sens héraldique, d'autant plus surprenant que nous avons conservé un grand nombre de sceaux du célèbre connétable où la bande est très-visible, ne serait pas relevé ici s'il n'y avait là en même temps un contresens généalogique.
2. • Guarplic et Guesclin, écrivait naguère le regrettable M. Aymar de Blois, dont l'opinion fait aulorilc en ces matières, ont la même signification dans l'ancien breton. Le premier est formé du mol goar^ gouer qu'on dit aussi goas ou goas, selon les dialectes, et qui signiûc ruisseau, et de plie ou pkc qui signifie pli. Le second est composé du mot goas ou goai, qui signifie ruisseau, et de clin^ qui signifie genou, acception identi(iue à celle de pli. » Ogée, Dictionnaire de Bretagne, nouvelle édition (1853), t. II, p. 741.
3. Ille-et-Vilaino, arr. Saint-Malo, c. Cancale. Sur l'emplacement de celte forleressse, le duc d'Aiguillon fit élever en 1757 un assez mauvais fort qui a été restauré de nos jours sous le nom de fort du Guesclin.
l'enfance de du GUESGLIN. 3
Normandie et de Bretagne, qu'une opinion, au moins très vraisemblable , place le berceau du chef-d'œuvre de Tépopée française, de la fameuse chanson de Roland*. Les souvenirs de la religion, les gloires de la poésie s'ajoutent ainsi à la majesté des sites pour donner à cette région je ne sais quelle empreinte d'austère grandeur.
Fixée de vieille date sur une marche que hanta de bonne heure la poésie chevaleresque, il n'est pas étonnant que la famille du Guesclin ait voulu avoir, elle aussi, sa légende héroïque. Elle prétendait remonter à un Sarrasin nommé Aquin, roi de Bougie, établi en Armorique, d'où il aurait été chassé par Charlemagne. Les exploits fabuleux du grand empereur contre Aquin remplissent un poëme, composé vers la fin du douzième siècle ' ; et l'on voit par un curieux passage de Froissart* que les du Guesclin avaient enté sur celte légende tout un roman généalogique. D'après eux,
1. CcUe opinion, émise pour la première fois par mon excellent collègue M. Léon Gautier, se fonde principalement sur la place considérable qu^oc<;upent dans la chanson de Roland, la fête, Tinvocation et le souvenir de « saint Michel du Péril. » La Chanson de Roland, cinquième édition, Tours, in-8', 1875, p. xvi et xvii.
2. Ce manuscrit, conservé aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale, fonds de Colbert, n* 10307. 3. 3., passe pour avoir été trouvé sous les ruines du monastère de Tilc de Cézembre (fie située sur les c^tes d'Illeet-Vilaine, à cinq kilomètres environ et en face de la baie de Saint-Malo) près le fort de la Couchée, non loin précisément du berceau de la famille du Guesclin. Nous devons à M. Paulin Paris [Hist, lilt.j t. XXII, p. 402 à 415) une analyse très-intéressante du poëme relatif à la conquête de la petite Bretagne. On peut regretter seulement que le savant académicien n'ait pas rappelé à cette occasion le passage de Froissart où Guillaume d'Ancenis, à propos do la vraie forme du nom de du Guesclin que le chroniqueur avait prononcé de Clnyquin, raconte à sa manière la légende du roi Aquin, en même temps (ju'il nous révèle les prétentions généalogiques du connétable de Charles V.