‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et son époqueChapitre 83 sur 291 · Somme, arr. Péronne, c. Roisel · texte numérisé non relu

Somme, arr. Péronne, c. Roisel

3. Près Templeuve (Belgique). Communication de notre savant collègue M. Auguste Longnon.

4. L'arrôt du Parlement, en date du 20 mars 1364 (n. st.), condamne Pierre « Pascaris » à amener à Paris et à livrer au roi Marie de Mortagne, Baudas de Hennin et ses complices solidairement en quatre mille livres tournois, et Pierre « Pascaris », en mille livres tournois de dommages-intérêts envers Jean, sire de Fay, et en outre Pierre « Pascaris », en deux mille livres tournois d'amende envers le roi. Arch. Nat., sect. jud., X»*7, ^• 126 ▼• à 130. Cf. X"17, ^• 257 V et 258, 300, 324; X'M8, f»' 42 V à 45, 121 à 124;X'*20, f-204 V et 205.

I6d CHAPITRE VI.

■ces fêles, à la Tois mililaires cl galantes, qui passionnent alors toutes les imaginafions. Quand on porte de si beaux habits, de si magnifiques armures, on ne cherche que l'occasion d'en faire parade. Le progrès du luxe entraîna, comme une conséquence nécessaire, la passion des tournois. Combattue en Angleterre, comme nous l'avons vu, par les ordonnances les plus sévères, cette passion sévit sur le continent avec une véritable fureur. Elle fut encore surexcitée par un courant de galanterie romanesque qui emporta toute la chevalerie de ce temps et qu'il faut attribuer en grande partie è l'influence des romans de la Table-Ronde. Singulière destinée que celle de ces poèmes d'aventures! Composés au treizième ou même au douzième siècle, ils semblent n'avoir eu d'action générale et marquée sur les mœurs qu'au quatorzième siècle. Autant ils forment dissonance avec le milieu qui les entoure à l'époque de Philippe Auguste, de saint Louis, de Joinville, autant ilss'harmonisent avec les contemporains de Philippe de Valois et du roi Jean, \on-seulcment les prénoms de Lancelot, de Gauvain, de Galehaut ', et tantd'autres, empruntés à ces poSmes, deviennent alors plus fréquents ; mais encore, à voir certaines figures historiques de cette période, un Arnaud do Ccrvolle, un Eustache d'Auberchicourt, un Galehaut de RibemonI, par exemple, on dirait que les personnages mêmes de ces romans ont pris corps et sont entrés dans la vie réelle.

La chevalerie de théâtre fait son avènement sur la scène, que dis-je, elle s'asseoit sur le trône avec Philippe de Valois, avec Jean et consomme la décadence du véritable esprit militaire dans notre pays. Le caractère

I. Il y n aussi di'B Fiorabraa. Ficrahras d'Auxonnc, écujcr, donna quittance de SCS gagei- A Lille le 6 aotll 1340. Bibl. Nal-, dép. des nisa., Utroi «cullèa de Glaircmbaiilt, t. VII, p. 391.

distinclif de cette chevalerie, c'est qu'elle porte dans la guerre réelle tous les procédés des joutes et des tournois, les us et coutumes de la guerre de parade.

Concentrer sur un point que Ton a choisi el que Ton juge favorable à Tattaque, soit à Taide d'une feinte comme Bertrand du Guesclin à Cocherel, soit par une^ marche forcée de nuit comme le môme capitaine à Pontvallain, des forces plus considérables que l'adversaire, tel était au quatorzième siècle, tel a été dans tous les temps et tel reste encore aujourd'hui le principe fondamental de l'art de la guerre. Les moyens d'action se transforment sans cesse, mais ce principe lui-même n'a reçu dans le passé et ne recevra dans l'avenir aucune atteinte. En d'autres termes, la guerre vit de feintes et de surprises, mais ce n'est pas ainsi que l'entendaient Philippe de Valois et Jean. Comme, d'après le code des tournois, tout combat doit être précédé d'un cartel ou défi en règle, toutes les fois, je ne dis pas qu'ils attaquèrent, mais qu'ils songèrent à attaquer l'ennemi, ils se firent un devoir de le prévenir plusieurs jours à l'avance, sauf à lui fournir les moyens de leur échapper. On en peut citer deux exemples vraiment mémorables.

Tout le monde connaît la célèbre campagne d'É douard III en France en 1346, qui se termina par la victoire de Crécy. Débarqué à Saint-Waas1r-de-la-Hougue le 12 juillet, le roi d'Angleterre arriva à Poissy le 14 août, veille de l'Assomption, après avoir ravagé la Normandie. A cette nouvelle, grand effroi, à Paris. Mais au fond le plus effrayé à ce moment, c'était Edouard luimême. Philippe de Valois avait eu soin de faire couper tous les ponts sur la Seine qui auraient permis à son adversaire de passer de la rive gauche de ce fleuve sur la rive droite. Le pont de Poissy notamment avait été détruit, il fallait plusieurs jours pour le reconstruire, et

les Français se trouvaient en force sur le rebord opposé à celui où campaient les Anglais. Ceux-ci; en outre commençaient à manquer de vivres, et le pays, ravagé sur leur passage, ne pouvait plus leur en fournir. Ajoutez que le roi de France se tenait à Saint-Denis à la tête d'une puissante armée. La situation d'Edouard, incertain des mouvements projetés par son adversaire, lancé par une pointe aventureuse au cœur même du pays ennemi, menacé d'être acculé à la Seine et finalement jeté dans ce fleuve, pouvait devenir très-critique. Philippe de Valois se chargea de le tirer d'embarras en adressant, selon la règle des tournois, un cartel ou défi au roi anglais, le jour même où celui-ci arrivait à Poissy, pour lui proposer la bataille soit entre Saint-Germain-des- Prés et Vaugirard, soit entre Franchevilie et Pontoise, lui donnant le choix entre le jeudi, le samedi, le dimanche ou le mardi suivants. Le rusé Edouard comprit aussitôt à qui il avait affaire, il répondit à cette naïveté par une feinte; il se contenta de dire à l'archevêque de Besançon, qui lui avait apporté la lettre de défi, qu'il se disposait à prendre le chemin de Montfort-FAmaury où on le pouvait venir chercher. En même temps, pour donner plus sûrement le change sur la direction qu'il était résolu à suivre, Thabile stratégiste chargeait son fils, le prince de Galles, établi à Saint- Germain-en-Laye, de menacer l'ouest et même le sud de Paris, comme si les Anglais eussent voulu passer la Bièvre et la Seine en amont de cette ville : de là les incursions à Saint-Cioud, à Boulogne et à Bourg-la-Reine. Le roi de France vint tomber dans le piège que son adversaire lui tendait : il. alla se poster avec le gros de ses forces au pont d'Antony pour défendre le passage de la Bièvre au moment même où le roi anglais, exécutant le mercredi 16 août un rapide mouvement rétrograde,

franchissait la Seine sur le pont refait de Poissy. Le lendemain 17 seulement, le tour une fois joué, Edouard adressa de Grandvilliers une réponse hautaine et quelque peu ironique aux lettres de défi du roi de France : ce Ce n*est pas notre intention, dit-il entre autres choses à Philippe de Valois, d'être fixé par vous ni de prendre de vous lieu et jour de bataille*. ^>

Le second exemple de cartel, adressé à Tennemi dans des circonstances analogues, est emprunté à l'histoire du roi Jean ; il est moins connu que le précédent, mais il n'est pas moins caractéristique. Pendant la première quinzaine de juillet 1356, Henri, duc de Lancastre, regagnait la basse Normandie au retour d'une chevauchée qu'il avait entreprise pour forcer les Français à lever le siège de Pont-Audemer ; il n'avait sous ses ordres que neuf cents hommes d'armes et quatorze cents archers. Jean attendait les Anglais à une petite lieue de Laigle, à Tubœuf, avec son fils aîné Charles, le duc d'Orléans son frère, une armée de huit mille hommes d'armes et de vingt mille arbalétriers et autres gens des communes. Mais le roi de France, au lieu de tomber à Timproviste sur les Anglais, envoya deux hérauts ofi'rir la bataille au duc de Lancastre qui naturellement profita de cet avis pour s'échapper*.

Il y a une création de ce temps, qui résume fidèlement l'esprit dont était animée cette chevalerie de parade, c'est l'ordre de l'Étoile fondé parle roi Jean*. Jean

1. « Nous ne sommes mie avisés d'cstre tailliés par vous ne de prendre de vous lu et jour de bataille. » Chroniques de J. Froissart, t. III, p. XL et ZLI.

2. Robert de Avcsbury, Chron. Ed. 111 ^ p. 249 et 250 ; Chroniques de J, Froissari, t. IV, p. Lxvii, note 3.

3. L'ordonnance de fondation est du 16 novembre 1351 et la première ou plutôt la seule fête de l'ordre eut lieu les 5 et 6 janvier 1352. Léopold Pannier, La Noble Maison de Saint-Ouenj p. 88 à 106.

le Bel et Froissart disent expressément que le fondateur s'était inspiré des souvenirs du roi Arthur et avait pris pour modèle la fameuse Table-Ronde. Que penser, au point de vue militaire, de cet article des statuts : <c Et leur convenait (il s'agit des membres de Tordre) jurer que jamais ils ne fuiraient en bataille plus loin que quatre arpents à leur estimation, mais mourraient plutôt ou se laisseraient faire prisonniers ^ » Dès le mois d^août suivant, un serment de cette nature, très-chevaleresque assurément, mais détestable au point de vue militaire, par cela seul qu'on en faisait une règle absolue, portait ses fruits. A Mauron* en Bretagne, Gui de Nesie, sire d'Offémont, maréchal de France et une centaine de chevaliers tombaient dans une embuscade que leur avait tendue Gautier de Bentley, capitaine pour le roi d'Angleterre en Bretagne ; ils auraient pu s'échapper, mais le serment solennel prêté le 6 janvier précédent s'y opposait, et ils se faisaient tuer presque tous dans cette sanglante boucherie.

La leçon ne fut pas perdue, il faut le reconnaître, les statuts de l'Étoile furent mis en oubli, et l'ordre tomba peu à peu de lui-même. Hais il semble que Jean continua de croire, même après une aussi cruelle expérience,

1. « Et leur convenoit jurer que jamais ilz ne fuiroient en bataille plus hault de quatre arpens de leur advis ; ainchoys morroient ou se rendroient pris. » {Chroniques de J. le Bel,L H, p. 174: Cf. Chroniques de J. FroiS' sartj t. IV; p. 127). L'article des statuts auquel Jean le Bel et Froissart font allusion est ainsi conçu : « Et se il y a aucun qui honteusement se parte de bataille ou de besoigne ordenée, il sera souspendus de la compaignie. » Pannier, Ibid., p. 90.

2. Morbihan, arr. Plofirmel, à Touest de Rennes et de Montfort-^ur- Meu. Ce combat fut livré le mardi 14 août 1352. Robert de Avesbury, Chron. Ed, 111, p. 189 à 191 ; Jean le Bel, Chroniques, U II, p. 174; Chroniques de J. Froissart, t. ÏV, p. 128; Grandes Chroniques de France, dans le supplément aux variantes du t. ÏV des Chroniques de J, Froissart, p. 402.

qu'il en était d'une bataille comme d'un tournoi, que pour attaquer son adversaire il n'y avait qu'à aller droit devant soi et que le courage personnel pouvait tenir lieu de tout le reste. Tandis qu'Edouard III avait organisé, dès le commencement de son règne, sous le nom de a hobbiliers* » un corps de cavalerie légère spécialement chargé des reconnaissances, il ne parait pas que Philippe de Valois et le roi Jean aient jamais eu dans le cours de leurs expéditions militaires un service d'éclaireurs fonctionnant régulièrement et d'une manière constante. A Crécy, c'est seulement quelques heures à peine avant d'en venir aux mains que Philippe de Valois charge le Moine de Bazeilles*, les seigneurs de Noyers, de Beaujeu et d'Aubigny, de prendre les devants pour se rendre compte de la position des Anglais; et si ces quatre chevaliers sont choisis en cette circonstance, ce n'est pas qu'ils soient plus spécialement chargés que d'autres en temps ordinaire du service d'éclaireurs, mais uniquement, dit Froissart, parce qu'on les considère comme « les plus chevalereux et vaillants ^ »

Jean suivit trop fidèlement, sous ce rapport comme sous tant d'autres, les funestes errements de son père. Si la campagne du mois de septembre 1356, inaugurée

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