‹ Histoire de Bicêtre (hospice-prison-asile) d'après des documents historiqueChapitre 119 sur 137 · PRODIGE BE VERTU · texte numérisé non relu

PRODIGE BE VERTU

Innocence reconnue après vingt-deux ans passés, enchaîné parlons les membres, dans les cachots.— Mémoire pour Marie .\oél, femme de Louis Thomas, tous les deux marchands de tisane à Paris.

Prétendusgrands de la terre, ce n'est point chez vous, ce n'est que chez la classe la plus indigente du peuple, de ce peuple naguère si avUi, si hunnlié par votre fastueuse et stérile opulence, qu'il faille chercher cette vertu sublime que vous devez prendre aujourd'hui pour modèle, si vous voulez mériter qu'il vous appelle ses frères. Eh! qui peut ne pas ambitionner de partager ce nom, si attachant pour toutes les âmes sensibles, avec la vertueuse Marie Noèl, femme Thomas, et son mari !

Quel courage et quel exemple n'olîre pas, non seulement k toute la nation française mais encore à l'Europe entière, cette femme étonnante.

Le hideux despotisme appesantissait encore ses mains de fer sur une foule innombrable de citoyens malheureux dont le courage à dénoncer des abus invétérés, à combattre des despotes sanguinaires, tenait souvent lieu de crimes; les larmes et le sang coulaient à Ilots dans tous les cachols de la France, un homicide tarif était ouvert dans les Inireaux de l'ancienne police, la liberté, la vie des citoyens étaient mises à prix. Malheur à celui dont les ennemis avaient le moyen <le payer à un commis de la police celui d'une lettre de cachet. Essayer d'arra-

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cher une A'ictime innocente des mains sanglantes de ces redoutables Iléaux de l'humanité, c'était s'exposoi' au même sort. L'homme souffrant, abandonné, ne voyait de terme à ses maux que dans la mort, toujours trop lente, pour les malheureux.

Le trop infortuné Misquinet (de la Pagne) languissait depuis vingt-deux ans dans ce supplice épouvantable. Demandant en vain justice à tous les hommes, il n'a jamais demandé de grâce à aucun. Enchaîné par le cou, les pieds et les mains, dans le plus profond, le plus noir et le plus impénétrable cachot, ses ennemis se flattaient d'y enterrer leurs crimes avec lui. ]..e roi lui avait accordé la liberté depuis sept ans; il a été sept ans sans voir le jour depuis que sa liberté lui a été accordée. Effrayés par la crainte du juste châtiment dû à leurs crimes, ces hommes féroces, après avoir essayé inutilement de l'empoisonner, après avoir fait mourir à sa place, par le poison, un mallieureux nommé Perrot, ont donné les ordres de l'étrangler. L'infâme Carpentier, lieutenant de la compagnie des gardes de l'infâme Bicestre, est venu exécuter cet ordre abominable. Un scélérat nommé Longueville est venu lui mettre une corde au cou, en lui a|ipliquant un poids surle ventre ; la corde a cassé. 11 lui a mis ensuite un bâton dans la bouche, en l'enfonçant de toutes ses forces pour achever de l'étouffer; on lui a crevé l'estomac; il acu une jambe cassée, la tète ouverte en cinq endroits. On ne lui a donné ni chirurgien, ni linge même pour panser sa jambi'. <^ Il n'a pas besoin de chirurgien, puisqu'il faut qu'il meure », disait-on tous les jours à ses oreilles. G'estle dieu des malheureux, le dieu de l'innocenceoppriméequi l'a guéri. Dans cet état, le croira-t-on? les barbares économes et administrateurs de Bicestre lui ont fait mettre un énorme collier de fer au cou, des fers d'une grosseur prodigieuse aux pieds et aux mains... avec une jambe cassée! La mort qu'il appelait â son secours, ne semblait s'éloigner de lui que i)Our prolonger ses souffrances. 11 sentait que l'excès des crimes de ses ennemis leur imposait l'affreuse nécessité de le faire mourir pour se déroberau juste châtiment qu'ils méritaient. Incapablede rucheler sa vie par des soumissions humiliantes, il a conservé son âme libre tout entière, au milieu des fers et desallres de la mort. L'espérance, cette consolation des malheureux, n'était plus dans son cœur; les personnages les plus distingués, les gens de loi les plus célèbres s'étaient inutilement intéressés à son sort. On se lasse d'être sensible, on ne se lasse jamais d'être cruel... et leurs efforts sont devenus impuissants.

Enfin une jeune femme, la plus pauvre mais la plus vertueuse de toutes les femmes, l'étonnante M"" Thomas, conduite par hasard, ou plutôt par ordre secret de la Providence, dans l'inlame maison de Bicètre, est instruite des longs malheurs de l'infortuné de la Pagne et de tous les crimes de ses ennemis envers lui. Sa grande âme est indign(;e, elle est attendrie. Elle vient arracher cette victime des mains ensanglantées de ses bourreaux : elle a prouvé par son étonnant succès, que ce qu'on veut fortement, on est assuré de l'obtenir. Elle communique siin dessein à son mari, chacun aussitôt choisit sa tâche. Le mari travaille pour nourrir sa famille et le prisonnier qu'ils ont adopté, tandis que la malheureuse épouse va frapper â toutes les portes, va même, sans d'autre guide que son cceur et sa vertu, jusqu'aux jiieds du trône, pour solliciter justice et secours pour son protégé. L'éclat de sa vertu a pénétré toutes les âmes,

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tous les gens en place l'ont accueillie : elle n a été rebutée que dans les bureaux par tous les agents subalternes du despotisme. Elle obtient des commissaires ; elle obtient la liberté de son client, la lui apporte. Les odieux économes de l'atlVcux Bicètre, Hagnon et l'hypocrite Eschard, font encore rébellion contre les ordres qu'elle avait entre les mains. Quelle douleur, quel désespoir pour cette femme si tendre et si généreuse! Mais elle ne s'est point rebutée, son courage s'est accru par la résistance, qui n'a servi qu'à lui donner de nouvelles forces. Fendant six ans entiers, cette femme extraordinaire a lutté avec une intrépidité au-dessus de son sexe, contre les fervents tyrans de la jxilice ancienne et moderne (on n'en excepte que le département de iiolice provisoire qui n'a pas été conservé, parce que tous ses membres étaient des citoyens vertueux, amis de l'ordre, de la justice et de l'humanité). Elle a été mise en prison [lar les cruels économes de Bicètre, soupçonnée de passer les lettres et les mémoires du malheureux de la Fagne; sa vie a été mille fois en danger. Ses courses, celles de son mari, dont on était bien éloigné de soupçonner le motif généreux, leurs sollicitations particulières auprès du Comité provisoire de police, les ont fait i)asser, dans une certaine classe du peuple, pour des espions ; et comme tel. le mari a été sur le point d'être pendu par le peuple dans une émeute populaire lorsque ses voisins ont éclairé la multitude sur la vertu de ce véritable citoyen. Pendant six années entières, ces époux vertueux n'ont cessa de faire quatre fois la semaine, pendant la pluie, la grêle, la neige, le froid excessif des hivers, les chaleurs brûlantes de l'été, le voyage du Gros-Caillou, pour [lorter des secours, des encouragements et des consolations à M. de la Fagne, cet être le iilus soulfrant, le plus op|irinié, le i)lus intéressant qu'il soit possible de citer depuis la Création, lis ont veillé sur ses jours, fait avorter les desseins homicides de ses ennemis, lui ont trouvé des protecteurs puissants et inaccessibles à la séduction. Enlin l'étonnante M"" Thomas est parvenue, malgré les oltstacles que lui opposaient les Saint-Priest, les de Crosne, et même le maire de Paris, à obtenir justice pour ce trop malheureux mortel, qui, grâce à la surveillance efficace du club des Cordeliers et au zèle de MM. Peyre et Robert, membres de ce club, qu'il a choisis pour ses conseils, vient d'être déchargé d'accusation, trouvé innocent, après avoir passé vingt-deux ans chargé de fers dans des cachots et éi)uisê, en dernière analyse, toute la rage des vils concierges de la Conciergerie et de l'hAtel de la Force, agents dociles de ses lâches bourreiiux.

On s'étonnera peut-être que M Musquinel (de la Pagne) depuis qu'il est libre, n'ait i)as porté une plainte contre ses assassins, un graud exemple de sévérité serait sans doute nécessaire pour intimider ceux qui seraient tentés à l'avenir de marcher sur leurs traces; et l'on trouvera sans doute qu'il porte trop loin la modération et la clémence envers des ennemis aussi coupables, parmi lesquels un sieur Lequesne, marchand de soie, a fait le premier rôle et le plus odieux. Si mes ennemisétaientcondamnésàsouffrirpendanthuitjours, luia-t-on souvent entendu dire, tout ce qu'ils me font souffrir de[iuis vingt-deux ans, je serais le premier ;'i demander grâce pour eux. 11 a la générosité de leur i)ardonner ce que les honnêtes gens ne leur pardonneront jamais.

Que l'humanité affligée de ce récit douloureux, et attendrie sur la vertu de

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M. Thomas, sèche aujourd'hui ses larmes. M. de la Pagne a enfin trouvé des hommes justes et incorruptibles dans les juges du tribunal du 1" arrondissement. Il respire — il respire libre, et ce qui lui est le plus précieux encore, il est absous par la loi. Il ne cherche des consolations à l'oubli de ses longues souffrances que dans les sociétés artistiques, où on le voit avec un zèle infatigable, malgré l'épuisement de sa santé, s'occuper des soins de dénoncer tous les abus et d'arracher au despotisme ses dernières victimes.

Les citoyens de la ville de Pontoise, sa patrie, ceux de la capitale, l'ont reçu en triomphe. Son séjour parmi ses concitoyens était une fête publique; c'était celle de toutes les ftmessensibles. Safamille, trompée pendant22ans, l'a accueilli avec cette joie que la nature seule peut apprécier. 11 a été reçu avec transport dans les bras du père le plus tendre et le plus respectable: il s'est empressé de lui rendre ses biens, heureux si l'intérêt que sa vue a inspiré à toutes les âmes pouvait lui faire oublier les forfaits de tous les monstres qui l'ont si cruellement ferraillé pendant 22 ans ! Mais il existe encore des êtres durs, insensibles et féroces ;"* ces mêmes monstres ont encore des amis qui leur prêtent leur organe enfin, pour le calomnier dans l'une des sociétés qui l'ont d'abord accueilli avec zèle, parce que l'institution de crtte même société est de venger l'innocence et de surveiller l'exécution de la loi, dont ils redoutent le glaive.

C'est à M"" Thomas seule que l'on doit la conservation d'un citoyen utile, cet aimable et excellent patriote ; c'est à M"" Thomas que M. de la Pagne doit la conservation de sa vie : c'est cette héroïne qui lui a conquis l'âme de ce vertueux administrateur de police, du sage M. Momel et de M. Peydel, qui l'ont si efficacement protégé, c'est la surveillance d'une femme forte qui la sauvé. Sa conduite n'est pas un de ces accès passagers de courage et de vertu dont beaucoup de gens sont capables; mais c'est l'habitude d'une vertu et d'un courage rares, sans exemple; c'est la constance d'une vertu qui ne saurait être trop connue. Des prix de vertu ont été accordés à M"' Legros, bienfaitrice du malheureux M. de Latude, ami et compagnon d'infortune de M. de la Pagne, et c'est la vertu qui en réclame un aujourd'hui pour M"" Thomas.

Avif aux dmes sensibles:

Un artiste célèbre, aussi recommaudable par ses talents que par sa profonde sensibilité, M. Colibert, peintre et graveur, emploie son pinceau et son burin pour rendre sensible à l'œil attendri, tel qu'il est dans toutes les âmes, l'héroïsme de M"" Thomas et de son mari. Il a heureusement saisi le moment où M. de la Pagne, enveloppé d'une cage de fer portative leur jette, avec le plus grand danger d'être surpris, un paquet do lettres par la fenêtre.

Le prix de la gravure sera de trois livres, dont moitié au profit de M™' Thomas; on donnera i livre 4 sols en souscrivantet 1 livre 16 sols en retirant la gravure.

On souscrit à Paris, chez l'auteur, quai des Augustins, maison de M. Barrois l'ainé, libraire, au 3°.

A Paris, chez Trasseux, imprimeur, place Dauphine, n" 4, et chez les marchands de nouveautés 1791. M iisic Carnavalet.

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NOTE XX /ns.

Musquinet de laPagne.

On lit dans la Gazette Nationale (Moniteur universel) du dimanche 7 février 1790 — n° 38 — l'analyse suivante d'un ouvrage du S" Musquinet de la Pagne. Après le récit que nos lecteurs ont pu lire aux pages précédentes cette Notice pourra paraître curieuse.

Livres nouveaux. •''

liirêtre réformé ou Etablissement d'une Maison de discipline; onwa^e dédié à M. de Castellane, député à l'Assemblée Nationale, par M. Musquinet de la Pagne, licencié en droit. A Paris, clio/ Garnory, ijuai des .\ugustins. — 1789 (1'^' extrait).

C'est du sein même de la captivité que l'auteur de cet écrit parle de ses maux au public et réclame en sa faveur l'autorité de la loi, qui ne connaît ni égard ni acception.

Détenu depuis dix-huitans dans la prison de Bicètre, pour des écrits dangereux, M. de la Pagne met dans son ouvrage l'amertume d'un caractère aigri par la douleur et par la convi(;tion que ses peines sont le fruit de l'erreur ou de l'oppression. Le refus constant qu'il a éprouvé, sous un régime arbitraire, d'être entendu juridiquement, les abus dont il a pu être instruit, le dédain, la hauteur qu'il a cru apercevoir dans ceux dont le premier devoir est d'écouter les malheureux etla première obligation de leur faire rendre justice, l'ont encore afl'ermi dans son sentiment et ajouté à l'exaltation de ses plaintes.

M. de la Pagne écrivait encore il y a quelques jours à un administrateur de police, alors i)résent à Bicètre : •< Je demande mon renvoi par-devant un juge et mon transfèrementàla Conciergerie jjour qu'on y suive mon procès dans les formes ordinaires. >> Sa demande est.dans les bureaux du département de police.

Mais notre objet n'est point ici de parler du personnel de M. de la Pagne, et ce peu de mots que nous en disons nous est suscité par l'intérêt qu'inspire un liomme détenu dans les fers quelles que soient ses fautes ou ses erreurs. C'est ce même intérêt qui rend la lecture de son Ecrit attachante, il y fait l'horreur du lieu qui le recelé, avec des couleurs analogues à la disposition de son âme oppressée par dix-huit ans de captivité.

Un sentiment pénible s'empare du lecteur à l'ouverture du livre ; son esprit suit l'auteur avec effroi sous ces voûtes qui n'ont jamais retenti que des plaintes des malheureux, où souvent l'innocent a subi la peine du coupable, oii tous les genres du despotisme ont si longtemps fait taire la justice devant les préjugés et la force. Le bruit des chaînes et les voix des cajitifs qui les portent viennent frapper l'oreille effrayée, tandis que des images sombres de cachots et de retraites, empoisonnés par un méphitisme destructeur, achèvent de procurer à l'àme l'idée d'un tombeau où les hommes sont ensevelis avant leur mort. Tel est l'endroit ([ue peint M. de la Pagne, tel est le séjour où le vice et l'erreur, la faute d'un

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moment, et le crime de toute la vie, la jeunesse égarée et les auteurs des plus honteux forfaits restent confondus, se corrompent journellement, où la tyrannie personnelle qu'on ne doit pas confondre avec son autorité, l'habitude d'une funeste puissance que l'on prend pour un droit sacré, le maintien des vieux règlements, que l'on appelle moyen de sûreté, entassent et livrent à une sûre dégradation, que le respect dû à l'homme ou livrerait à la justice pour elVrayer les coupables, ou rendrait à la Société pour y jouir de leurs justes droits. 11 faut longtemps ébranler, agiter les hommes avant de leur faire prendre le parti que dictent la justice et la raison et c'est rendre service à l'humanité que de fatiguer l'oreille publique des plaintes de ceux qui ne peuvent se faire entendre.

Ce sont ces motifs sans doute qui ont guidé M. de la Pagne dans l'Ecrit que nous annonçons, et sans prétendre, ni justifier, ni adopter et ses plaintes et ses récriminations, on lui doit de la reconnaissance d'avoir, au sein même de la captivité, après tant d'années de souflfrances, pris sur lui de dévoiler les horreurs de la prison et de présenter des idées d'améliorations sur ces tristes objets qui frappaient les regards.

En conséquence, il divise son Ecrit en deux parties ; dans la première, il peint Bicêtre tel qu'il a dû lui paraître : dans la seconde, il propose une Maison de discipline, à la place de cet affreux château.

Dans un moment où tous les bons esprits se portent vers les objets de réformes utiles et cherchent à faire tourner la Révolution qui s'opère, autant au prolit des hommes malheureux que de la liberté publique et des droits de tous, on ne verra pas sans doute avec indifTérence l'extrait de l'ouvrage de M. de la Pagne ; il servira de suite, en quelque sorte, à ce que nous avons déjà dit de la Maison de Bicêtre.

« Il en coûte beaucoup, dit l'auteur, k notre sensibilité pour exposer ici sous les yeux de la Municipalité le tableau affligeant des salles de force de Bicêtre. Quels que soient les soins et la vigilance des magistrats qui président à la police pour arrêter les désordres qui s'y commettent nécessairement, nous voyons toujours avec douleur que leurs vœux sont inutiles et leurs efïbrts impuissants.

« Quel 3st la cause des désordres de Bicêtre? C'est l'oisiveté. Quel est le moyen d'y remédier ? Le travail I

« Un des magistrats qui ont tenu les rênes de la police, M. Le Noir, s'est occu])é de cet objet, mais nous croyons savoir que les établissements qu'il a formés n'ont pas eu tout le succès qu'il en attendait.

€ En efl"et, le premier établissement (jui a lieu est celui des moulins à bras prétendus économiques de M. Berthelot, mais nous nous sommes assurés qu'un moulin à vent ou un des moulins domestiques qui sont en usage dans quelques provinces de France et qui sont exploités par un seul cheval, auquel on pourrait suppléer deux hommes, produiraient, à peu de frais, une fois plus d'ouvrage en vingt-quatre heuresquc quatre de ces moulins à brasn'en produisent en huit jours.»

A cet inconvénient M. de la Pagne ajoute que des prisonniers qui auraient passé un certain nombre d'années à réduire du blé en farine, par le moyen de ces moulins, ne trouveraient pas une ressource pour gagner leur vie, par un pareil travail, après avoir recouvré leur liberté.

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« Le second ctablissemont est celui des travaux du grand i)uits. Mais quel motif a pu déterminer à cette étrange occupation? Esl-ce celui de l'économie ou la seule nécessité d'occuper les prisonniers ? Si c'est la seule nécessité d'occuper les prisonniers ne serait-il plus à propos de les occuper à un travail plus utile et pour eux et pour la maison? Si c'est le motif de l'économie, il s'en faut bien que nous en trouvions aucune. En effet, il faut soixante-quatorze prisonniers, y compris le brigadier et le veilleur de nuit pour l'exploitation du grand puits. Les soixante prisonniers occupent deux gens de service, un porte-clef, deux sentinelles. Voilà donc quatre-vingt-dix hommes uniquement occupés au travail de l'exploitation. Or ces quatre-vingt-dix hommes coiUent nécessairement au moins 100 livres par jour à la maison et 250 qu'ils rapporteraient s'ils étaient occupés à un travail plus utile, voici par conséquent 330 livres de perte réelle tous les jours pour la maison, tandis que huit chevaux aveugles, par conséquent à bas prix, ou quatre paires de bœufs, pourraient faire huit relais par jour et ne reviendraient pas à plus de 12 livres d'entretien

Nous ne voyons pas non plus que des prisonniers qui ont pa&sé un certain nombre d'années à tirer de l'eau, puissent trouver dans cette espèce de travail, une ressource pour gagner leur vie, après avoir obtenu leur liberté.

< Le troisième et dernier établissement qui a eu lieu, est celui du polissage de la manufacture des glaces. Cet établissement est celui qui approche le plus du véritable but; mais qu'il nous paraît bien éloigné d'y toucher :

« l°Ce travail nous paraît infiniment trop rude pour des prisonniers, privés de l'air et qui n'ont pas des aliments assez solides pour supporter un travail aussi pénible ;

« 2» Nous trouvons un inconvénient dans l'impolitique marquée de partager avec des étrangers, le bénéfice de la manipulation des étrangers ;

« 3° Nous trouvons que cet établissement est insuffisant pour le grand nombre de prisonniers ;

« 4» Nous remarquons avec douleur qu'on n'a encore pris aucune précaution établi aucune règle pour la réforme des mœurs, pour la discipline des prisonniers, pour exciter leur émulation et les encourager au travail ;

« 5; Enfin nous ne voyons pas encore que des prisonniers qu'i auront passé un certain nombre d'années à polir des glaces, puissent trouver dans ce métier une ressource bien étendue pour gagner leur vie, après avuirobtenu leur liberté »

M de la Pagne donne alors le plan d'un travail utile aux prisonniers

Il consiste en une manufacture de toiles à matelas, toiles dites gurgers fils d épreuve à l'imitation d'Harlay, toutes dites à l'anglaise, coutils durs chevrons coutils a lits, etc.. On pourra, dit-il, occuper .juatre cents prisonniers, le double SI 1 on veut.

Puis il parle d'un règlement intérieur utile à faire observer : « Les heures seront réglées pour le leveret le coucher, on se lèvera en silence, on s habillera modestement, on commencera la journée par chanter le Doininr salimm far /{rr/i-m. On fera ensuite la i>rière en commun avant de se mettre à 1 ouvrage et on offrira son travail à Dieu. On fera également la prière en commun avant de se coucher et on terminera la journée par le premier verset du psaume ' onoerse no.^ Ihnn salutnri, nosin- ,:t evn-l,' irnm luam a ,w/ns.

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« Les dimanches et fêtes les prisonniers entendront la messe, etc.. » L'auteur entre alors dans des considérations qui n'ont plus trait à cette histoire. Nous bornerons ici la citation du Moniteur : « Il nous aparu digne d'intérêt de citer cette notice sur le malheureux M. de la Pagne qui, après avoir vécu dans un milieu lugubre et révoltant, ne se souvint de ses douleurs passées que pour rêver le bonheur dans une maison où jusqu'alors la morgue, la dureté, l'avarice, l'insensibilité des directeurs, des gouverneurs et des gardiens révoltaient des hommes livrés à la captivité, à l'ennui, à tous les maux qu'entraîne la perte de la liberté. >>

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