ZZZ HISTOIBB BE BLOIS
et eut la garde de tous les beaux eavrages de^inture auxquels le priuce Ëii&ail travailler, a Monsieur , dit la graode Demoi- » selle dans ses Mémoires , avaii fait oa testament par lequel il » donnait ses médailles , ses livres et ses oiseaux au roy : c'était » des livres de miniatures pleins de toutes sortes d'oiseaux , ce Il qui est très curieux ; il y avait aussi des fleurs , des plantes » et des coquilles de toutes les mâQières. n Or, ces peintures, exécutées sur velin , sous la direction de Brunyer Bis, se voient encore au ïuséum d'histoire naturelle, et depuis, l'art n'a rien produit de plus perfoit. Le travail dirigé par Abpl Brunyer forme à peu près la base d'une collection composée aujourd'hui de quatre-vingts cartons, et reaifermant six mille dessins originaux. Ceux provenant du cabinet formé par Gaston , à Blois , effacent encore , par la vivacité du coloris , dit l'auteur de la notice où nous puisons ces renseignements, les modernes chetsd'œuvre de Van-SpaËndonek et de Redouté.
Louis XIV, dans la vieillesse de Brunyer père, lui avait accordé des lettres de noblesse : étiquette d'illustration souvnat trompeuse , et qui pour les hommes d'an mérite reconnu est plus qu'une superfluité, en ce que ces lettres peuvent faire croire que ce mérite a besoin d'être corroboré *. Brunyer second fut peut^
* Nous prions ceux de dos lecteurs i qui celte réflexion paraîtra trop radicale , d'»amliicr dans le passé quelle a été la renommée des hommes Illustres anoblis. MtJlireetVohalte, ces grands génies, s'afaigtrent plus d'une fois de leur luslre de Uasoa , souveot lernl par une critique anère , qnl n'eOt Jamais atldal leura ouvrages. Ou conçoit l'anoblissement (les Nnanclers: leur charge n'avait rlea. que de vulgaire ; il Tallalt lui prêter un peu d'éclat. Hais quant aux hommes d'une valeur réelle, les aavonneius à vilain ne faisaient qu'encrasser leur généalogie. Loin de nous l'Intenlion de rabaisser la noblesse béré^laire, dont l'origine allntenta les premiers fastes de la patrie ; chaque génération des anciennes Unllles de la monarctale planta, dans l'espace des temps, un jalon auqud elle attacha IfS titres d'une gloire coatemporalne ; et de celle succession d'exploits guerriers ou
de senices éclatants, résulta la bonne, la véritable noblesse Peut-Cire, dans
les temps modernes , fut-il donné à une seule génération d'obtenir les prérogatives de plusieurs dèdcs; eli bien! on s'indloa devant l'iUustiatloa des homme* pro-
être peu Oatté de ce passage des lettres du grand roi : « Neus » avons pris paiement en consiilératiou les services rendus » par sou fils alaé pendant viugt anoées auprès de nostre dit » oocle le duc d'Orléaos , ea la cwduite el la garde de tous les » beaux ouvrages de miniature et autres pièces rares et cqr- » rieuses de son cabinet , desqoelles oestre dit oncle doos a » fait présent , et qui sont présent^neat dans k nostre au châ- » teau du Louvre. »
NousavoDS vu que parmi les objets onrienx confiés à la gsFde d'Abel Bmnyer fils , il y avait une suite précieuse de médailles. Les deox cdleclions les pJus complètes qui existent en Pranoe anjourd'lMii : celle da Muséam d'hishÂre naturelle et celle éa Cabinet des médailles , oat été en grande partie commencées au château de Bloia par les deux Brunyer. Au moment où les até' daittes et les estampes enlevées du cbitean de Monsieur furent transportées à Paris , l'abbé Bmneau , bibliothécaire de ce prince , flit nommé conservateur du Cabinet royal des antiques, et Brunyer fils , en dépit de sa ni^lesse , maïs en raison de sa ' croyance , resta sans emploi comme son père.
Nous devons ajouter que ces deux savants, tant que Gaston avait vécu, n'avaient jamais cessé d'avoir en lui le plus affectueux protecteur. Brunyer père était même si sûr de l'attachement que Monsieur lui portait, que sa franchise avec lui allait quelquefois jusqu'à la rudesse. Un jour , dit Tallemant de Beaux, que le prince se promenait dans ses jardins de Blois , accompagné de son vieux médecin, il lui racontait, avec une insoucieuse hilarité quelques-unes de ses sottises politiques.... Toutà-coup , changeant de sujet , son altesse se tourne vers Brunyer, et lui demande quel fruit produit l'alizier : ce qui prouvait que le Salomon nouveau de là botanique n'était pas d'une force prodigieuse dans cette Bci«Me. « Hunsàgnenr, répondit brus-
digicu
n quement le savant ÎDterpellé , les alisiers font des alizés , » comme les sottisiers font des sottises. » Pour nous, qui jugeons le sieur Tallemant de Reanx un chroniqueur d'une véracité suspecte , il nous sera permis de croire cette réponse apocryphe.
Gaston d'Orléans ne protégeait pas seulement les sciences , il prétendit s'ériger en protecteur des lettres; mais ce royal Mécène ne fut pas très heureux dans le choix des poètes qu'il encouragea. Si l'abbé de Bois-Kobert fit quelque honneur à l'Académie française par son esprit saillant; si le blésois Paul Vérooneau mérita quelque célébrité pour son Ode ou tabac , et pour certaine tragédie de VEmpereitr d'Ethiopie, que les écrivains de la localité ont déclarée belle; si enfin Duvivier , garçon de Bloit , avait fait une comédie en vers digne de quelque atten~ tion; les sieurs de Blot et de Neufgermain furent de pitoyables rimeurs. Voici un échantillon de la poésie du dernier :
J*al unt limé , tant rlmonné , En^, entrw, enJaH, tadin; Sonné;, sonaetset unsonné.
Que ma rime tarit soudain.
On peut juger d'après ce quatrain , si Despréaux avait tort de reléguer chez l'épicier les œuvres de Neufgermain ; et si luimême ne s'était pas légitimement qualifié de ■poète hétéroclile de Monsieur. Cependant le fils d'Henri IV avait choisi ce Virgile burlesque pour son professeur en poésie , et voici ce que le maître obtint de son royal élève :
Bien que Je aoU un poète tteuf , Qui ne rima oocques eo gtr , Je Teux partes jusqu'à àtmain Des vertus du grand Siufgei-maia.
Au moins y avait-il dans ces quatre vers boiteux une sorte de
difficulté vaincue; et nous sommes teuté de croire que l'éccK lier avait plus d'esprit que le régent. Aussi les œuvres de ce dernier ne purent-elles être imprimées que par l'exprès com~ matidement de mondtt seignew.
Le duc d'Orléans protégea avec plus de bonheur l'industrie blésoise. Dès le règne de Louis XII , deux genres de fabrication avaient de l'importance à Blois : celle de la ganterie et l'horlogerie. Durant k résidence de Gaston, les gantiers, par l'importance des affaires et la qualité des produits , l'emportèrent sur ceux de VendAme, qui jusqu'alors avaient eu dans la province et dans toute la France moyenne une sorte de monopole. Ce commerce, dont il ne reste au chef-lieu du département de Loir-et-Cher que de tristes débris, alimentait uu cours de capitaux assez considérable dans la capitale du comté. L'horlogerie entretenait à Blois une autre source de richesses : nous né savons quel était , du temps de Gaston , le nombre des horlogers fabricants établis dans cette ville; maison 4670, on y en comptait encore trente-huit , ayant le titre de maîtres ; ce qui donne lieu de supposer que les ouvriers attachés à leurs fabriques étaient nombreux. En 4686 , c'est-à-dire dans l'année qui suivit la révocation de l'édit de Nantes , il n'y avait plus à Bloiâ que dif-sept maîtres en horlogerie. Au moment où nous écrivons , on compte sur cet ancien foyer d'une importante fabrication, sept à huit marchands de mentres et de pendules , et dont pas un seul ne fabriqne le moindre objet d'horlogerie. La coutellerie de Blois eut aussi quelque renom au xvii.* siècle , et même encore dans le cours du dix-huitième ; cette, industrie est tombée comme les deux autres.
Nous l'avons dit, Gaston d'Orléans ne prit part aux événements de la Fronde que pour y donner de nouveaux témoignages de sa faiblesse et de sa versatilité. Le ridicule dont il s'environna dans cette guerre civile ne fut surpassé que par celui de sa 611e, mademoiselle de Hontpensier, qui ne fit pas accuser seulement alors les écarts de sa raison. Louis XIV , devenu majeur ,
ZZO BISTtHU H BLCaa
étant rentré k Paris en 1632, exila pobment son onde à Blob , et dès^OTsil ne reparut presque plus àlacoor, aùlc^nne r*À le recevait avec froideur.
C^pendaut Gaston d'Orléans et Hargoerite de Lorraine, depuis leur réunion , vivaient au seia des ^KiDchementâ d'une tendresse mnto^e, que madame de Hotteville a signalée comme un sujet de raillerie pour tes jeunes gens de la cour. Cette dame mémorialiste, si soigneuse de vouer ainsi an ridicide an sentiment légitime, eût exercé plus joslemenl sa critique, en couvrant d'un voile moins complaisant l'aventure peu myst^lease , d'ailleurs , arrivée k la reine Anne d'Autricbe , dans les jardins d'Amiens, avec le tendre et audacieux Buckingham : quand on a toléré le péché , il ne faudrait pas noircir la vertu.
Las des agitations d'une vie d'intrigocs qui lui avait pea profité sous tous les rapports, Gaston , durant les premières années du règne réel de Louis XIV, ne songeait plis qu'à s'assurer une vieîHesse tranquille dans son cMteau de Blois, qu'A disait «nbellir, selon ses idées, depais qu'il s'y éfit retiré. Noos disons sdon ses idées, parce que ta partie de ce palais qu'il fit Mtir est loin d'égaler les corps des bâtiments élevés sons Louis Xn et François I." Dans la première moitié da xvn.* siècle, l'architecture, renonçant toat-à-fait aux formes golbiquee et grecques, que l'art de la renaissance avait beureasement combinées, était devemie lourde, en recherchant la granderar imposante des masses. Hansard, dans les travaux de ce qu'on nomme le cfaAleau de Gaston , fit sans doute preuve de condescendance, sans abturer toutefois le goât qui distinguait ordinairement ses inspirations. Nous reparlerons plus t»rd de cccte coDStmctimi , qui , du moins , augmenta la popularité que Monsieur s'était acquise, en employant un grand nombre de bras, en mettant à l'œuvre le talent de beaucoup d'artistes.
Au miliea de ses calmes occapations et entouré d'une popolalion qnll comblait de bien&its, Gaston d'Ori^ns ne put conquérir la tranquillité A laquelle il ^tirait. Sorti des intrigues
ET DE SOU TEBRITOnE. 337
politiques, il ae vit accablé de tracasseries domestiques, qui troublèreot ses dernières aunées. HadenKHSelle de HoQlpeosier, que son père avait par lealheur habituée aux péripéties d'une vie aventureuse, ne s'était pas aussi volontiers que lui résiguéd aux douceurs du repos et de la retraite. Cette princesse ne voyait sa belle-mére qu'avec une contrainte chagrine; die se luisait à la contrarier , quelquefois à l'humilier, et les deux filles qu'ello avait données à Honsienr étaient pour Mademoiselle des objets d'aotipethie. Gasti» aimait beaaoonp sa femme, comme nous l'avons dit ; mais il ne craignait pas moins sa fille aînée , dont il conoaisssit l'humeur remuante et tracassière. Ce n'était pas sans raison : exilée à Saint-Fargeau et s'indignant de son msiveté, MademoiseUe se ât frondeuse dans sa famille , ne pouvant plus l'élre dans l'état. Les comptes detutefie que Gaston avait à lui rendre lui parurent an sujet propre à tenir saa actï- . vite en haleine; elle seprit à plaider «mire l'atlteur de ses jours. Monsieur , pour conserver la paix , eut fait toutes les concessions que sa fille lui demandait ; mais Madame , dans l'intérèl doses en&nts, le décida )isoat»iir le procès; il dura trois ans. La plaideuse sérénisfflme nageait dans les délices d'une proc^ dure féconde; elle se sentait vivre, cmome elle avait coutume de le dire elle-même. Mais le roi , fatigué d'un débat judiciaire entretean au aàa de sa fomiUe , et d'un fort mauvais exem{^ pour ses sujets , déclara è sa cousine qu'il ne consentirait à la cessation de son exil, qu'à la condition expresse d'un accommodement Mitre elle et Monsieur. Si, eu effet, la grande MademoiseUe se sentait vivre, il manquait pourtant i son existence, loin de la cour , ces plaisirs vifs et souvent peu cb&tiés qui remplissaientaktrs les loisirsdes grands autour du tréne. La jHincfiâse consentit à une transactitm , en demandant pour arbitres le comte de Béthune et le duc de Beaufort. Ce dernier, exilé luimême à Vendtoie, accepta avec joie cette mission, qui allait, au moins pour un moment , faire diversion au repos qu'il supportait impatiemment.
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Ce fut par l'iiitermédiaire de Brunyer fils que furent portées auprès de Gaston les premières paroles conciliatrices : elles furent écoutées avec faveur , ainsi que le prouve la lettre suivante écrite le 7 juin 1635, par l'exilé de Vendâme , au savant qu'il avait chargé de cette mission délicate, a C'est avec toute sorte » de seing que vous vous estes acquitté de la prière que Je vous » avais faite. Il fait bon charger un homme ponctuel comme vous » de quelque chose. Ce petit rencontre fait Ivoir qu'à un plus » grand on aurait grande satisfaction de le mettre entre vos I mains. Je vous remercie du soing qu'en avez pris et vous prie » de croire que je suis d'amitié et d'estime serviteur de toute i> vostre famille. «
Le stylo de ce billet affectaeqz et l'orthographe que le petitfils d'Henri IV y avait mise, révèlent avec quelque netteté le caractère de ce chevalier des vieux temps , attardé dans un siècle qui n'était rien moins que chevaleresque. Noos n'avons eu jusqu'à ce jour que des portraits ou trop chai'gés , ou insuffisamment esquissés du prince populaire que l'on croyait insulter du surnom de Roi des balles; M. de Pétigny, en traçant son Histoire du Fen^moù, que l'on publie en ce moment, va trouver le duc de Beaufort dans le château de ses pères; cet écrivain distingué nous offrira, sans doute, une peinture vraie et vigoureusement colorée de celui de tous les descendants du vaillant Béarnais, qui rappela le mieux sa bravoure et la vivacité de son esprit , quoiqu'on ait dit le cardinal de Retz.
La transaction entre Gaston et sa fille fut signée à Orléans, vers la Féle-Dieu 1655; et cependant l'autorité royale dut de nouveau intervenir pour mettre un terme aux chicanes que Mademoiselle avait trouvé le moyen de soulever. Les choses en. étaient venues au point que le duc d'Orléans , sorti enfin de sa longanimité , menaçait de faire jeter par les fenêtres les suppôts de la chicane que sa fille lui enverrait , lorsque celle-ci , par un ordre du roi, dut mettre fin à ce scandale. La princesse, également par ordre , fit une visite a son père, au château de Blois,
OÙ le duc et la duchesse d'Orléans lui firent uo accueil affectueux. On va voir l'effet qu'il produisit sur elle : a Tout ce qu'ils B feisaieot en intention de me plaire, dit^elie dans ses Mérooi- » res , me mettait au désespoir , et j'avais envie d'en pleurer, » On ne reprochera point à l'altesse mémorialiste de ne s'être pas peinte en déshabillé.
Les réconciliations forcées sont rarement sincères : Mademoiselle fut quatre ans sans reparaître à la cour de Blois ; elle n'y revint, en 1659, que parce qu'elle faisait partie du cortège de Louis XIV , se rendant à la frontière d'Espagne pour épouser Marie-Thérèse, fille de Philippe TV. La cour voyageuse s'arrêta peu à Blois; les solennités qu'on y avait préparées h cette occasion passèrent , comme un brillant météore , sur cet intérieur rendu triste et languissant par l'état de souffrance habituel du prince. Une cause si légitime , qui put répandre quelque tristesse , jeter q^ielque embarras sur la fête elle-même , ne fut point, aux yeux de Mademoiselle, un motif d'indulgence; elle plaisante de cette réception avec toute la grâce que le sieur Segrais , rédacteur de ses Mémoires , a pu obtenir de son style naïf et incorrect. « Comme les officiers de mon père, dit-elle, n'é- » taient plus à la mode , quelque magni&que que fût le dîner , » ou ne le trouva pas bon; les dames de Blois, qui étaient en » grand nombre , étaient habillées comme les mets du repas , » c'est-à-dire point à la mode. » Parmi ces dames, aussi mal habillées que les mets, se trouvait une jeune demoiselle qui, deux ans plus tard, devait, pour les habillements comme pour tout , donner le ton à la cour de France et la voir à ses pieds. Louis XIV vit chez son oncle Louise de Lavallière, dont la mère avait épousé en secondes noces M. de Saintr-Remy, mattre-d'hôtel de Gaston, Hais rien ne fait présumer que le jeune Dieudonné ait , dans cette circonstance, emporté le souvenir de celle qui devait un jour lui inspirer une si vive passion. L'amour , ainsi que tant d'autres goûts , est enfant de l'occasion : supprimez de la vie du grand roi l'attente de quelques instants dans l'antichambre de
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sa belle-soeur à SaÏDt-Cloud , et Lonise d« Lava]lière , qui lui tint compagnie el fit admirer au monarque sa caadeor vir^nale , ne sera jamais duchesse et quasi-souveraine à Versailles.
L'année suivante, Charles II, futur roi d'An^eterre, passa au château defilois; Gaston lui présenta l'Ecossais HorisscHi, auquel le monarque en expectative promit sa protection alors très peu royale. La chute de l'audacieux protectorat des Cromwell fécoada cette promesse, et Morisson fut comblé dans sa patrie des bleofaits du descendant des Stuart, dont il avait épousé la mauvaise fortune.
Le bruit des fêles célébrées en l'honneur du prince anglais retentissait encore au château de Blois, lorsque le duc Gaston, accablé d'infirmités, quoique âgé de cinquante-deux ans à peine , succomba aux suites d'une affection locale , que le médecin Valat appelait une fascheuse huppe. Abel Brnnyer, par des soins assidus, avait arrêté long-temps les progrés de cette excroissancei mais elle finit par triompher de ses efi'oris, auxquels , dans les derniers temps , s'étaient réunis ceux du célèbre Guenault , premier médecin de Louis XIV , et de Bellay , savant praticien de Blois. Gaston d'Orléans expira le 3 février 1660. Son corps fut porté à Saint-Denis; mais son cœur, qu'il avait légué à la ville de Blois, resta déposé dans l'église des Jésuites , bâtie à ses frais.
Gaston, durant les années de sa retraite, avait reconquis, par de bonnes actions et de nombreux bienfaits, l'estime générale, qu'il avait perdue autrefois dans une suite d'attentats politiques d'autant plus réprébensibJes , qu'ils ne s'étaient jamais élevés jusqu'à cette audace d'exécution qui, du moins, révèle une ame forte. Le second fils d'Henri IV, après avoir compromis ses partisans , les abandonnait dans la fîcheuse position où ils s'étaient mis pour le servir, et faisait sa paix avec la cour , sans'oser solliciter la grâce do ces hommes dévoués. Froissé par des "échecs multipliés, à la suite desquels l'humiliation ne lui avait point été épargnée; parvenu d'ailleurs à un âge oùles va-
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BHés de l'ambition perdent lear éclat, le duc d'Orléans, comprit qu'il valait inieiLi se Taire aimer que de se &ire craindre ; et de cette salutaire réflexkia data l'émission cimstante des belles qualité dont il était réellement doné. Sans cMvenir ici que ce prince ait été l'un des orateurs les plus éloquents du parlement, nous dirons qu'ii s'exprimait avec élégance et facilité ; il ne manquait pas d'instructioa , et son esprit, dans ses bons moments, était vif et enjoué. Enfin, le duc d'Orléans, dont la vie s'était épurée et ornée d'une multitude d'actions honorables , bienraisaetes surtout, Ait vivement regretté daits le Blésois, comme dans toute l'étendue de son duché.
Marguerite de Lorraine l^î avait donné deux SUes , que la grande Demoiselle s'efforça de couvrir de ridicule , et un fils , mort en 1&Ô2 , âgé d'environ deux ans. Malgré les deux mariages de Gasioe, la première branche de Bourboo-d'Orléans s'éteignit donc en lui définitivement , nialgré l'ardent désir qu'ent un peu plus tard Mademoiselle , de l'enter sur un sauv-sgeon do Gascogne. Hais déjà la seconde branche de celte illustre maison existait dans la persoane de Monsieur , frère de Louis XTV , lequel devint apanagiste du dncbé d'Orléans , et conséquemment du comté de Blois, qui s'y trouvait réuni.
Après la mort de son mari , la duchesse douairière se relira au palais duLuxembourg, où elle iinit tristement sesjours, en butte aux tracasseries de sa belle-fille, qui lui disputa même la possession decepalais,donlellese lit adjuger la moitié. Le vieux Bnmyer, qui n'avait pas quitté la princesse, était logé près d'elle au LuxemboQig; , où fréquemment il recevait des témoignages de la confiance que les habitants du filésois accordaient à son sa~ vmr.
Ainsi H. de Pétigny , dans sa Notice sur le célèbre docteur , cite une lettre do duc de Saînt-Aignan , que nous croyons devoir faire l'objel d'une noie *. Nous regrettons de ne pouvoir oflfrir à
* ■HoiuieHr,i>wdaiuiez,«'il vtHupl^t, tiuti pire de lïmlOe, d le «rin qn'H
â3â HISTOl&E DE BL0I8
nos lecteurs la réponse que Brunyer dut feire au duc quatre années avant l'époque (1 668) à laquelle il n'avait encore été importé en Europe que cent livres de thé. L'opinion médicale du savant docteur sur l'usage de cette Teuille exotique devait être encore peu fixée.
Brunyer premier cessa de vivre sept ans avant la duchesse d'Orléans : ainsi que nous l'avons dit, il mourut en 4665, dans sa quatre-vingt-douzième année , et le 6 avril 1 672 seulement , madame de Sévigné écrivait : « Lalvieille Madame est morte » d'une vieille apoplexie qui la tenait depuis un an. »
doil avoir lie sa sanié le rcoû importun , et à un bomine qui est pressé de retourner k La Ferté [La Ferlé-Saint-Aignan , Loir-et-Cher ) par quelques affaires , s'il fous escrit au lieu d'avoir l'honneur de vous voir. Le thé a des effets si considérables, que Je soub ai Itérais fort de savoir où il se trouve, de quelle façon lise prend, s'il oblige à s'en servir souvent , sy l'on le peut quitter après l'avoir commencé , sans craindre de s'en trouver Ittcommodé ; s'il empesche les vapeurs de monter en baull et s'il est siomacha) ; n'ayant Jamais d'incommodités que desdites vapeurs , et bors cela ne me trouvant mal d'aucune cbose que Je fasse. Je voy bien , monsieur, que vous direz que Je vous engage il une longue lettre , et que J'abuse avec assez d'iDCivllItë des bontés que vous avei pour moy; mais souvenez-rous , s'il Tousplaist , lorsque ces pensées vous viendront, que vous estant tout acquis, Je reconnaîtrai ce soin obligeant partout ceux que Je veux avoir à Jamais des choses qui ïDusregarderont.Mafemme vous supplie, monsieur, d'y vouloir a(}Joustersi les femmes peuvent user du thé comme les hommes. » Votre tTÈs humble, etc.
» SAINT-AIGNAN. i.
Cette lettre était datée du Si Janvier 16Sï , et prouve qu'à cette époque le Ibé était encore peu connu en France. Ce ne fut qu'environ cinq ans après que le café y fui apporté: le limonadier Procope en vendit le premier eal66E>; on volt que malgré la prédiction de madame de Sévigoé , le café n'a pas passé plus que la Bacine. Quant au Racine, M. Granier de Cassagnac , dans les temps modernes , ne s'est pas, par bonheur, moniré plus infaillible prophète que Vépistotairt marquise. Au surplus, la spirituelle correspondante de madame de Grignan ne traitait pas mieux le chocolat que le café i n Le chocolat est la source des vapeurs et despal- » pitatlons, écrivit-elle â sa fille en 1671 1 11 vous Qatle pour un temps, et puis n allume tout-i-coup une lièvre continue qui voua conduit i la mon. Enfin, la » marquise de CoEtlagan, pour, en avoir pris étant grosse, est accouchée d'un p«- 1 tit g^(on noir comme un diable, n Les gens d'écrit ont quelquefois de sli^uUères absences.., d'esprit
Gaston d'Orléans , retiré fa Btois, ne fit que de rares et breEt séjours à Chambord, sans jamais ranimer l'éclat dont avait brillé c«tte splendide demeure sous les règnes de François I." et d'Henri II. Chambord , même lorsque le duc d'Orléans et sa cour s'y trouvaient , ne perdait pas l'aspect d'une morne solitude ; il eût fallu de plus excentriques splendeurs pour donner là vie à ce grand corps de pierre.
Le frère de Louis XllI fonda l'hApîtal général de Blois, qui n'était avant ce prince qu'une maison de ge6le. H acheta , pour l'agrandir, un jeu de paume appartenant à l'abbaye de Bourg- Uoyen. Cet établissement qui , dans la suite, a reçu d'importantes améliorations, auxquelles nous aurons occasion de revenir, liit dés-Iors destiné à recevoir les pauvres, hommes, femmes et enfants.
En l'année 1624, la réforme de Saint-Maur fut établie dans l'abbaye de Saint-Laumer , sous la commende de l'abbé François d'Escoubleau *. Ce fut également sous Gaston (1648) que le révérend père Pauvre, nouveau chanoine régulier de la congrégation de France, introduisit la réforme de cet ordre dans l'abbaye de 3ourg-Moyen , avec l'assistance du cardinal de Larochefoucault. Alors les religieux peu étroitement reclus de cette -maison , étaient d'opulents seigneurs qui jouissaieut de toutes les délices du monde , sauf peu d'exceptions. Les Bénédictins de Blois, ainsique tous ceux de leur ordre, contribuaient labo-
* Les abbis commeDdalalres de Saint-Laumer, depuis la fondaUcindeicaiiimendes, furent : Jacqae» Hurault , 191 A. — Hlppotyte d'Est, cardinal , ISfiB, — François de Tournon ; Louis d'Est , cardinal ; Hippolyu d'Est , pour la second* fais, 1563. — Louis d'Est, pour la seconde Tols, 1372. — Laurent de Fires, 1S7T.
— Renard-Raguenaud, 1593. — Antoine Morla ; Nicolas PetH, isao. — Guillaume Fouquel , leOT. — Charles Hlron,]616. — Français d'Escoubleau, 1019.
— François d'Escoubleau, pour la seconde fols , 1G29. — Hkhel ou Biaise Le FerroD, IGSii. —Cbarles-Françols de la VIeiiTllIe , 1670. — Jacob-François Ulnol de Herllle, iS7e. A la mort de ce dernier abbt, t'abbaye de Saini-Laumer fut réunie 1 la mense éptecopale.
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rieoscmeDt aa pn^rês des lettres , tandis qoe les chaBoises de Bourg-Moyen ne travaillaient qu'à leur prospérilé *.
A peu preâ ijjns le même temps (16S'<, , l'abbaye de Poot- Levoy reçut ilc son illustre abbé , Armand Du Ple^s , cardinal de Bicbelieu , les statuts de la congrégation de Saînt-Maor : luimême les apjmrta dans l'antique monastère fondé au u.* siècle par Gt'iduin Ig Siandinave: son émineuce prit en même temps possession de la cummendo, et déposa la crosse abbatiale entre Lis mains de Pierre de BeruUc, neveu du célèbre cardinal, fondateur des Oratoriens. Nous verrons ailleurs ce que fit pour la naisoa ce dif;ue rdigieux , qui en bit le restauralear **.
Tels furent les principaux événements accomplis dans le Ké- ■ois durant la période où il fut l'apanage de Gaston d'Oriéaks. Apres la mort de ce prince , ce qui se passa à Blois offrit un triste spectacle : on enleva les plantes rares du jardin de botaaique; la bibliotltéque fut Également enlevée, ainsi que les belles collections formées à grands frais par le fils d'Henri IV, et qui composaient le plus riche cabinet de l'Europe. 11 n'y eut pas jusqu'à rameublcment du chàlean qu'on emporta pour décorer d'autres maisons royales. Gaston avait prévu, selon Bernier , qu'après lui , son palais deviendrait une demeure de désolation,
• Lr« »htit» commcmbuires de Bourg^ayin brcM Jean «le BfonUHen. ISM- — BapliïM PratUon. lâM.— Jeu Founkiii, 1571.— Jae«bPb*lippeauz, l&l*. — Dallhaiar Phelippeaux, 1650. — Jacques-Antoloe Pbelippeaui , 1688. Le titre d'abbé s'éteignit ea l» personne de M. David-Nicolas Berlbler, é\éque de Blois, OtlTlI. ' ** Les abM* Mmiundataires d« Pont-Letoy futcnl Chirtn Hemar, cardinal ,
ISAO. — Loult d'Anjou, ISïO. — Bernard de U Rulhie, 15i3 Laols deBceié,
1556.— ClKwlestlelJourboii; Denis Huraull, 1578. — Henri Huraiili, 1585,- Denk lluriuh , panr la leconde rota , 1380. — Philippe Hurault , fils du cluncslier, 1581. — LMdide[l«fcelal;Amun^JeaDDuPiesijB,eani)ni1de Hiclielieu, 1633. — titRvdeBenille, ItteS.— Ailolne Girard , lOM. — Dadd-Nkràis de Bertbiec, premier é*«4ue de Blois, fiillederaierabb£coiBai«idaUlre,aT<c Iacult£decéu- Blr oelte abbara k la aiense épiscoii^; bhU MUa rinnioa ft'eut Ueu qfte mus l'évSque de Cauniartln , en I7ifi.
et s'était exprimé avec amertume à ce sujet dans la langue de Cicéron : Domus mea, domtts desolationis in œtemum.
Louis XIV parut une seule fois à Blois après la mort de son oncle: ce fut en 1668. Si l'on doit s'en rapporter au, récit du panégynste emphatique Pélisson, le grand roi donna à cette époque, dans le château, une fête qutn'eut rien d'humain.
Dans un temps où la présence des grands contribuait si puissamment à donner l'essor à la vie sociale , on la voyait dépérir aux lieux où ces personnages éminents par la naissance t'avaient fécondée, dès qu'ils s'en éloignaient. Blois , sous le duc d'Orléans avait recouvré en grande partie les prospérités dues jadis à la cour de Louis XH ; mais quaud Gaston eût cessé de vivre la presque totalité des nobles, des savants, des artistes qui environnaient ce prince, quittèrent la ville pour se rapprocher de Saint- Germain , où s'élevait le soleil vivifiant d'une monarchie jeune amie des plaisirs , prodigue de faveurs , et qui promettait tous les dons delà fortune et de la grandeur. L'industrie blésoise et le commerce qu'elle alimentait déclinèrent de nouveau : leur décadence fut rapide. Enân, parut la révocation de l'édit de Nantes, qui leur porta le dernier coup. C'est depuis lors surtout que les habitants du Blésois ont demandé à leur sol les richesses qu'ils ne pouvaient plus obtenir par les efforts de l'intelligence industrielle et commerciale ; heureusement la terre a répondu à leur appel.