LIVRE DIXIÈME. SQ
savoit prendre sur elle - même pour soumettre jes airectious les plus touchantes de la nature à la volonté de celui qui donne la vie et lu mort.
« (^) Dfeu est le maître. Je croyois mon frère » entièrement délivré de sou attaque de goutte. Il » s'étoit levé et avoitfait ses dévotions à la paroisse » comme un homme qui, sans dire mot, et ne » voulant point nous attrister , ne songeoit qu'à » sa dernière heure. J'étois à Versailles, pensant » à toute autre chose, et fort réjoui de recevoir )> de lui une longue lettre écrite le mercredi ma- » tin d'une main très-ferme. Que sert de prolon- » ger le discours? 11 faut en venir à vous dire que » la nuit suivante , il appela sur les trois heures par w un coup de cloche, qui ne fit que faire venir » d'inutiles témoins de son passage. On me manda V seulement à Versailles qu'il étoit à l'extrémité. » Je me vis séparé d'un frère , d'un ami , d'un tout » pour moi dans la vie. Baissons la tête, et humi- » lions-nous. »
Il revient sur ce triste sujet dans la lettre suivante (^), et on trouve je ne sais quel charme à voir les larmes de la douleur couvrir le visage vénérable de Bossuet, et ses yeux attendris se fixer avec une profonde émotion sur l'image d'un frère mourant :
« Vous avez bien besoin que Dieu vous soutienne » dans le coup que vous venez d'en recevoir. Cest » lui qui frappe , c'est lui qui console. Vous êtes » seul, et ce nous seroit une espèce de consolation
<.«) Lettre de Bossuet, 2 février 16995 OEuures de Boss. tom. xLii, p. 224, édit. de Vers. in-3<^. — C^J Du 9 févriei 1699 j ibid. p. 237.
î) Thutuelle de pleurer ensemble le plus honnête » homme , le plus ferme , le plus tendre qui fut ja- » TJiais. Cen est fait , il ny a qu^à baisser la tête V et se consoler en sentant Dieu. Vous savez mieux » que personne ce que j ai perdu. Q'iel frère ! )) quel ami I quelle douceur ! quel conseil ! quelle )) probité'! tout y étoit, Dieu m'a tout ôte', et je » me trouve si seul , qu'à peine je ne puis nie » soutenir. »