‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 46 sur 154 · IV. — Variations des Calvinistes · texte numérisé non relu

IV. — Variations des Calvinistes

Si les Luthériens n'ont cessé de varier dans leurs confessions de foi , les disciples de Calvin, quoiqu'un peu plus fermes dans leurs principes , ont souvent paru chancelans et indécis dans la manière de les exposer.

Calvin avoit cominencé par la disposition de son caractère naturellement sombre et dur, à renforcer tout ce qu'il y avoit de plus dur dans la doctrine de Luther sur le libre arbitre et la justification. Il raisonnoit peut-être plus conséquemment que Luther; mais les conséquences , qui résultoient de ses principes étoient outrageantes pour la bonté et la justice de Dieu, décourageantes pour la foiblesse humaine, et propres à retenir les hommes dans le crime par la certitude de ne pouvoir jamais en sortir. Ces conséquences n'effray oient point Calvin ^ et il jouissoit avec une espèce de complaisance des jugemens impitoyables qu'il prononçoit contre la presqu'universalité du genre humain.

Mais sur l'article de l'Eucharistie y il montra un

peu plus de souplesse. Le grand nom de Luther lui en imposoit encore. Il ne vouloit pas d'abord proscrire ouvertement la présence réelle , pour laquelle Luther combattit jusqu'au dernier soupir- et quoique Zuinglien dans le cœur, il afTecta au commencement de garder une espèce de neutralité' entre Luther et Zuingle. Il accorda à Luther des expressions qui supposoient clairement la présence réelle; et il détruisoit la signification natui-elle de ces expressions par des commentaires qui réduisoient \a présence réelle au. sens figuré.

Fier de ses succès et de sa re'putation naissante, il devint bientôt plus hardi. Il y avoit quinze ans que les disciples de Luther et de Zuingle dispuloient sur la présence réelle, sans avoir jamais pu convenir d'un seutim.ent uniforme , malgré tous les expédiens que Tesprit versatile de Bucer avoit pu imaginer. L'étonnement fut général, lorsqu'en i54o on vit Calvin, encore assez jeune, décider qu'ils ne s'éloient point entendus, et que les chefs des deux partis avoient tort, Luther, pour avoir trop pressé la présence corporelle, et Zuingle , pour n'avoir pas assez exprim.é que le corps et le sang étoieni joints aux signes.

Il est difficile d'expliquer si Calvin s'entendoit bien lui-même, et comment deux propositions aussi directement contradictoires que la présence réelle et Xdi présence figurée pouvoient être toutes les deux fausses et toutes les deux vraies.

Personne n'a employé des expressions plus fortes que Calvin pour établir la présence réelle : et personne n'a plus cherché à l'aô'oiblir par des paroles confuses et inintelligibles qui la détruisoient entièrement.

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