‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 48 sur 154 · LIVRE NEUVIÈME. C · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME. C

» rien ajoulerj tout passa ^ et par ce moyen on fit » la paix. »

Mais le spectacle le plus extraordinaire que donna le calvinisme, ce fut au synode de Dordrecht en 1618 («). Là fut renversé, à la face de toute l'Europe, dans l'assemblée la plus nombreuse et la plus solennelle qui ait réuni la presque universalité des Eglises de Calvin, le principe fondamental de toutes les églises réformées.

' Elles avoient toutes refusé de se soumettre aux décrets du concile de Trente, sous prétexte que le Pape et les évéques y étoient juges et parties.

Les Arminiens, cités au synode de Dordrecth, ne manquèrent pas de lui opposer mot pour mot , les reproches et les raisonnemens que les Luthériens avoient allégués au concile de Trente. Le svnode de Dordreclh, composé dans sa totalité des adversaires des Arminiens , déclara que leurs propositions étoient insolentes; et que la récusation qu'ils faisoient de tout le synode, étoit injurieuse, non-seulement au synode même, mais encore à la suprême autorité des états- généraux dont les cominissaires , présens à l'assemblée, en dirigeoient les délibérations au gré des volontés du prince d'Orange.

Alors les Arminiens protestèrent contre le synode, qui délibéra sur cette protestation; a (^) et » comme les raisons qu'ils alléguoient , étoient les » mêmes dont les Protestans s'étoient servis pour » éluder l'autorité des évêques catholiques, les » réponses qu'on leur fit étoient les mêmes que les » Catholiques avoient employées contre les Pro- » testans. On leur disoit que ce n'avoit jamais été ('0 Histoire des variations, liv. xivj iùid. — (^) Ib^'à' p. 386. ^

94 HISTOIRE DE EOSSUET,

» la coutume de l'Eglise de priver les pasteurs du » droit de suffrage contre les erreurs, pour s'y être » opposés j que ce seroit leur ôler le droit de leur » charge, pour s*en être fidèlement acquittés, et » renverser tout l'ordre des jugemens ccclésiasti- » ques^ que par les mêmes raisons, les Ariens, les » Nestorienset les Eutychiens auroient pu récuser » toute l'Eglise , et ne se laisser aucun juge parmi » les Chrétiens; que ce seroit le moyen de fermer » la bouche aux pasteurs, et de donner aux hé- » résies un cours entièrement libre j après tout, « quels juges vouloient-ils avoir? Où trouveroit- » on dans le corps des pasteurs ces gens neutres » et indifférens, qui n'auroient pris aucune part » aux questions de la foi et aux affaires de l'E- » glise ?

» Ces raisons ne souffroient point de réplique. » Mais par malheur pour les Protestans, c'étoient » celles qu'on leur avoit opposées, lorsqu'ils dé- » clinèrent le jugement des évéques, qu'ils trou- » voient en place au temps de leur séparation. »

En vertu de l'autorité que le synode de Dordrecht s'arrogea en dépit de tous les principes de la réforme , il excommunia les Arminiens , les priva du ministère, de leurs chaires de professeurs, et de toutes autres fonctions tant ecclésiastiques qu'académiques, jusqu'à ce qu'ayant salisr fait à l'Eglise, ils lui fussent pleinement réconciliés et reçus à sa communion.

Le gouvernement français n'avoit pas cru devoir permettre aux ministres proteslans de ses Etats d'assister au synode de Dordrecht , quoiqu'ils y eussent été invités. Mais ils en reçurent les décisions dans leurs synodes nationaux, et notamment dans celui de Charentoa en 1620. Ils ordonnèrent

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