‹ Histoire de Bossuet, eveque de MeauxChapitre 25 sur 120 · LIVRE ClNQUlÈwt · texte numérisé non relu

LIVRE ClNQUlÈwt

» et que je supplie Votre Majesté de mettre avec » les premières. Je les ai données a /!/"'« de Monî) tespan , et elles lui ont fait verser beaucoup de » larmes s et certainement , Sire , il n'y a point » de plus juste sujet de pleurer , que de sentir » qu'on a engagé à la créature un cœur que Dieu )> veut avoir. Qu'il est malaisé de se retirer d'un si » malheureux et si funeste engagement ! Mais cey> pendant , Sire , il le faut , ou il n'y a point de » salut à espérer.

» Je ne demande pas , Sire , que vous éteigniez f) en un instant une flamme si violente. Ce seroit » vous demander l'impossible. Mais , Sire , tâchez » peu àpeu de la diminuer, craignez de l'entretenir. » J'espère que tant de grands objets , qui vont » tous les Jours de plus en plus occuper Votre Ma- » jcsté , serviront beaucoup à la guérir. On ne parle » que de la beauté de vos troupes, et de ce qu'elles y> sont capables d'exécuter sous un si grand capi- »> taine; et moi , Sire , pendant ce temps, je songe » secrètement en moi-même à une guerre bien M plus importante , et à une victoire bien plus dif-

» ficile que Dieu vous propose

y> Mes inquiétudes pour votre salut redoublent )> de jour en jour , parce que je vois tous les jours » de plus en plus quels sont vos périls. Sire , ac- » cordez-moi une grâce. Ordonnez au Père de la î> Chaise de me mander quelque chose de l'état où » vous vous trouvez. Je serai heureux, Sire, sij'ap- ,, » prends de lui que l'éloignement et les occupa*» » lions commencent à faire le bon effet que nous

» avons espéré

» Je vois autant que je puis M"^ de Moîitespan, ♦) comme Foire Majesté me fa commandé. Je la

» trouve assez tranquille. Elle s^occupe beaucoup » aux bonnes œuvres; et je la vois fort touchée » des vérités que je lui propose, qui sont les mêmes » que je dis aussi à Votre Majesté. Dieu veuille » vous le mettre a tous deux dans le fond du cœur^ » et achever son ouvrage , afin que tant de larmes , » tant de violences , tant d'efforts que vous avez y) faits sur vous-mêmes ne soient pas inutiles. »

Dans cette première lettre, Bossuet s'étoit borné à parler à Louis XIV comme un ministre de l'Evangile doit parler à un Chre'tien; mais dans une seconde lettre du lo juillet 1675 c'est au E.oi qu'il parle , et il lui rappelle toutes les obligations qu'un si grand titre lui impose.

« («) Vous êtes né , Sire^ avec un amour extrême » pour la justice, avec une bonté et une douceur » qui ne peuvent être assez estimées^ et c'est dans » ces choses que Dieu a renferme la plus grande )) partie de vos devoirs. Car l'Ecriture a dit ; la » miséricorde et la justice gardent le Roi , et son » trône est affermi par la clémence et la bonté, » Le trône que vous remplissez est à Dieu ; vous » j tenez sa place ; vous devez y régner selon ses » lois. Les lois qu'il vous a données sont que , )) parmi vos sujets, votre puissance ne soit formi- » dable qu'aux médians, et que vos autres sujets » puissent vivre en paix et en repos , en vous rcn- » dant obéissance....

» Je n'ignore pas. Sire, combien il vous est » difficile de donner à votre peuple tout le sou- » lagementdont il a besoin, au milieu d'unegrande » guerre oii vous êtes obligé à des dépenses si

(") Seconde Lettre de Bossuet à Louis XIV, iGyS; OEuy. de Bos$. toui. XXXVII, p. ^Q et suly. édiu de Vers, in-^o.

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