II. — Voyages de Bossuet à la Trappe
Mais à peine l'assemblée fut-elle séparée au mois de juin 1682, que Bossuet se crut libre de se consacrer exclusivement au gouvernement de son diocèse. Ce fut pour mieux s'y disposer, qu'il exécuta alors le dessein qu'il avoit formé depuis long-temps d'aller se recueillir quelques jours dans les déserts <le la Trappe.
Il vouloit puiser dans les entretiens de son ami l'abbé de B.ancé, et dans la sainte et austère discipline des religieux qui avoieut embrassé sa réforme , le courage , la force et la piété qu'il se proposoit de porter dans l'exercice de ses fonctions épiscopales.
Pendant le cours de son épiscopat , Bossuet a fait^ à différentes époques, huit voyages à la Trappe (2)^
(») Bossuet avoit rempli avec une telle assiduité la loi qu'à «""étoit faite d'oflicier exactement dans son église, à toutes les fêtes solennelles, qu'après sa mort, le chapitre de Meaus, dans un procès qu'il eut avec l'abbé Bossuet, héritier de son oncle, au sujet des réparations de l'église, fit entrer les réparations des ornemens dans fétat de ses réclamations. Le chapitre représenta « que feu 31. de Meaux avoit •» us<î les ornemens les plus riches de son église , en ofji :j ciant lui-même aux dix-sept fêtes solennelles de chaque » année , et demandait en conséquence cinq mille francs, u
(') Le premier en 1682 ; le second en 1G84 ^^^^ l'abbé Flewy j le troisième en 1680 avec l'abbé de Langeion. Ce
J(JÔ lîîSTOmE DE BOSSUET,
11 disoit « que cétoit le lieu où il se plaisait le plus » après son diocèse. » Il assistoit à tous les exercices de la communauté. Il éloit le premier levé pour les mrt/zVze^ pendant les huit jours que duroit ordinairement son voyage de la Trappe. Il montra la même assiduité jusqu'à IVige de soixante-neuf ans, quoiqu'il joignît à ces veilles toute l'austérité de la vie d'un religieux; ce ne fut qu'à l'un de ses derniers voyages qu'il se permit de faire usage d'un peu de vin. « («) Il trou\ oit un charme particulier dans les » manières dont on y célcbroit l'office divin. Le )) chant des Psaumes, qui venoit seul troubler le » silence de cette vaste solitude, les longues pauses » des Coniplies, les sons doux, tendres et perçans » du Salve Regina lui inspiroient une sorte de m.é-' î> lancolie religieuse. »
L'abbé de Rancé admiroit encore plus Bossuet en le voyant assister à tous les offices du jour et de la nuit, s'asseoir à la même table, et se mêler à tous les exercices des religieux. Un si grand exemple étoit lait pour animer leur courage; et sa réforme recevoit une nouvelle approbation de l'autorité d'un tel évêque. Avant Vêpres, on prenoit un peu l'air à la promenade sur l'étang, ou dans les bois qui environnoient ce désert. Alors Bossuet et l'abbé de Rancé se scparoient du groupe des religieux, pour
fut pendant ce voyage qu'il composa VAi^ertissement de son Catéchisme , daté de Meaux du 6 octobre 16865 le quatrième en 1687 avec Tabbé Fleury et Tévêque de Mirepoix j le cinquième en 16895 le sixième en 1690; le septième en 1691 avec l'ancien évêque de Troyes ( Boutliillier ) ; et le huitième en 1696 aYCQ l'abbé de Langle, depuis évêque de Boulogne.
C*^) Mts. de Ledieu.