III. — De l'ouvrage de Fabbé de Rance
Au moment où l'assemblée de 1682 venoit de se séparer, le hasard fit tomber entre les mains de Bossuet le manuscrit d'un ouvrage de l'abbé de la Trappe sur la sainteté et les de\>oirs de la vie monastique. L'abbé de E.ancé s'y étoit uniquement: proposé l'instruction des religieux de son monastère. Mais Bossuet jugea que le mérite d'un tel ouvrage ne devoit pas être renfermé dans l'enceinte d'un cloître entièrement séparé du monde j il crut qu'il pouvoit et qu'il devoit servir à l'édification de toute l'Eglise. Il écrivit à l'abbé de la Trappe « qu'il exigeoit absolument qu'il le rendît public, » et qu'il se chargeoit lui-même de le faire iuipri- » mer; qu'au surplus il seroit inutile qu'il s'y op-
(ï) L'abbé de Rancé ne mourut que Tannée suivante ( le 27 octobre 1700), âgé de soh.ante-seize ans.
igS HISTOIRE DE r.OSSUET,
;> posât, parce qu'il en avoit une copie à lui, dont » il répond oit. »
L'abbe' de Rancé paroît avoir opposé une résistance suicère aux premières instances de Bossuet; il ne céda qu'à regret et par un sentiment de déférence au vœu d'un juge si éclairé en matière de religion. Ce fut en effet Bossuet qui présida lui-même à tous les détails de l'impression ; et l'on voit par sa correspondance qu'il eut des préven lions à combattre et des oppositions à vaincre , avant même que l'ouvrage fat devenu public.
« («) Hier j'entretins amplement M. l'ar^lievêque » de Paris de la commission que vous m'aviez donnée î) pour lui. Je lui disquej'avoislule/iVresans votre » participation, et que j'avois cru absolument né- » cessaire de l'imprimer, tant pour le bien qu'il » pouvoit faire à l'Eglise et à tout l'ordre monas- » tique, que pour éviter les impressions qui s'en î) seroient pu faire malgré vous. Par là il entendit » la raison par laquelle vous n'aviez pas pu le lui ») communiquer. Cela se passa bien. Je lui ajoutai » que vous parliez avez toute la force possible de » la perfection de votre état retiré et solitaire, mais V avec toutes les précautions nécessaires pour les miy> tigations autorisées par l'Eglise, et pour les ordres » qu'elle destinoit à d'autres emplois. Tout cela se » passa bien ; il reçut parfaitement toutes les honné- » tetés que je lui fis de votre part, et écoula avec » joie ce que je lui dis sur les marques , non-seu- » lemcnt de respect, mais encore de l'attachement » et de la tendresse que je vous avois vus pour lui. »
('') Lettre de Bossuet à l'abbé de Rancé , du 6 février i6S3 y OEuvres de Bossuet, tom. xxxvii, p. 377, cdit. de "N'era.
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Bossuet voulut mèiue donner une espèce d'autorite' à l'ouvrage , et le prémunir contre les attaques qui sembloient le menacer, en y attachant son approbation et celles de l'archevêque de Ilheims et de l'e'véque de Grenoble, depuis le cardinal le Camus.
Mais quelque imposant que fût un pareil témoignage, le traité de la Sainteté' et des Devoirs de la vie inonastiqueexciisixine discussion assez vive entre le savant /l/a/^/Z/o/z et l'abbé de la Trappe. Mabillon crut trouver dans l'interdiction que l'abbé de Rancé prononçoit contre les religieux qui se livroient k l'étude des sciences, une espèce de censure contre la congrégation dont il étoit membre , et qui a élevé tant de monnmens utiles à la religion et aux lettres.
Cette diflfcrenced'opinion entredeuxreligieux qui se rapprochoient plus dans leur amour pour la religion et l'Eglise, qu'ils n'avoient de conformité dans le caractère et dans le goût desnicmes études, produisit plusieurs écrits , où peut-être l'on mit des deux côtés un excès de chaleur {}).\\ eut été facile de prévenir dès l'origine une discussion sans objet et sans utilité, si l'on eut voulu observer avec Bossuet la sage distinction qu'il établit entre l^e'tat solitaire e^re^zreauquell'abbé de Rancé s'étoit voué, et qui étoit le seul pour lequel il avoit rédigé ses intructions , et les ordres religieux que U Eglise a destinés a d'autres emplois. Peut-être l'abbé de la Trappe avoit-il trop négligé d'exprimer cette distinction; et Mabillon avoit pu se croire justement fondé ù
(0 Dom Thuilier, ami et confrère de Mabillon, en écrivant rhiâtoire de cette contestation, suppose tous les torts du côté de Tabbé de Piancéj et dom Gen^aisc, ami et confrère de Tabbé de la Trappe , a prétendu montrer que son adyer saire n'en avoit pas été entièrement exempt.
réclamer contre une opinion qui emprunloit une grande autorité du nom et des vertus du réformateur de la Trappe, et pouvoit jeter une espèce de défaveur sur tout l'ordre de Saint-Benoît.