‹ Histoire de BourgogneChapitre 136 sur 177 · LYONNAIS · texte numérisé non relu

LYONNAIS

> Limite de gouvernement

. Limite de bailliage Capitale de bailliage principal.

O Capitale de petit bailliage o Autre ville

10 M 30 tO kilomètres

Ch. Bonnesseur

LA BOURGOGNE EN I789

cahier commun; partout ailleurs, ils opérèrent séparément. Malgré leurs divergences de vues, ils s'associèrent tous

La Bourgogne Contemporaine . chapitre

aux réformes essentielles que lélat de la province et du rovaume exigeait.

Au point de vue politique, les trois ordres demandent que les États généraux — déjà qualifiés dans quelques cahiers d'assemblée nationale — s'occupent « avant tout de faire une constitution posée sur des principes fixes », une « charte claire, nette, précise et invariable » qui « ne laisse pas d'incertitude sur l'étendue des pouvoirs du Roi et des droits de la nation » ; que lesdits Étals soient réunis désormais « à des périodes fixes et rapprochées autant que possible », tous les cinq ans selon les uns, tous les trois ans selon les autres, « sans qu'il soit besoin d'autre convocation que la loi qui sera faite à ce sujet », que « tous les impôts et subsides ne puissent être accordés que du consentement libre de la nation » ; que la constitution « vicieuse et illégale » des États de la province de Bourgogne soit revisée et l'administration ramenée à de meilleurs principes. Parmi les réformes sociales, les cahiers placent en première ligne la répartition égale et proportionnelle de tous les impôts présents et à venir « suivant les propriétés et facultés de chaque citoyen » et « sans aucune exemption pécuniaire », puis l'abolition des aides, gabelles, corvées, banalités, jurandes, ainsi que des tribunaux d'exception, la suppression des entraves apportées au commerce dans l'intérieur du royaume, la réforme des lois et procédures civiles et criminelles, le droit pour tout citoyen « d'être remis dans les vingt-quatre heures aux mains de ses juges naturels », l'élaboration par les savants d'un plan d'éducation nationale « lequel sera commun à tous les collèges et universités », l'établissement dans les paroisses rurales de maîtres et maîtresses d'écoles « pour vaquer journellement à l'éducation gratuite des pauvres enfants ' ».

1. Voir Duruy, L'inslrucHon publique el la Révolulion (1882) et à l'Appendice : Cahiers de doléances à présenler aux Etats généraux assemblés à Paris par les insliluleurs des petites villes, bourgs, et villages de Bourgogne, document rédigé le 8 octobre 1789 à Saint-Marcel et portant les signatures de quarante « grammairiens » ou « recteurs >■. Ils demandent non point tant un meilleur salaire que plus d'indépendance el de respectabilité.

PREMIER La Rè'^olulion.

D'un changement de gouvernement il n'est question nulle part. Pour le tiers état, Louis XVI est le monarque « juste et sage, dont les vues de bienfaisance annoncent le désir de remédier aux maux du royaume et de soulager la classe opprimée de son peuple » ; la noblesse est « le nerf, le soutien et l'ornement du royaume » qui conduit les troupes « aux combats pour le salut de la patrie » ; le clergé, « dont la majeure partie n'a pas de quoi vivre », est considéré comme « utile à l'État ». Il est un point cependant sur lequel les privilégiés et le tiers diffèrent d'avis, et ce point est capital. Tandis que le clergé hésite à se prononcer sur le vote par tête et que la noblesse le repousse comme contraire aux traditions de la monarchie, le tiers, à l'unanimité, exige qu'aux États généraux « les délibérations soient constamment prises par les trois ordres réunis, les suffrages comptés par tète, et que ses députés ne soient assujettis à aucune distinction humiliante ». Mais il arrivera peut-être que les deux autres ordres se retireront. « Alors, dit le tiers de Dijon, les députés du tiers état représentant Vi millions d'hommes, pouvant et devant toujours se dire l'assemblée nationale, malgré la scission des représentants de 4 à 500 000 individus, tant nobles qu'ecclésiastiques, offriront au roi, de concert avec ceux de la noblesse et du clergé qui voudront se joindre à eux, leur secours à l'effet de subvenir aux besoins de l'État. » Ici, ce n'est plus seulement un souffle de liberté qui passe, mais un souffle de révolution. Il se retrouve exceptionnel, mais violent, dans les cahiers du tiers état du bailliage de Bar-sur- Seine. Les privilèges du clergé et de la noblesse y sont dénoncés comme venant, pour le premier de ces ordres, de « l'abus qu'il a fait de la piété peu éclairée de nos pères », pour le second, de « la tyrannie du gouvernement féodal », et l'Église, « comblée de toutes sortes de biens qui surpassent infiniment ce qui est nécessaire aux besoins de ses ministres », est accusée de vivre « dans lesdésordres d'un luxe scandaleux ».

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A l'exception de Tévêque et député du LA GRANDE cl n'gé d'AutuH, Tallejrand ^ les députés bour- PEUR. guignons ne jouèrent aucun rôle important

aux États généraux ni à rAssemblée constituante ; mais les événements de Paris eurent dans la province une vive répercussion. A la nouvelle de la chute de la Bastille, le gouverneur et l'intendant prirent la fuite; le commandant militaire, « insulté par la canaille » et dont la tète avait été mise à prix, donna bientôt sa démission. Puis on eut l'idée que les « ennemis de l'État » allaient courir sus au pays, et une peur intense, la grande Peur, s'empara des esprits. On crut qu'au fond du Morvan, à Clamecy et à Château-Ghinon, se rassemblaient des « brigands et gens mal intentionnés, qui n'attendaient qu'un moment de désordre pour se livrer au pillage ». Le voyageur anglais Arthur Young, qui parcourait alors la Bourgogne, raconte que tout le long de son chemin on ne lui parlait que d'eux et des châteaux qu'ils avaient incendiés, « sans rien prouver ». Il écrit d'Autun le 5 août :

Les rumeurs sur les brigands, les pillages et les incendies, sont aussi nombreuses que par le passé. Quand on sut que je venais de traverser la Bourgogne et la Franche-Comté, huit à dix personnes vinrent à l'hôtel me demander des nouvelles. La bande des brigands s'élève ici à 1600. On fut très surpris de mon incrédulité à cet égard -.

Dans cet état d' « anarchie spontanée », Dijon, Nuits, Beaune, Ghagny, Autun, se gardèrent soigneusement. A vrai dire, quelques châteaux furent brûlés et il y eut dans le Maçonnais, les 28, 29 et 30 juillet, une sorte de jacquerie. Des paysans se ruèrent, au bruit du tocsin, sur les presbytères et les maisons, anéantissant les terriers et les titres des redevances féodales, détruisant les gerbes de la dîme, mettant les villages à contribution et obligeant sous la menace les habitants à les suivre. A Charbonnières, ils déclarèrent qu'il fallait brûler le curé et ses deux dîmeurs; quelques-uns se prétendaient porteurs d'ordres du roi. Les châ-

1. Encore Talleyrand n'était-il pas Bourguignon; il naquit à Paris en 1754-

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