DES IDEES
RELIGIEUSES. ^« Cote-d Or écrit :
Dans tous les États libres, les citoyens peuvent s'assembler et discourir des affaires politiques. Chez nous, l'an V de la République et lan IX de la Révolution, au lieu de prévenir par les lois les abus des sociétés, on les ferme : le dey d'Alger ou l'empereur du Maroc ne se conduirait guère autrement.
Pour se consolider, le Directoire avait résolu de favoriser les nouveaux cultes révolutionnaires, accompagnés de fêles destinées à commémorer les grands jours de la Révolution; il patronna les théophilanthropes et soutint énergiquemcnt le culte décadaire. La théophilanthropic fut bien accueillie dans l'Yonne; elle eut son pontife, Benoist- Lamothe, son journal, V Observateur; le peuple se pressait en foule dans les cathédrales de Sens et d'Auxerre transformées en temples de la Vérité; des petites villes, de simples villages, Avallon, Saint-Florentin, Flogny, Gravant, Coulangesla-Yineuse, eurent leurs églises « philanthropiques ». Il n'en fut pas de même dans les autres départements. Le culte décadaire ne réussit qu'à Beaune et à Chalon, où il se célébrait dans l'église Saint-Vincent, devant un obélisque et un tableau de six pieds représentant la liberté. A Autun, Mâcon, Dijon, le peuple allait aux cérémonies « par curiosité ou pour fronder la république ». En revanche, un retour très net vers le catholicisme romain se dessinait. L'agent national du district de Cluny constate « que le fanatisme relève publiquement ses autels ». Ailleurs, l'administration centrale observe que les paysans « portent baptiser en pompe leurs nouveau-nés et tiennent des rassemblements sans autorisation préalable ». Dans l'Yonne même, les catholiques rouvrent les églises et font disparaître des temples décadaires les bustes des philosophes. Les choses en étaient là quand eut
PBEMiER La Révolution.
lieu le coup d'État du 18 brumaire (9 novembre 1799), par lequel Bonaparte « arrêta la Révolution ».
Dix années s'étaient écoulées depuis la LES EFFETS convocatiou des États généraux. Elles avaient LA RÉVOLUTION, suffi pour transformcr la Bourgogne. En détruisant les circonscriptions enchevêtrées de l'Ancien Régime pour y substituer quatre départements administrés d'une manière simple et uniforme, la Révolution avait mis fin au désordre administratif. En supprimant les droits féodaux, elle avait fait « la terre libre », comme, par l'abolition des jurandes et des maîtrises, elle avait rendu « le travail libre », et ainsi elle avait détruit la plus choquante des inégalités sociales. Enfin l'ahénation des biens nationaux, poursuivie jusqu'à la fin du siècle « dans des proportions d'incroyable intensité » avait fait passer les terres labourables et les vignes aux mains de ceux qui les cultivaient depuis des siècles. « Les ventes nationales ont profité à la classe paysanne et à la classe ouvrière pour plus des neuf dixièmes. » Grâce à cette transmission « sur une large échelle » de la propriété foncière, les paysans bourguignons « entrèrent dans la classe des propriétaires et par là recueillirent tous les avantages moraux et sociaux que donne en tout temps la possession de la terre * ».