ORIGINE
I i ce nom; elle Fa reçu seulement après BOURGOGNE, qu'uu pcuplc barbare venu d'au delà du Rhin, le peuple des Burgondes, ou plus exactement des Burgondions {Burgimdiones)^ se fût établi sur son sol. Le mot Bourgogne [Burgiindia] se rencontre pour la première fois en 507, dans une lettre de Théodoric, roi des Ostrogoths, à Gondebaud, roi des Burgondes : « Que sous votre domination, lui écrit-il, la Bourgogne apprenne à considérer les sciences les plus subtiles et à louer les découvertes des anciens * ». Mais, si le nom a paru seulement au vi<= siècle, il y avait longtemps que le pays existait. Antérieurement aux circonstances historiques, les circonstances géographiques, c'est-à-dire la situation, le climat, le relief et la nature du sol, avaient fait la Bourgogne.
î. Discat sub vobis Burgiindia res subtilissimas inspicerc et ontiqiioi-.im inventa laiidare. (Lellres de Cns-iodore. I, 4G.)
Histoire de Bourgogne. introduction
CARiCTÈREs ^^ ^^^^^ d'Ajoux aux monts Faucilles, en
GÉOGRAPHIQUES suivant la direction du sud-ouest au nord-est,
^'^ ^'^ se succède une série de hauteurs calcaires, les
BOURGOGNE. . i r-i i ■ , i nr -
monts du Charolais et du Maçonnais que sépare l'étroite vallée de la Grosne, les collines de la Côte d'Or, le plateau de Langres, flanquées sur leur versant occidental d'un massif de terrains anciens, le Morvan. Les sommets, dont aucun n'atteint 1 000 mètres (points culminants : le Bois Janson, 630 mètres; le mont Afrique, 584), s'arrondissent en forme de mamelons qu'on nomme des tasselols, ou s'étalent en plateaux caillouteux que les habitants du pays appellent des/)/a/2s; le printemps venu, les combes, c'est-à-dire les fractures qui séparent les massifs, se remplissent de verdure et de fleurs, et sur la Cote formée par les dernières penles commencent à prospérer les vignobles aux crus fameux. Ces hauteurs caractéristiques constituent les montagnes de la Bourgogne, la Montagne, disent les Côled'Oriens. Elles donnent naissance à des eaux abondantes, origine de nombreuses rivières qui vont, les unes à la Saône, les autres à la Loire cl à la Seine : d'une part, la Vingeanne, la Tille, l'Ouche, la Dheune, la Grosne ; d'autre part, l'Arroux grossi de la Bourbince, l'Yonne, avec ses affluents, l'Armançon et la Cure grossie du Cousin. L'étroite bande de terre ainsi arrosée, où dominent la culture des céréales, et, dans les prairies avoisinant les cours d'eau, l'élève du gros bétail, forme, par opposition à la côte vigneronne et boisée, le plat pays.
Ce mélange harmonieux de montagnes et LES de plaines, cette heureuse fécondité jointe à
PASSAGES. yQ climat tempéré, ont fait de la Jiourgogne un des plus beaux pays de France. Dès le XVI' siècle, un historien déclare que villes, cours d'eau, vins, poissons, gibiers, tout y est si bien fait pour rendre les habitants heureux « qu'il semble que le pais de Bourgogne soit une riche officine de paix et grasse nourrice de ses voisins «. Sa fortune a encore une autre cause.
INTRODUCTION La Bourgognc et ses Historiens.
La montagne bourguignonne n'est pas seulement peu élevée. Les rivières qui en sortent ont rapproché leurs sources, au point de ne laisser entre elles que quelques kilomètres d'intervalle. L'Ouche et l'Armançon ne sont séparés que par le seuil de Pouilly ; entre la Dheune et la Bourbince, Tunique obstacle est le petit plateau au centre duquel se trouve l'étang de Longpendu; les sources de TArroux voisinent avec celles de lOuche et du Cousin. Ainsi s'ouvrent des passages qui font communiquer la Méditerranée avec la Manche, et, au delà de la Manche, la Grande-Bretagne. La Bourgogne leur emprunte sa signification historique : de tout temps, elle fut un des grands chemins de France. A l'époque romaine, la voie construite par Agrippa, le ministre d'Auguste, pour relier l'Italie aux mers du nord, la traversait. Elle possède aujourd'hui la route et le chemin de fer de Paris à Marseille, le canal du Centre qui unit la Saône à la Loire, et le canal de Bourgogne qui joint la Seine à la Saône.
Les villes, moyennement peuplées, mais nombreuses, s'échelonnent le long des fleuves, dans les bassins cultivés, ou commandent les passages. Ce sont, dans la partie occidentale quelquefois appelée Haute-Bourgogne, Autun sur l'Arroux, Avallon et Saulieu sur le Cousin, Tonnerre sur l'Armançon; dans la partie orientale ou Basse-Bourgogne, Chalon, Mâcon et Tournus sur la Saône, Beaune au milieu de la côte, Chagny et Dijon au débouché des monts.
Qui dit pays de passages dit pays UNE PÉFimrioN d'échanges. La Bourgogne est en effet une DE MicHELET. pégiou Commerciale de premier ordre. Mais les échanges ne se bornent pas aux marchandises ; ils s'étendent aussi aux idées. Lien économique entre le Nord et le Midi, la Bourgogne en est devenue, par un corollaire forcé, le lien social et moral. Michelet a exprimé cette vérité d'une manière saisissante, dans son admirable Tableau de la France :
Celui qui veut connaître la vraie Bourgogne, l'aimable et vineuse Bourgogne, doit remonter la Saône par Clialon, puis tourner par la
Histoire de Bourgogne. introduction
Côte-d'Or au plateau de Dijon, et redescendre vers Auxerre; bon pays, où les villes mettent des pampres dans leurs armes, où tout le monde s'appelle frère ou cousin, pays de bons vivants et de joyeux noëls.
Aucune province n'eut plus grandes abbayes, plus riches, plus fécondes en colonies lointaines : Saint-Bénigne à Dijon; près de Màcon, Cluny; enfin, Cîteaux, à deux pas de Chalon i. Telle était la splendeur de ces monastères que Cluny reçut une fois le i)ape, le roi de France, et je ne sais combien de princes avec leur suite, sans que les moines se dérangeassent. Citeaux fut plus grande encore ou du moins plus féconde. Elle est la mère de Clairvaux, la mère de Saint-Bernard; son abbé, l'abbé des abbés, était reconnu pour chef d'ordre en 1491, par trois mille deux cent cinquante-deux monastères. Ce sont les moines de Cîteaux qui, au commencement du xiir siècle, fondèrent les ordres militaires d'Espagne et prêchèrent la croisade des Albigeois, comme saint Bernard avait prêché la seconde croisade de Jérusalem.
La Bourgogne est le pays des orateurs, celui de la pompeuse et solennelle éloquence. C'est de la partie élevée de la province, de celle qui verse la Seine, de Dijon et de Montbard, que sont parties les voix les plus retentissantes de la France, celles de saint Bernard, de Bossuet et de Buffon. Mais l'aimable sentimentalité de la Bourgogne est remarquable sur d'autres points, avec plus de grâce au nord, plus d'éclat au midi. Vers Semur, Mme de Chantai et sa petitefille Mme de Sévigné; à Màcon, Lamartine, le poète de l'àme religieuse et solitaire; à CharoUes, Edgar Quinet, celui de Ihisloire et de l'humanité 2.
La France n'a pas d'élément plus liant que la Bourgogne, plus capable de réconcilier le nord et le midi 3.
S'il est facile de caractériser la Bour- LES gogne, en revanche, il est très difficile de fixer
FBONTiÈRES. avec précision ses limites. Des anciennes provinces qui l'avoisinent, Champagne au nord, Lyonnais au sud, Franche-Comté à l'est, Bourbonnais et Nivernais à l'ouest, aucun grand fleuve, aucune grande montagne n'intervient pour la séparer. Son histoire se mêle à leur histoire; parfois même elle les dépasse et les englobe. La Saône, avec son cours « d'une si incroyable lenteur qu'on ne peut reconnaître à première ywe dans quel sens elle coule », n'a jamais constitué une frontière sérieuse. Au