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CHAPITRE XVI

Les Comtes de K rai ne.

indijk «le Baudiment, un des desccndans de Hubert, duc de Normandie, et de Gifflette, (ille de Charles-le-Simple, était issu d'une des maisons les plus illustres de la Champagne et de la Brie. Thibaut-le-Grand , comte de Champagne, à qui appartenait alors la terre de Braine, avait une fille remplie de vertus. André la demanda en mariage. 11 fut accueilli favorablement; et comme il jouissait d'une grande considération auprès de Thibaut, celui-ci le créa pair et sénéchal de Champagne, et donna en dot à Agnès la terre et le château de Braine, qui reçut le litre de comté. A cette terre il joignit , pour être tenues

HISTOIRE DE BHAINK.

de lui et de ses successeurs, en foi et hommage-lige , les seigneuries de Fère-en-Tardenois , de Nesle, de Pont- Arcy, de Longueville, de Quincy, et la foret de Daulle.

Le mariage du seigneur de Baudiment et de la dame Agnès eut lieu vers la ûn du XI* siècle, sans que nous puissions en préciser la date. 11 nous reste très-peu de chose sur la vie de ces deux personnages. Le nom d'André de Baudiment est cité dans une charte de l'an 1120, et dans une autre qui est sans date. Cette dernière fait mention que le seigneur de Baudiment, étant avec l'abbé d'igny au Mont-Notre-Dame, iitdon à l'abbaye d'igny de tout ce qu'il possédait sur le territoire de Ressons. Son nom est encore cité dans une charle de 1123, concernant Saint-Martin-des-Champs.

Quand André de Baudiment entra en possession de la ville et du comté de Braine, les moines qui desservaient la collégiale du château depuis la translation des reliques de saint Yved avaient tant de fois changé de règle, qu'ils linirent par ne plus observer aucune des pratiques instituées au tems de leur installation. Leur vie scandaleuse et débauchée excita l'indignation d'André de Baudiment. Ce seigneur voulut les réformer; cependant, avant d'exécuter sa résolution, il alla consulter Goislein , évêque de Soissons, qui, en cette qualité, avait des droits sur l'église Saint-Yved de Braine. Ce prélat l'engagea à renouveler cette communauté, au lieu de la supprimer. 11 lui conseilla aussi d'augmenter les revenus de leurs pré-

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bendes, et Ht abandon lui-même à l'église de Brainc de tous les droits qu'il pouvait exercer sur elle. André, qui ne voulait que le bien-être de l'église, accepta les conditions que l'évêque lui proposait; et afin d'engager les chanoines à remettre leurs prébendes en communauté, il en augmenta les revenus. Goislein, qui fut chargé de renouveler la collégiale, crut qu'en substituant des chanoines réguliers aux chanoines séculiers il parviendrait à arrêter les anciens abus, et à prévenir ceux qui pourraient naître (1130).

Les ordres religieux, alors nombreux, étaient plutôt un sujet de scandale que d'édification, par le mépris qu'ils faisaient des vertus monastiques. Souvent même ils forçaient les règles de leurs institutions à se plier aux exigences de leurs passions voluptueuses.

Goislein conçut des espérances plus solides et plus durables sur l'ordre des Prémontrés, qui venait de se former, que sur ceux dont nous venons de parler. La circonstance fixa son choix. 11 plaça dans la collégiale de Braine autant de religieux Prémontrés qu'il y avait de prébendes \ 11 donna pour chef à ces religieux un abbé nommé Gislebert. André et Agnès, son épouse, approuvèrent cette installation en leur accordant de nouveaux bienfaits. Ils leur donnèrent la redime de Braine avec les dîmes de Saint-Aubin, à la charge par eux de leur célébrer un anniversaire commémoralif le 16 juillet.

' Carl. , lîist. Duch. de Yall.

ET I>E SES ENVIRONS

Peu d'années après cette donation, les dîmes de Saint- Aubin furent enlevées aux Préniontrés de Braine par un nommé Hugues de Gung. En 4197, Nivelon de Cherisy, évêque de Soissons, le contraignit à les restituer aux religieux de Saint-Yved.

André de Baudiment avait quatre fils : André, Thibaud, Guy et Valeran, et trois filles, dont l'aînée s'appelait Eustache, la seconde Helvide ou Ha roi se, et la troisième Hubeline.

André, l'aîné de ses fils, embrassa la vie religieuse dans l'abbaye x de Pontigny, ordre de Citeaux. Au renouvellement du monastère de Ghalis, il fut choisi pour le gouverner en qualité d'abbé. Sa conduite, remplie de sagesse et de régularité, le fit avantageusement remarquer. «

Le second, Thibaud, passa une partie de sa vie dans le monde, sans contracter de mariage, et plus tard il se retira dans le cloître de Fontenille, où était sa mère. 11 finit ses jours sous l'habit de l'ordre des Prémontrés.

Guy, le troisième , épousa une dame nommée Alix, et, par la suite, il hérita de tous les biens de son père. Nous aurons occasion de parler de lui ultérieurement.

Valeran, le dernier des fils, fut d'abord destiné à l'état ecclésiastique. A peine avait-il atteint l'âge de raison, qu'il fui revêtu de la dignité d'abbé du chapitre de Saint- Martin d'Épernay. Après avoir joui des prérogatives de sa charge, il abdiqua (1128), H se fit moine à Clairvaux.

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La môme année, saint Bernard l'envoya, avec douze religieux, à Oreamp, pour occuper l'abbaye que l'évêque Simon venait de fonder. Ce religieux en fit bâtir l'église. Cette église fut consacrée par Renaud, archevêque de Reims, assisté de plusieurs suflragans de la province. L'abbé Valeran, qui était dans la vie spirituelle un des plus grands maîtres de son siècle, s'acquit bientôt une grande réputation de vertu et de sagesse. Tout le monde vénérait la communauté qu'il dirigeait, lorsqu'il la quitta, ainsi que ce monde, le 27 juin 1142. 11 fut enterré

avec pompe à Igny.

Les filles d'André de Baudiment s'engagèrent toutes trois dans les liens du mariage : l'aînée, Eustache, épousa en premières noces Eudes, comte de Corbeil; après la mort de celui-ci, elle se remaria à Guillaume de Garlande, sénéchal de France et seigneur de Livry. Helvide fut unie à Guy de Dampierre; enfin Hubeline épousa Gauthier, comte de Brienne.

L'an 1137, André de Baudiment, fatigué du bruit du monde, se retira dans un monastère, et fit l'abandon de fous ses biens à son fils Guy, le seul qui n'eût pas embrassé la vie monastique. 11 se retira dans le^cloitre de Clairvaux , où il mourut peu de tems après en odeur de sainteté. Agnès, sa femme, imita son exemple et entra au couvent de Fontenille, afin d'y consacrer à Dieu le reste de ses jours.

Revenons maintenant à Guy, le seul des fils d'André

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