‹ Histoire de Braine et de ses environsChapitre 55 sur 63 · REGI SOECULORUM IMMORTALI • SOLI DEO · texte numérisé non relu

REGI SOECULORUM IMMORTALI • SOLI DEO

HONOR ET GLORIA IN 80ECULA SOECULORUM.

Cette cérémonie terminée, les démolisseurs, sans respect pour les illustres fondateurs de ce monument, sans égard pour sa sombre couleur, héritage des siècles , se mirent à l'œuvre et rasèrent avec effronterie l'admirable portail gothique et la plus grande partie de la nef, pour en faire impunément, avec les pierres, diverses réparations et un autre portail , plutôt digne du maçon qui en dirigea la construction que du lieu saint qu'il déshonore. Les travaux étaient commencés lorsque les événement

de 4830 vinrent les interrompre : on les reprit en 183*2, et l'église ne fut livrée au culte qu'en 1837.

Certes, on doit de grands éloges aux personnes bienveillantes qui demandèrent et obtinrent la restauration de cet édifice; mais il ne saurait en être de même à l'égard de ceux qui en dirigèrent les travaux; car il était impossible, nous le répétons, de défigurer avec plus de barbarie qu'ils ne le firent cette antique église de Braine : elle fut coupée, taillée et fracturée avec une témérité qui eût fait honte à un Vandale même. Ce n'est pas tout encore : si vous portez vos regards sur ce vénérable édifice, vous apercevez, non sans répulsion , u1i disgracieux campanille carré, laid et discordant, remplaçant la flèche élégante qui, en 1818, surmontait encore le clocher et s'élançait avec hardiesse vers le ciel. La balustrade en dentelle qui ourlait gracieusement le clocher, quoique dans un étal parfait de conservation , fut remplacée pur un grossier entablement en pierre de taille. Une pareille substitution n'est-elle pas un spectacle déplorable et scandaleux pour notre teins?

Enfin quand ces travaux, d'un si bon goût, furent terminés et que l'église put être rendue au culte , le gouvernement en lit la remise à la fabrique. Le clergé en prit possession le 18 juillet 1837, et abandonna la petite églisr Notre-Dame, qui fut vendue quelque teins après.

Cependant l'église Saint-Yved, malgré les mutilations barbares de toute sorte qu'elle eut à subir, intéressa en-

IIISTOIUL DE BIUINE

core le gouvernement, qui la plaça, pour de nombreux motifs, au rang des monumens historiques de la France, en lui accordant presque tous les ans une allocation pour subvenir aux réparations les plus urgentes. Un architecte de talent, appelé par sa vocation et par ses études à la connaissance des monumens des beaux-arts, est actuellement chargé de la direction des travaux. Maintenant, puisse la Commission de conservation des monumens historiques intervenir efficacement en faveur de cette église, et nous aurons lieu d'espérer qu'un jour, par la restauration de la nef, par la reconstruction du portail et du clocher gothique, elle recouvrera en grande partie sa noble et antique splendeur.

Nous donnons ici la description des tombes royales de l'église Sainl-Yved, d'après celle que Jardel, officier de la maison du roi, a recueillie en 1776, avec une notice circonstanciée sur chacun des tombeaux. (Voyez dans le 3 e volume de Y Histoire du duclié de Valois.

Les anciens tombeaux des comtes de Braine, qui étaient répandus dans le chœur, dans la nef et dans la chapelle des comtes, étaient sans contredit le principal et le plus riche ornement de cette église. C'était autant de monumens élevés à la grandeur et à la puissance de ces illustres morts.

Lorsque les Espagnols, sous la conduite de l'archiduc Léopold, entrèrent en France en 1650, ils vinrent

camper dans la plaine de Bazoche pendant quinze jours. Les soldats se répandirent, pillèrent et désolèrent tout le pays. L'abbaye de Braine fut entièrement ravagée; tout fut pillé, l'église servit d'écurie, et Ton n'épargna pas même les tombeaux, dont quelques-uns, qui étaient d'un cuivre doré fort riche, furent totalement détruits et emportés. Il resta des marques de cette barbarie sur celui de Marie de Bourbon, qui ne fut pas entièrement détruit. Nous allons parler de chacun de ces tombeaux en particulier.

Au milieu du chœur existait le tombeau de la fondatrice, Agnès de Baudiment, qui avait épousé en secondes noces Robert de France I er , comte de Dreux , lils de Louis-le-Gros et frère de Louis VII * . Cette tombe, de

* Nous n'afons pu découvrir le lieu où furent inhumés les restes de Robert I". Ce prince eut à subir plusieurs excommunications de la part de l'évèque Ancoul de Pterrefonds, ainsi que de l'évéque Nivelon de Cherisy, qui lui en fulmina une, en 1175, au sujet du célèbre tournoi qui eut lieu celte même année entre Soissons et Braine. Ce tournoi fut proposé par Yves de Nesle, qui , malgré son grand âge, se plaisait encore au spectacle de la guerre. Plusieurs milliers de combattans prirent part à celte fêle guerrière. Le comle de Hainaut , Baudoin V, dit le Courageux, s'y rendit avec deux cents cavaliers, entre lesquels on dislinguail Raoul de Coucy, Bouchard de Montmorency el Raoul de Clermonl, et douze cents hommes a pied : il forma son camp à Soissons, chez son beau-frère , Yves de Nesle. Le camp opposé, tenu par les Français et Champenois , à la tèle desquels était le comle Robert I er , fut établi dans les murs de Braine. Le comle Baudoin , avec

UISTOIItK DK KKAINK

pierre dure, était peu élevée; la tête d'Agnès était d'une grande beauté. Le bas n'était qu'ébauché, cl sans inscription. Dans un lems plus reculé on voyait, entre la tombe d'Agnès et celle de Robert son fils, une pierre longue sous laquelle était enterrée, dit-on, cette lille juive dont il est fait mention dans l'histoire du miracle.

Au bas du sanctuaire, on voyait la tombe en bronze de Robert II, tils d'Agnès et de Robert I er . Ce prince tenait de la main droite une fleur de lis, citée par Mézeray, t. I, p. 262 de ses Mémoire» historique» , où on lit Brème pour Braine. Aux deux côtés de la tête étaient deux écussons en ovale, aux armes de Dreux, échiquetés d'or et d'azur. C'étaient les armes de Braine, et Robert 1 er les avait prises en épousant Agnès, suivant l'usage de ce tems-là, qui ne permettait pas aux enfans de France de porteries fleurs de lis dans leur écu. On lisait autour de la loinbe de Robert H l'épitaphe qui suit, en lettres romaines :

Slirpe salus regum , pîus et cuslodia legum , Bran;e Roberlus Cornes hic requiescil operlus : fit jacel Agoelis silus ad vesligia malris.

Anno gratis milleno ducenteno xvui die Inuoceiiluni.

son armée, avança Jusqu'aux vigne* de Braine, où il demeura tout le • jour, attendant les Français et Champenois. Au moment des vêpres, Baudoin, voyant que nul ne sortait de la ville de Braine, résolut de retourner vers Soissons. Les Français, apercevant ce mouvement, se mirent à sa poursuite; mais le courageux et cruel Baudoin revint sur ses pas, les envahit et remporta une éclatante victoire.

■/Ihisl. de lu (iuul. belg., liv. xvni , eh. i\ /

A gauche du tombeau de Robert élait celui d'Yolande de Coucy, sa seconde femme. Il était de cuivre doré et enrichi de plusieurs ornemens. Voici l'épilaphe :

O lidei sans lux quondàm maxima Bran»

Quœ tumularis ibi , pax sine fine libi!

Nobilis hic Yoles sita carnis libéra mole :

Sed veluti sol, est generosà lucida proie. Obiit an. 122i.

Aux deux côtés du banc des chantres étaient deux tombes plates de cuivre; l'une à droite, celle de Robert de Dreux, second fils de Robert 111, avec cette épitaphe :

Anno milleno sex ac vicions quoque deno Cum bis centeno demplis octo duodeno , Nobilis et gratus fuit hâc tellure loealus Roberlus, vila pensis bona condere gesta Drocensis frater Comilis, fortes prece silis Hoc vos qui legilis , missus in alla sit is.

L'autre, à gauche, était celle de Clémence de Châtcaudun, sa femme, avec cette épitaphe :

Pace clemenlissa jacel ista proxima missa El sponsi laleri non posset plus bona quœri , Nobilis et clemens ob bona plos vehemens.

Qui transis ora , in pace sit absqne morà Spirilus islius, del Deus ipse pins.

Dicat quod fiât quisque, morique sciât.

A la grille qui séparait la nef d'avec le chœur, on voyail

311» I1I5TOIHE 1>K HRAINK

la tombe plaie en bronze de Robert 111 , surnommé Gatc- Blé par quelques historiens, autour de laquelle on lisait cette épitaphe, qui contient en peu de mots le plus bel éloge qu'on puisse faire d'un prince :

Hic jacel illuslris ex regum semioe nalus Drocarum Branœquc Cornes Robertus liumatus :

Hic io amiciliâ Theseus fuit : aller in armis Ajax ; coosilio pollens fuil aller misses.

Au coté droil de cette tombe était celle d'un prince célèbre dans l'histoire par ses démêlés avec saint Louis, nous voulons dire Pierre de Dreux, surnommé Mau~ clerc, second fils de Robert 11, et duc de Bretagne par le mariage qu'il fit avec Alix , héritière de ce duché , fille de Constance de Bretagne et de Guy de Tliouars , son second mari. Claude Blondeau, dans sa Bibliothèque canonique, dit que Pierre de Dreux fut un des premiers qui s'opposa aux entreprises des ecclésiastiques sur la juridiction séculière : de là vient qu'il fui appelé Mauclerc. Cette tombe était aussi de bronze. Le duc Pierre y était représenté en bosse , avec l'écu de Dreux au franc-quartier de Bretagne pendu au bras gauche. 11 mourut sur mer en revenant de la Terre-Sainte, en 1250, le 22 juin, suivant le vieux Calendrier de Paris, et selon d'autres en 1252. Le Père Anselme s'est bien trompé quand il a dit que Pierre de

Dreux est enterré à Villeneuve, près Nantes. Ce prince ordonna par son testament à Jean , surnommé le Comte- Roux, son lils ainé, qui lui succéda au duché de Brcta-

gnc , de conduire cl amuer son corps après sa mort en C abbaye

de Sainl-Yvcd de lirainc, et être mis au plus près de ses prochains jmrens.

Voici l!épitaphc qu'on lisait autour de sa lombc :

Pelrus, flos Comilum, Brilonum Cornes hic monumeolum Elegil, posilum juxta monumenla parentum, Largus , magnanimus , audendo magna , probatus : Magoalum primus regali stirpe crealus , In saoclâ regione, Deo famulando, moratus , Vilae sublatus redieos, jacet bic tumulatus : Cœli milîlia gaudcns de milite Chrisli, Summâ lœtitiâ Comiti cornes obviet isli.

On voyait dans la chapelle de Saint-Sébastien une haute tombe de eu ivre doré avecune profusion de rosettes. C'était celle de Marie de Bourbon, femme de Jean, comte de Dreux et de Braine, lequel s'étant embarqué avec saint Louis, en 1247, pour la Terre-Sainte, mourut dans l'Ile de Chypre, et fut inhumé dans l'église de Nicosie, capitale de l'île , excepté son cœur, qui fut rapporté à Braine. Cette tombe était belle et rare. L'effigie de cette princesse, en sculpture gothique, était mal représentée. La bordure de la tombe était enrichie et ornée de pierres précieuses. On voyait autour de la base trente-six petites figures en relief d'un pied de haut environ, et on lisait en lettres d'or émaillées avec soin les noms des princes et princesses ses alliés, représentés chacun avec leur écusson , aussi en or et en émail , au dessus de cha-

MH HISTOIHi: l)K BU. Al. NE

que figure. On lisait aux pieds de la grande figure cette inscription : «Ci git Madame Marie, Comtesse de Dreues * et Dame de Braine, fille à Monseigneur Ërcbambaud » de Borbon. Proiez pour s'ame. Elle trépassa. la vigille >• S. Berthelemi, l'an de grâce 1274. »

Situation des trente-six petites figures représentant les alliances de Marie de Bourbon » avec leurs noms.

An chevet.

Messirc Archambaud (neuvième du nom), (ils de Messire Arcbambaud.

La femme du fils de Messire Archambaud, sœur de Messire Gaucher de Châtillon.

Messire Arcbambaud de Bourbon, père de Madame de Dreux ( huitième du nom , dit le Grand).

La mère de Madame de Dreux, femme de Messire Archambaud (Béatrix de Montluçon).

Le Roi de Navarre Thibaud (c'est le chansonnier, mort à Troyes, le 10 juillet t254, après avoir été marié trois fois ).

An côté droit.

La Reine de Navarre, fille de Messire Archambaud, femme du Roi Thibaud (Marguerite, fille ainée d' Archambaud Vlll, surnommé le Grand).

Le Roi Thibaud de Navarre, fils du Roi et de la Reine de Navarre dessusdits (Thibaud II le Jeune, qui épousa Isabelle, fille de saint Louis).

La Heine de Navarre, fille du Roi Louis de France (c'est celte même Isabelle).

Le Roi de Navarre, fils aîné du Roi et de la Reine dessusdits.

La Reine de Navarre, fille du Comte Robert d'Artois,

frère du Roi Louis de France.

Le duc de Bourgogne.

La Duchesse de Bourgogne, fille du Roi et de la Reine de Navarre dessusdits.

Le Duc de Lorraine ( Frédéric II).

La Duchesse de Lorraine, fille du Roi et de la Reine dessusdits, femme du Duc; c'est sa troisième femme, appelée Marguerite.

Messire Pierre, Ecuyer, fils du Roi et de la Reine de Navarre dessusdits.

Messire Guillaume Clerc (aliter de Clèves), fils du Roi et de la Reine de Navarre dessusdits.

Messire Guillaume de Bourbon , fils du Seigneur de Bourbon dessusdit.

La femme de Messire Guillaume, fils du Seigneur de

Bourbon dessusdit.

Au côté gauche.

Le Comte Jean de Dreux , mari de Madame de Dreux.

Le Sire de Mareuil ( Béraud , Sire de Mercœur ).

La femme du Sire de Mareuil , fille de Messire Archam-

baud de Bourbon le père, c'est-à-dire le huitième du nom et l'Ancien, pour le distinguer de son fils, qui est le neuvième et appelé le Jeune. Cette fille est Béa tri x, sœur de Marie de Bourbon, dont il s'agit.

Le Comte de Nevers , fils du Duc de Bourgogne. C'est Eudes , fils aîné du Duc Hugues IV.

La tille de Hessirc Archambaud-le-Jeune, femme audit Comte de Nevers. (C'est Mahaud.)

Messire Jean, frère dudit Comte de Nevers.

La Dame de Bourbon, femme du susdit Jean, sœur de la Comtesse de Nevers. (C'est Agnès de Bourbon, sœur cadette de Mahaud. )

Le Roi de Sicile (Charles, frère de saint Louis).

La Reine de Sicile , fille du Comte et de la Comtesse dessusdits.

Le fils du Roi Louis , Messire Jean. C'est Tristan , fils de saint Louis.

La Comtesse de Nevers, sœur de la Reine de Sicile, femme de Messire Jean dessusdit. C'est Yolande, fille desdits Eudes et Mahaud , Comtesse de Nevers.

Messire Jean de Châlons (ou plutôt de Charolais ) , frère dudit Comte de Nevers.

La femme de Messire Jean dessusdit, sœur de la Reine de Sicile. (Les deux frères, Eudes et Jean, avaient épousé les deux sœurs , Mahaud et Agnès. La première eut Nevers en partage, et la cadette eut Bourbon : c'est pourquoi elle est appelée ici la Dame de Bourbon.)

ET I>R SES ENWKONS.

Aux pied».

Madame de Montfort, femme du Comte Robert, (ils du

Comte Jean dessusdit.

Le Comte Robert de Dreux , tils du susdit Comte Jean. La Comtesse de Dammartin, sœur du Comte Robert. Le Comte de Dammartin , mari de la Comtesse susdite. Frère Jean le Templier, fils du Comte Jean dessusdit.

Au côté droit du tombeau de Marie de Bourbon, on voyait celui de Robert, quatrième du nom, fils du Comte Jean et de la Comtesse Marie. 11 était aussi de cuivre doré et surdoré, fort riche et bien émail lé, dit un Nécrologe qui était à l'entourde la généalogie du comte par personnages, avec les armoiries tant en haut qu'en bas. Le Comte Robert y était représenté au naturel, tenant de la main gauche l'écu aux armes de Dreux et de Braine, et de l'autre une épée. Voici Tépitaphe :

Magnus in orbe Cornes morum gravitait* diserlus, Justitiae cultor, jacet liac in parle Roberlus, Pulcber et illuslris, couslans nec fraude palœslris, Cbrislura mente pia coluilcum maire Maria.

Hune Dominum Clarimontis forlisque Drwariim.

El Branœ didici , sancli simul et Vab-rici ; Compaliens miseris qui bus et miserando mederis, Munus opis celere tribuens Deus huic miserere. Obiil xviii. Kal. Deci-mbris anno Domini mcc° ocluagesimo secundo.

La « hapelle des comtes offrait aux yeux des curieux des

monumcns dont la richesse répondait à la grandeur ri* <;eux pour qui on les avait élevés. On y remarquait surtout celui de Madame Guillemettc de Sarrebruche et celui de Madame de Brézé, duchesse de Bouillon, desquels nous parlerons ci-après. On descendait , sous cette chapelle, daq^s des caveaux où on déposait depuis quatre siècles les corps embaumés des comtes et comtesses de Braine avec leurs enfans.

Le premier, le second et le troisième tombeau qu'on y trouvait étaient de même forme et structure. Les figures sculptées étaient de pierre dure en ronde-bosse, les hommes armés de toutes pièces, les femmes avec des draperies assez vraies et bien formées. Elles étaient peintes, excepté le masque et les mains, qui étaient d'albâtre, et étaient couchées sur de grandes tables de marbre noir, élevées sur des socles gothiques et grossiers : des chiens sculptés étaient adossés à leurs pieds.

Au devant de l'autel et au côté droit, on voyait deux lombes plates de bronze, dessinées et gravées avec beaucoup de soin. C'était un travail gothique, excellent et curieux. On lisait autour que Jean de Roucy, évêque elducdeLaon, les fit faire, en 1412, pour son frère Hue, comte de Roucy et de Braine, et Charles de Saluées, son neveu * .

Dans le bas de la chapelle, à gauche, était un tombeau

* Ces tombeaux sont gravés dans le tome III des Monument de la monarchie française, par Montfaucon , pa^e i92.

de pierre dure, fort exhaussé et décoré de huit petites figures et de vingt-quatre colonnes d'ordre dorique. Ces figures représentaient à la tête la Charité, au côté droit l'Humilité, la Force et la Patience; aux pieds la Simplicité, et au côté gauche l'Espérance, la Foi et Attrcmpance (la Modération); ou admirait aux pieds de la grande et belle figure un grand chien d'un beau travail , et on lisait autour de la table cette épitaphe :

Ci-gît haute et puissante Dame Madame Guillemets de Sarrebruche , en son vivant Comtesse de Brainc. Dame de Pontarcy, Montagu, Neufchâtel, la Ferté-Gaucher, Villomer et la forêt de Daulle; Dame d'honneur de la Reine et Gouvernante de Mesdames filles de France, veuve de feu haut et puissant seigneur Messire Robert de la Mark, Maréchal de France, laquelle trépassa en son château de Braine, le jeudi 20 septembre 1571.

Son cœur était enterré devant la sainte hostie.

De l'autre côté , à droite , était le magnifique tombeau de Madame la duchesse de Bouillon , Françoise de Brézé. On reconnaissait dans ce riche monument le bon goût que François 1 er avait fait passer au delà des Alpes.

Les vers suivans servaient d' épitaphe, et étaient gravés sur deux tables de marbre noir, partie d'un côté et partie de l'autre :

Francise* jaccl hic Rrezac corpus ulrinque Nobilis. à Pclri lîrezci slirpe palernà :

'.Ï2\ HISTOIRE DE BIIAINE

Armis qui primus pro Rege iit obvius Anglis, Rcslituitque suis urbes ex hoste receplas :

Nec stlrps inferior materna à Piclone ducla iiuillermo Comité sanctorum in templa receplo. Talibus orla , Duci nupsil Bullonio, eumquc Captivum , nullo victum pretioque minisque Bmplum mullo auro, moribundumque reeepil :

Sed palris orba , tameo sua pignora lexiletauxit, Conjugio affines jungens per régna polentas : Sic rexilque domum , çoluit sacra . fovit Egenos.

On voyait encore beaucoup d'autres tombes, tant dans la nef que dans les bas-côtés, sans celles qui étaient disparues; mais elles étaient pour la plupart fort maltraitées, et on ne pouvait plus déchiffrer que quelques mots sans suite sur les épitaphes.

A l'époque delà restauration de l'abbaye, tous ces précieux restes furent levés avec soin sous les ordres de l'abbé Baucamp , et quand les travaux furent à peu près terminés, on les replaça avec précaution dans un endroit particulier.

KT l>F. ses f.\viho\s.

LETTRE DE JAKIItX

Contenant des remarques sur la ville de Braine '.

La ville de Braine a été connue de lout lems sous le nom de Brennaeum ou Brinnacum; c'est ainsi qu'elle est nommée plusieurs fois dans Grégoire de Tours, où elle est qualifiée de maison royale dans laquelle les rois de Boissons faisaient élever leurs entons et même conserver leurs trésors. Tous les historiens et les géographes ont suivi ce sentiment : M. Le Bœuf seul les a contredits, et a placé le Brennacum à un certain Bargny, village à deux lieues de Crépy en Valois ; mais on sait combien le savant antiquaire s'est trompé de fois, et on a déjà reconnu et relevé plusieurs de ses méprises, surtout dans YHistoire du diocèse de Paris.

Quoi qu'il en soit, l'auteur de la Nouvelle Histoire du Valois, qui vient de paraître, a aussi suivi ce sentiment, que j'ai combattu par d'assez fortes autorités dans les mémoires que je lui ai fournis pour son histoire; mais il a mieux aimé suivre le plan qu'il avait pris sur ceux de M. Le Bœuf et d'autres , au lieu de suivre les remarques que j'avais eu l'honneur de lui envoyer, et qui étaient toutes tirées des sources mêmes ; au reste, son Histoire est remplie de choses curieuses, et , pour ce qui regarde la ville de Braine , cet historien est entré dans tous les détails qui peuvent en donner connaissance, soit pour l'histoire ecclésiastique et civile, soit pour l'histoire naturelle. Pour les deux premières, on peut encore consulter les historiens de la nation , à commencer par Grégoire de Tours, Frodoard.la Table chronologique de l'histoire deBeims, par Coquanl; Thésaurus ancedolorum ; les Monumensdela monarchie française, du père Mon foulon ; les Lettres des maisons royales de la première race; Froissart, Monslrelet, Dh

* Celle lettre se trouve aussi dans le recueil intitulé : Nouvelles Recherches sur la F ranec.

326 HISTOIRE DE BRAIJE

leller, Histoires des maisons de Dreux et de Châlillon ; les frères de Sainle-Marlhe, le père Anselme, le Mémoire de l'Académie des inscriptions, et toutes les Histoires qui ont parlé de l'histoire et topographie de France.

Ce qui pourrait prouver l'antiquité de Braine, c'est la quantité <fe médailles romaines, consulaires et impériales qu'on y a trouvées et qu'on y trouve encore de tenu en lems. Celle année, en y faisant creuser les fondations d'une maison , on en a trouvé neuf, dont une de la colonie de Nîmes, avec les lettres d'Auguste et d' Agrippa , deux de Claudius, une de Galba , une de Germanicus, une de Néron , une de Julia uxor, Seplima Severi et Maximum.

J'ai formé dans mon cabinet une collection assez considérable de médailles trouvées à Braine et dans les environs, avec quelques antiquités, entre autres une Abraxas, égyptienne ou perse, que j'ai envoyée à Mgr le comle de Caylus, qui l'a fait graver dans le tome IV, pages 68 et 63 de ses Antiquités égyptiennes , étrusques , grecques, romaines et gauloises.

Bergier dit aussi que la chaussée de Brunehaul allait de Fisme à Soissons par la ville de Braine.

Pour ce qui concerne l'histoire ecclésiastique de Braine, il y a dans <:ette ville deux maisons religieuses : un prieuré, ordre de Saint-Benoit Cluny, et une paroisse. La première maison religieuse est une abbaye d'hommes, ordre des Prémontrés, dont on peut voir l'origine dans la Nouvelle Histoire du Valois, ainsi que de la seconde, qui est une communauté de femmes gouvernée par une prieure perpétuelle, sous la règle de saint Benoit. Le prieuré, sous le titre de SainlBemi. dépend de la Charité-sur-Loire, et son origine se perd dans la plus haute antiquité.

La tradition du pays l'attribue à Chilpéric, roi de Soissons, et cela ne ferait que conûrmcr le Brennacum en noire faveur ; ni le Gallia christiana , ni les auteurs qui ont écrit sur celte matière n'ont pu en décou-

ET DE SES E>\inONS. M~

vrir les commcncemens , et j'ai vu par des litres que, dès le lâ r siècle , la communauté de Saint-Benoit, dont il était composé, ne subsistait déjà plus; il ne restait qu'un prieuré et un sacristain, et ce prieure avait de très-beaux droits dans Brainc même et les environs, suivant un ancien dénombrement fourni à la chambre des comptes, quej'ai vu ; il était encore seigneur sur vingt-et-une paroisses dans le 15 e siècle : ce n'est plus qu'on prieuré simple , tenu en commende depuis cent quarante ans.

Voyez et consultez, sur tout ceci, l'ouvrage déjà cité et intitulé: Histoire du Duché de Valois , orné de caries et de gravures , contenant ce qui est arrivé dans ce pays depuis le tems des Gaulois et depuis l'origine de la monarchie française jusqu'à l'année 1703, par M. l'abbé Carlier, prieur d'Andrezy. L'auteur est né à Verberie, près Compiègne ; il est entré dans tous les détails possibles, peut-être même s'est-il trop appesanti par une quantité de petites remarques, ce qui rend son ouvrage lâche et diffus dans bien des endroits; néanmoins, on peut dire qu'il s'y trouve des choses excellentes; ce n'est peut-être pas un ouvrage de goûl, mais c'est un ouvrage certainement curieux.

Braîne, ma patrie, a donné le jour à quelques hommes connus dans l'histoire, entre autres au fameux Philippe de Dreux, évêque de lleauvais, né à Braine vers l'an 1160, et qualifié par Thomas Valmigham d'homme courageux et vaillant aux armées , cousin du roi de France, et plus adonné à Mars qu'à la vénération des martyrs : c'est lui qui se servait si habilement d'nne massue à la bataille de Bouvines, avec laquelle il assomma autant d'ennemis qu'il en trouvait, ne voulant pas les frapper de l'épée. Guillaume Longue-Epée, comte de Salisbury, frère naturel de Jean, roi d'Angleterre, en fil une rude épreuve, lorsqu'il l'élendit sur la place et le fit faire prisonnier par Jean de Nesles, qui était à côté de lui.

Le célèbre Pierre Mauclerc , duc de Bretagne, neveu de ce Philippe de Dreux, était aussi né à Braine.

I1ISTOME DE CHAINE.

Claude Blond eau , dans sa Bibliothèque canonique, dit qu'il fui appelé Mauclerc parce qu'il fui un des premiers qui s'opposa aux entreprises des ecclésiastiques sur la juridiction séculière: il est enfin fort connu par les démêlés qu'il eut avec saint Louis.

L'abbaye des Prémonlrés a produit quelques écrivains distingués par leur savoir, parmi lesquels on compte Jean d'Abbcville, dont on conserve quinze ou seize volumes manuscrits in-folio sur les Pères, vers l'an 1210; Jean de Livac, qui a écrit plusieurs volumes d'Annales et de Vies des Saints ; Pierre de Braine, très connu pour l'excellence de ses mœurs, lesquels sont entre les mains des jésuites, dit un auteur du dernier siècle ; Humbert , abbé de Draine, vers 1260; Guillaume de Braine, dont ou a un livre d'homélies qu'il écrivit en 1337 ; Amé de Lafontaine, qui a encore de ses descendans à Braine, homme docte et fort versé dans toutes sortes de connaissances ; Michel Coupson . professeur de théologie , d'abord abbé de Braine , et ensuite général des Prémontrés; et enfin Mathieu Herblin, qui a écrit l'Histoire delà maison de Dreux et de Braine, discuté souvent par Duchesne; le père Anselme est né d'ailleurs à mépriser, disent de lui les frères de Sainte- Marthe, dans V Histoire généalogique de la maison de France , t. H , édit. de Paris, 1628.

La seigneurie de Braine est un des plus anciens comtés du royaume; il est ce qu'on appelle aborigène. Depuis le 11' siècle que Robert de France, comte de Dreux , fils de Louis-le Gros , épousa l'héritière de Braine , Agnès de Champagne , fille ou nièce de Tbibaud-le-Grand , comte de Champague, cette seigneurie n'a jamais été vendue ni aliénée , et qu'elle a passé , par successions ou alliances, de la maison de France dans celles de Roucy, de Sarrebruck, de la Marck, de Bouillon, de Duras, de Lorraine, et enfin dans celle d'Bgmont, à qui elle appartient aujourd'hui. Les comtes de Braine étaient pairs des comtés de Champague. {V. Piton.!

PIÈCES JUSTIFICATIVES

VKHS ADRESSÉS AU H01 CUILPÉR1C PAR VENANTIUSFOU TUNATLS, A L'OCCASION DU CONCILE DE BRAINE *.

Ad Chilpericumregem, qttando synodus Brinnaco habita esl.

Ordo sacerdotum, venerandaque culmina Cliristi ,

Quos dédit aima fides relligione paires.

Parvulus oplo loqui régis praeconia celsi,

Sublevel exigui carmina vesler amor.

inclyle rex armis, et regibus édile celsis,

Primus et antiquis culmina prima regens.

Reclor habes nascendo decus, moderando sed auges,

De radice patris flos générale polens.

* Forlunati opéra omnia, ed. Lut-hi, par$ prima, p. ô(H

PIÈCES JUSTIFICATIVE»

/fcquali série vos nobiliUndo vicissim ,

Tu genus oraasll, te genus ornai avi. Kxcepisti etenim fulgorem ab origine genlis ,

Sed per le proavis splendor honore redit.

Te nascenle palri , lux allera nascîtur orbi ,

Nominis et radios spargis ubique novos ; Quem prefert oriens, Lybies, occasus el Arctus :

Quo pede non graderis, notus honore venis.

Quidquid habet mundus, peragrasli, nomine pr inceps ,

Curris et illud iler, quod rota solis agit.

Cognile jam Ponto et Rubro , Pelagoque sub lodo ,

Transit el Oceanum fulgida fama sopho.

Nom en ul hoc resonet, non impedit aura , nec unda ,

Sic libi cuncla simul, terra vel astra , favent. Rex boni la te placens, decus allum et nobile germen ,

In quo lot procerum culmina culmen habenl.

Auxiliura patris, spes ellu tamen in armis,

Fida tuis virtus, inclytus atque vigor.

Chilperice potens, si interpres barba ru s exlet,

Adjutor forlis, hoc quoque nomen habes.

Non fait in vanum, sic te vocitare parentes,

Presagium hoc totum , laudis el omen erat.

Jam tune judicium prebebant tempora nalo.

Dicta priora tamen dona secuta probant.

In te dulce caput, palris omnis cura pependit ,

Inler lot fratres sic amor unus eras.

Agnoscebat enim , te jam meliora mereri,

Unde magis coluit, praetulit Inde paler, Praeposuit genitor, cum plus dilexit aluranum ,

Judicium régis frangerc nemo polesl.

Auspiciis magnis crevisti , maxime princeps ,

PIECES JUSTIFICATIVES

Ilinc in aroore manens plebis et inde palris. Scd merilis lanlis subilo sors invida rerum ,

Perlurbare parans régna quieta tibi, Conculiens animos populorum , el fœdera fralrum ,

Ludere dum voluit, prosperitale favet.

Denique jam capiti valido pendenle pericto,

Quando ferire habuil , reppnlit hora necem.

tlum reltnereris morlis circumdatas armis,

Eripuit gladios sors , opérante Deo.

Ductus ad extremura , remeas de funere vilae ,

Ullima quae fuerat. fit tibi prima dies.

Noxia dum cuperenl hosies tibi bella pararc ,

Pro le pugnavit fortis in arma fides.

Prospéra judicium , sine le, lua causa peregil ,

El rediil proprio celsa cathedra loco.

Rex bone , ne doleas, nam le fortuna querelis ,

Unde faligavit, hinc meliora dédit.

Aspera lot tolerando diu, modéra lœta sequunlur,

Et per mœrores gaudia nata métis.

Multimodas per opes seminans , tua régna rcsumis.

Namque labore gravi crescere magna soient.

Aspera non nocuit, sed te sors dura probaavil

Unde gravabaris , celsior inde redis.

Altior assiduis crescis, non frangeris armis,

Et belli arlificem te labor ipse facit.

Forlior efficeris per mulla pericula princeps,

Ac per sudores dona quielis habes.

Nil dolet amissjim , te regc superstite, mundtis .

Qui se servarunt débita régna gradu.

Consuluildomui, palriae populoque Creator,

Qucm génies meluunt te superesse virum.

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