Histoire de Bretagne
Règne de François II, i458-x4M. Ses différents am le roi Louis XI. — Il marche vers Paris avec son armée. — Fréquentes réconciliations et nouvelles nipiures. — Le Koi achète les droits de la maison de Pcnthièvre sur la Bretagne , 1479. ^Mort de Louis XI. — Histoire de Pierre Landois , ministre des finances du duc de Bretagne. — Mort du chancelier Chauvin. — Ligue des seigneurs contre
• le ministre. — Voyage du duc d'Orléans à la cour de Bretagne.*— Prétendants à la main de la princesse Anne y' fille du duc/ — Guerre dvile. ^ Supplice de Landois. — » Dispositions du duc pour régler la succession de la couronne. — Projets de mariage pour la princesse Anne. — Guerre avec la France, i486. — Siège de Nantes par les Français, 1487. — > Bataille de Saint-Aubin-du-ëoiinier, 1488. — Paix. — l!k^té du Verger. — Mort' d^ duc François II,
E testament de François s^exécutait de point Fran~i. ir, en point. Artur III étant mort sans enÊuaits , quoi- 3. ,
a HISTOIRE DE BRETAGlfE.
qu'il eût été marié trois fois , le duché revint après
lui à François II , son neveu. Fraipiçms II réunissait les droiits de ta branche masiÇuUui^ et de la branche féminine; de Tune comme petit- fils du duc Jean IV, de Taiitre comm^ mari d^e Margue* rite, fille ainée du duo François F^; mais il n'en avait point d'enfants. Elle lui donna, en i463, un fils qui ne vécut que deux mois , et qu'ellemême suivit bientôt après au tombeau: Devenu veuf sans enf^iàts, et dernier rejelpa de la branche de la maison de Montfort, qui était en |iP^;>^iiiï^iA d^ k coujrQjnue de Br^tagnç depuis deu:K eent cinquante ans, le duc voyait sa maison prête à s'éteindre , s'il mourait sans héritiers ; il importait donc et à sa £miille et à la tranquillité du pays qu'il se remariât; mais il ét^t dominé pai: une n^aitresse, Antoinette de Ifiignitl^s^ vei|V0 diu s^g^eujr de Villequierw Cette courtisane titrée avait déjà succédé , dans la âiveur du roi diarles YII , à Agnès Sorel , dont eHe était la cousine-germaine, et avait su se maintenir dans ce poste difficile j usqu'à la mort du roi , mgis par (jes complais^ces honteuses (i). Ce ne fut
(i) Mémoires de Jacques Duclercq, liv. m, chap. 4-
« En cet an x455, mademoiselle de Villecler estoit trèsss.
bien «là gil4çis du vo]^ et ooime 00 4ia«t^
oe pljM9Q}t Unife fille d'un escuyer, Doq^o^p. Ai»-*
LIVKË S£PT[Èlf«. 3*
qu'après quelques années de viduité que le duc Fraufoi» se remaria avec M/SLcgmviXB dite ^sim de
thoine de Rebreuves, demouroit en la cité d'Arras ; onla nom* umt VUiwxIie. Cette fille avec la dame de Jeuly, etfoU allée à la cour du roy. Or» Blanche estoit bien la plus belle fille que
on eût peu avoir, ue regarder. IcxUc daiiioisellc de Villecler, sytost qu'elle vit icelle fillç^ pria moult de Tavoir aveç elle; mais la dame de Jeuiy lui respoAcUt qi^'eUe la ram^snennft ou reavoiroit à sou père» et que, saiis ||Ç çongié 4^ sou, père, ne l'auroit pas, et aussi la ramena; maisasses tôt après, par le £jré et consentement de son père, du sieur de Saucourt, oncle dlcclle Blanche, et du sieur de Jeuly, Jacques d«Ke« brei;^Tes» frère d'icelle Blanche, trèsnbel escuyer^ de vingtsept ans ou envÎF0% meua saditte sosur Blanche^ agîée de d»* huit ans, à la cour du roy, demourer avec icelle damoisdle de Villecler; et lut ledit Jacques retenu escuver tranchant d'icelle damoiseUe ^ et pour dire vrai, icelle damoiseUe teof^l grand estât et plus g^and que la roype de.Fy^pçe» çt le youloit ainsi le roy. La demoiselle de Villecler estoit moull <bdle^ et estoit mariée; elle estoit niepce d'une damoiseUe qu'on appeioit la belle Agnès , laquelle avoit e^t^ totalement en la grâce du roy; et dit-on qu'ipelle Agnès mourut par poison, moult jeune; après laquelle i<^Ue damoiselie do Villecler gouverna le roy pareillement ou plus que ne Fait avoit SA tante. Elle avoit tousjours trois ou quatre filles ou damoiselle&, les plus belles qu'elle poi^voit trouver, et qui suiv<âent le roy partout auiç dépens d^ roy. KonoUîtaiil foules ces choses, et que le père, firère, oncle et le sieur de Jeuly, fussent avertis de tout ce que j'ay dis^ ils y envoyèrent Blftoe che, laquelle, au partir de l'hostel de son père, en la cité d'Arras, plouroit fort, e( me f^t assuré quelle disoil qu'elle
4 * llibTOIRE DE BKETAGiVE.
lis, fille de Gaston lY, comte de Foix (i), laquelle lui donna deux ûlles. On voit qu'il régnait de son chef, et non .à titre d'époux de la fille d'un an*
cien duc.
Il fit hommage (2) de son duché au roi Char-
aàîiKToit mieux demeurer avec son père et raenger du pain et boire de l'eau; toutes fois elle y alla^ son père Vy avoit • envoyée par chioetév afin qu'elle ne lui coustàt rien ni son fils, nonobstant qu'il fût trèfr-riche bomme, ayant de beaux héritaiges; et assez tôt après qu'icelle damoiselle Blanche oit esté un peu de temps avec ladiLc damoiselle de ViUecler, la renommée publia qu elle estoit aussy très-bien en la compagnie du roy, et pareillement que la demoiselle deViliecler. »
(i ) Lettre de Gaston, comte de Foix, et prince de Navarre, du consentement au mariage de Marguerite de Foix avec le duc François dernier, en secondes noces. Datée du 27 mai 147 1. Pour lequel mariage led. de Foix baille à lad. Marguerite cent nulle livres, et le duc lui promet en douaire six mille livres tournois de rente.
Original du tontrat de mariage fait entre le duc François dernier et madame Marguerite de loix , sa seconde icmme. Daté du a6 juin 1471* ( Archives de Nantes, annoire H, cassette C)
(a) Actes de Bretagne, 1. 11, p. 1737.
Acte d'hommage fait au roi Charles sr })tième, par François premier, duc de Bretagne, lequel hommage icelui duc fit étant ceint et debout, et sans aucune promesse ni serment, disant faire l'hommage que ses prédécesseurs ducs de Bretagne avoient fait, et qu'il ne le faisoit et n'entendoit le laire lige. Sur quoi fut dit par M. Juvenal des Ursins, chan-
I*IVEE SBPTIBME. 5
les VII, et fit revivre avec succès les prétentions de ses prédécesseurs : rkommage fiit simple; le duc le rendit debout, l'épée au côté, saii!» b'incliner, sans prêter serment, et cela malgré les récla* mations dti chancelier de France, qui soutenait
celier de .France, que le roi entendoit que ce qa*il (maix étoit hommage lige; à quoi M. Guillaume Chauvin , chancelier de Eretagne, répondit que ledit hommage n*étoit lige, et qu'il n'entendoit le faire lige. £t sur ce que ledit chancelier demanda $*il ne vouloit point fiiire llioaunage de la pairie de Frmce, lui dit led. duc qu'il ne le fidaoit point, et n'en avoit délibéré avec son conseil ; et le roi lui dit qii*il y pourroit délibérer, et qu'il se gouvernât comme il avoit accoutumé. £t après est rapporté conune le duc iit hommage lige au roi pour le comté de Montfort, ayant 6té son épée, et s'étant mis à genoux. Daté du dernier février i45S.
Acte d'hommage fait par François dernier , dnb de Bretagne, au roi Louis XI, par lequel est contenu que, paravant que ledit duc lit ledit hommage, il fut convenu et accordé qu'en icelui faisant, il ne seroit aucunement parlé d'hommage lige ou non lige, pour éviter aux disputes et différents qui sur ce auparavant avoient été entre les rois de France et ducs de Bretagne; et après que ledit duc, éi.mt debout, ceint, et ayant l'épée au côté, fit l'hommage au roi, joignant ses mains avec-oelles du roi, auquel il dit qu'il faisoit l'hommage ainsi que ses prédécesseurs l'avoient fait; à quoi le roi lui dit qu'il le recevoit et non autrement; et après lui fit ledit duc l'hommage lige de la comté et seigneurie de Montfort- Lamaury et autres qu'il tenoit en France. Daté le x8 décembre i46i« ( Archives de Nantes, armoire G, cassette C. }
6 HISTOIAE I>£ B&ETAGNB.
que ce prince devait rhoiumage lige au moins potit pairie^ Le Âut > en qûiltaBt la cottr, re^t des marques éclatantes d'une amitié qui ne devait pas être durable. Le roi lui co&féra k titre puirement hoiiorifiq(iie de IbMt^aant - généré én royaume.
Il était d'usage que les ducs à leur avéne*
ment envoyassent une ambassade d'obédience au pape (i). François II profita de cette occasion pour faire solliciter auprès du saint-siége Térec^ lion d'une université à Nantes. La bulle d'institutioli dicmna à ce ntouvel établissement à peu près les règles et les privilèges de l'université de Paris (a). Ce nouvel établissement, à la dptation du-
(t) BnUe du pape Pie («Mud pkr laquelle 11 oerlifie q«e le éac a lait IVilnéissaBee «a siège imnain de la dmdM'de
Bretagne, en la ville de Mantoue.
Buiie du paf>e Calixte, contenant la souoiiâsioD, obéisaenoe et serment de fidélité que le doc Pierre lui fit par ses ambassadeurs à Borne. ( Arduves de NUnteSy armoire fL» cassette H.)
(%) Bulle du pape Pie il, de déclaration , érection et institatkMi de l'idriverÉité de Nantes» avec tels et semblables privilèges, prérogatives ët droits «oneédés aux universités de Paris» Boulogne, La Grâce, Sienne et Angers. Datée d avril TliBb.
Autre bulle du pape Jean XXIII, par laquelle il permet étrè levé en Breti^e une décime sur les bénéfices» et la tierce-
qttél Ife dérogé lui-même fut appelé à contribuer (i), anait 6<riJiaiite-îliâL^htiit pirofesseurs, savoiir : un dck^e^, nu théolôgfiBn, qudtf^ physrciefis«>itié* deoi^^ quatre maîtres ès arts, TÎngt-sept légistes et<}ilâ)«i<ite el Ukl dmoûtefés. Péu d'amfiëés apt^ , en 1463 ; }e duc attira dans la même ville un impriÉtEéur i l'art ^ûlut d'étiie découYért
Les veuves des trôîs déniiers ducs vivaiéîit encore. Le duc convoqua les états, en 14^9 pour âlL«^ \é doublré de te^ trois princesses ; et il fit pré* céder cette dékuaùde d'une déclarati onpar laquelle il fteeatitiaSMiit que les impôtîi ne pouvaient être établis que du consentement des états, et devaient HiésiÊéit de plein droit à l'expiration de Tannée, s'ils n'étaient prorogés par la même autorité. Ainsi le duc honorait les premiers moments de son admi* nistration par des actes fevorables à Pinstraction et à la liberté des peuples. Mais comme il prenait
partie être payée et employée pour la dotation des tnaitres et docteurs régents de Piiiiiversité. Datée le 5* an de son pon-
tificat, an mois d'août.
BuUe dud. pape Jean, faisant mention de l'érection dfc lad. université de Nantes » de même effet que la précédente.
Bulle du pape iNlcolas V, confirmatiye des privilèges octroyés à l'université de liantes par le pape Martin V, son prédécesseur. ( Archives dè NAntéS, amioiie Iv , < <issette H. )
f i) Bulle du pape Jean XXIII. ( Archives de JHantes, armoire Vf cassette A. )
beaucoup de soin de gagner Faffectioii de la noblesse , il voulut lai accorder des privilèges , et ne put le Êdre qu'aux dépens des roturiers. Sa condescendance pour les gentilshommes alla jusqu'à interdire la chasse , sous peine de la prison , à ceux, qui ne Tétaient pas. Le dergé n'avait pas besoin d'être favorisé : il parait même que déjà on le jugeait trop riche; car, dès les premières années de ce règne , on fit des recherches dans les aj chi ves de toutes les maisons religieuses, pour parvenir à connaître le produit des biens et des redevances appartenant alors à l'Église. Les historiens n'ont pas indiqué quel fut le résultat de ces recherches.
Des traités de commerce avec rAiigleleire en 1468, avec le Portdgal en 1459 et 1471 (i)^ avec les villes anséatiques en 1476, j 47 {^)
(i) Lettre d'assuraoce», octroyée pour dix ans par le duc aux Sujets du roi de Portugal , pour trafiquer et marchander
librement aux ports et havres de Bretagne , aller et venir et s'en retourner dans leurs contrées. Datée du ii juillet 1459. ( Archives de Nantes, armoire S, cassette D. )
Prolottgatiou et continuation de trêves^ entre le roi de Portugal et le duc de Bretagne, en date du i*' novembre 1464. ( Jbid., avnunre T, cassette F. )
(a) Lettre d'aliiance entre le duc et ceux de la Hanse Xeutonique en Allemagne. Datée au mois de janvier 14 7^. ( Archives de Nantes, armoire O, cassette A. ) .
LIYAE SEPTIÈME. 9
I /|85 ( I ) , avec l'Espagne en 1 48 3 ; rétabKssemeiit (l'une manufacture de soieries à Vitré; des privilèges accordés en 1477 à des ouvriers qu'on fit venir d'Arras à Rennes, pour y fonder une manufacture de tapisseries, prouvent h &veur que le duc accordait à 1 industrie. On établit nicnie quelques relations de commerce dans le Levant, ce qui suppose une navigation assez étendue pour cette époque ; mais U fallut obéir aux préj ugés du temps, et acheter du pape une bulle qui permettait de trafiquer avec les infidèles (2). Ce fut encore une concession faite aux préjugés que le règlement qui assujettit aux fouages, c\ sl-à-diie à l'impôt par feu, les nobles qui feraient le commerce. Ainsi, d'une part, on excitait l'industrie; en lui ouvrant des débouchés, et de l'autre on la décourageait, en l'avilissant, en punissant la noblesse qui voulait s y livrer.
(i) liettre de trêves pour dix ans, entre le duc François et les marchands et gouvemeurs de navires de la Hanse d'Allemagne, et transactioiis faîtes entre eux, toucliant plusieurs
déprédations de navires, qui avoicnt été faites pendant les guerres. i4 octobre 14^5. ( Archives de Nantes, armoire O, cassette A. )
(q) Bulle du pape Sixte quatrième, par laquelle il permet
au duc François dernier et ses sujets de trafiquer au pays des Turcs et infidèles. Datée Tau i479« (Archives de ]>^aulesy armoire Cy cassette A. )
lO HISTOIRE DE BRETAGISi:.
Le mâlhettr de Françms U tat d'être GMtem-
poiîiin de Louis XI, qui parvint au ti'ône après le Mi Charles VU, en 1 46i, et son dé&ut Ait de tûàxtquer de caractère. Entraîné successivement dans «OHft ks partis^ il forma uae mi^tude d'entre^ {MdseS) aam en «dbever macm^ Légei^ à éontier comme à reprendre sa parole , il eut à se reprocher des fiiutes -et des parjures. On le vit s'eâ^uer pour des favoris , se laisser gouverner par eux , {mis les abandonner lâchement à la fiorenr pa* blique , puis en prendre d'autres. Il faut convenir qu'il étslt difficile à un duc de Bretagne de mai^ iriser les événements et de snivinê constamment une conduite franche et loyale , ayant afiaire à un pdlitique anssi tortueux que Lonîs XI. Ajoutons qu'il y avait entre ces deux princes une sorte d'antipathie naturelle ; mais ce n'était pas cette incompatibilité qui existe entre ie vice et là Vettu.
Il paraît que, dans les différents qui survinrent entre eux, le premier tort appartint au roi de France. N'étant encore que dauphin , et en guerre avec le roi scm père , il avait demandé à François U un prêt de quatre mille écus, que le duc s'était excusé de lui fournir, en aUéguant la crainte de déplaire à Charles* VII. Cétait la première fois que la Bretagne refusait son secours à un prince français révolté. Chramne, fils de Clotaire, Pepîn, neveu de Charles-le-Chauve, Louis, lils du même
IiiVJLE 6B4PTlàM£. il
prince, le coinle de Boulogne, oncle de saint Loob y ies Arma^^cs et les Bourguignons, sous Charles VI , aTaient troiivé un «dlié dans le duc de Bretagne : et plus tard, le duc de Berri, le doc de Bourbon, le comte de Gimrolaia^ tout ce «qui composait la ligue dite du bien public conlre Louis XI, enfin ie duc d'Orléans, sxmê contre la régente qui gouvernait Charles Vni,fa* rent soutenus par le duc François IL
Louis conserva un profond ressentittii^t du refus qu'il avait qprouvé ; et, dès les premiers momonts de son i^gne , il laissa éclater sa m^ance t car, lorsque le duc se rendit auprès de lui pour la cérémonie de rhoramage, Louis, informé qu'il apportait de riches présents destinés aUi principaux seigneurs de la cour, défendit à ceux-d de les ïK^pter. Une pareille défense sufiBsisdt pour avertir qu'il n'y avaitpas sûreté à se montrer Tami du duc de Bretagne; aussi n'y eut- il què deux seigneurs qui osèrent lui donner des fêtes.
Cependant, commte tms ies hommes qui Mt la passion de tromper, Louis XI croyait qu'on se laisserait prendre &dlement à ses ruses. Amlritkfûx d'étendre son autorité, il médilàit ie projet d'abaisser les deux plus puissants^ vassaux de la couronne; et, par une de ces ccmtradjctions qui sont uue suite ordinaire de k duplicité, il débuta avec eu par une cajolerie ^i pontet paraître
12 HISXOIEB D£ BBETAGHK.
line imprudence. Il confia au duc de Gharolais,
héritier de la maison de Bourgogne, le gouvernement de laNormandie, et, à l'exemple de son pèrct il nomma le duc de Bretagne son lieutenant-général dans les provinces entre la Seine et la Loire.(i ); mais ce titre, bien qu'accompagné de grandes prérogatives, n'augmenta point la puissance du duc, parce que le roi n*éut garde de lui fournir Toccasion d'exercer les fonctions de sa nouvelle charge.
Il entrait dans les Tues de la politique de Louis XI de marier le duc de Savoie avec la veuve de Tavant-demier duc de Bretagne, Françoise d'Amboise, qui, comme nous l'avons dît, n'avait été que de nom la femme de Pierre II. L'ambition du vicomte de Thouars, père de la duchesse, favorisait ce projet. Le roi vint en Bretagne, sous prétexte d'un pèlerinage à Saint-Sauveur de Redoii, dans l'espoir de la décider à ce mariage par la persuasion, et avec la résolution de l'y contraindre, si cela était nécessaire, en se rendant maître de sa personne. La princesse s'y refusa avec une fermeté que ne purent ébramler ni les séductions ni les menaces. Le duc régnant, prévoyant un acte de violence, pourvut
(i) Voyez les lettres patentes du 4 janvier 1461. Recueil
des ordonnances tics rois de Fiaiicc de la 3* race, t. xv, p. 462, et archives de Nantes, armoire A, cassette B.
Ll\RE SEPTIÈME. l3
à la sûreté de sa cousine par les gardes dont il
Tenvironna; et le peuple de Nantes, persuadé qu'on voulait enlever la princesse, s'ameuta pour la défendre , et tendit des chaînes dans les rues. Louis feignit de se croire offensé par cette résistance, et se vengea du duc en favorisant l'insubordination de l'évéque de Nantes, qui se prétendait exempt de la juridiction du» cale (i) : exemple. dangereux pour le duc, parce
(i) Actes de Bretagne, t. m, p. a6, 3o, 48, 62, 67,69, 80 et 81.
Voyez les lettres patentes du roi, en date du a6 octobre, z463 ( Recueil des ordonnances des rois de la 3* race, t. xn^ p. 95 ); celles du duc, du 18 décembre de la même année, p. 96, et celles du roi , du mois d'octobre et du mois de décembre 1465, p. 40a et 4 5o.
Lettres de conunissioii du roi Louis onzième, à Charles, comte de Maine, évéque de Poitiers, et autres, pour voir tout ce qui seroit remontré et produit par le duc et ses officiers , touchant les régales et serment de lidélité des évéques de Bretagne , que led. duc prétendoit avoir en son duché; et aussi voir tout ce qui de la part des gens et officiers du roi seroit produit, pour, sur lé différent, traiter ou appointer ou iceux juger, et déterminer ainsi que par led. comte de Maine seroit avisé. Datées du 26 octobre 1463.
Autre commission du roy Louis ^ à maître Guillaume Coussinet» conseiller du roi et son chambellan, pour être et assister avec led. comte de Maine dans la ville de Chinon , pour entendre et vaquer aux différents. Datée du z6 août
l4 HISTOIM PB BftBTACirB.
que les autres évéques poument se croire aiitcK
risés à appeler devant le suzerain , ou devant le
Lettres de commission du duc François au comte de Laval, Guillaume Chauvin, chancelier, Tanguy duChatel, grandmaître d'Iiôtel et autres^ pour comparoir à Chinoa» d^vapt led. comte de Maine et autres arhitrés convenus entre le roi et led. duc, pour remontrer et faire entendre les droits, titres et possessions qui lui appartiennent sur et au régale des bieus temporels des églises et évéchés de Bretagne. Datées leiS dé* cenbce x46S. ^
Autres lettres de commission du duc» à maître Jean liOysel» président, Michel de Parthenay, sieur de Parigné, et Pierre Ferré, sénéchal de ikiin(S,pour se trouver et comparoir audit lieu de Chinon , devant led. comte de Maine et autres arbitres» pour traiter desd^ différents, par voie amiable et non autrement Datées du 5 septembre i464-
I,a sentence donnée par Charles , comte de Maine , évèque • de Poitiers, le comte de Comminges, M* Jean Daunet, premier président à Toulouse, et autres, touchant les régales et temporel des évéchés et églises cathédrales de Bretagne; laquelle, en vertu des défauts donnés par eux contre les procureurs du duc, et iaisaiît droit sur le profit d'iceux, requis par le procureur du roi, ils ordonnent par provision» et jQS<{u'à ce que les parties fassent plus amplement ouïes, que le temporel de l'évédié de Nantes et les fruits d'icdui seroient mis en la main du roi, et que les commissaires seront de par lui étnblii» pour les régir et gouverner. Et défenses faites audit duc et à ses ofiiciers de troubler, pendant ledit procès, ou empêcher aucunement lesdits commissaires en la perception et jouissance flesd. fruits^ £t coipinandement de faire cesser de lever les fruits des régales des autres évècbés
pape, de toutes leurs discussions avec leur prince xuMmrel» ^% mêm^ k adresser au roi eu fMremière
et é^is«ft catbMrales 4e. Bvetegae, Ieft«iéges épîseopaox va^ cants , et ne contraindre les èvéqpOB dod. pays à lui faire sermeat de iidt lité par saisie de leur temporel ou a4itrej9)€pt. Donnée à Chipon, la vigile de la Toussaint 1464.
Brevet du roi, signé Rolland ^ daté du 11 octobre i4$5, contenant déclaration du roi quil n*a aucun droit aux ré- ^ales de Bretagne, et qu'il a voulu et ordonné que toutes les lettres» procès et procédures ensuivis sur les différents <pu auToient été entre lui et M* le duc de Bretagne» pour Httson des régales» lui soient rendus» 4 h soumi^oi» par. Iw haiUée par^devant M. de Maine, l'évéque de Poitiers et autres.
Lettres patentes du roi Louis, en forme de Cliarte, (tont^jaaut que ied.» après avoir eu Tavis et opinion des princes de son sang et gens de son grand conseil » déclaré n'avoir prétendu ni demandé aucun diroit et possessibn ès fruits des évMiés de Bretagne, ni pamUementtes gardes èes églises, les sièges vacants , et que le tout appartient au duc, et de peendxe le& serments de fidélité des évéques dudit duché et lés ressoiifes de lein» jusiâces et juridictions, mène les droits de Ulier, octroyer et saufgarder, tant anxdits évéques qu'à leurs sujets, et d'avoir connoissance, tant de l'oiitretenement desd. sairvegardes, de l'infraction d icelles» et en faire punitbn» et aussi tous aulves droits que le procureur dud. seigneur nâ avok pcétwndu sur lesd. évéchés de Brelagpe. Veut que li duo et ses successeurs en jouisseil et usent pleinement et paisiblement, sauf à lui le dernier ressort, comme des autres sujets dfld. pays, £t pour plus grande sûreté desd. choses, ordonne que tous les actes, sentences et appointements faitt
l6 HISTOIRE DE BRETAGNE,
L'insubordination de révéque de Nantes prenait sa source daiis les usurpations de la puissance pontificale. Deux fois la cour de Kome avait nommé à ce siège, sans attendre la présentation que le duc avait le droit de faire ; et l'on en concluait que le prince, n^ayant aucune part à la nomination de révéque, ne pouvait prétendre à la jouissance de la régale, c'est-à-dire des revenus de révéché pendant la vacance du siège.
Cette doctrine était d'autant plus étrange, qpie, dans rassemblée des états de i46a , tout le clergé de Bretagne avait reconnu que la régale et la garde des églises appartenaient au duc, à l'exclusion de tout autre prince. Mais les èvéques se bornaient
et donnés tant par le comte du Maine qu'autres, contre et au préjudice des droits dudit duc , et toutes lettres et exécutoires sur ce baillés , et tout ce qui s'en seroit ensuivi, demeurent sans aucnn effet et valeur. Données à Paris, au moisdVM}tobre 14^5. (Archives de Nantes, armoire R, cassette B. )
Instructions et mémoires bailles à M. le comte de Laval et au chancelier grande-maître et président) de Bnptagpiey envoyés par le duc à Tours, par-devers le comte du Maine et . autres ai4>itres contenus par le roi , pour pacifier les différents et débats qui étoient entre le roi et le duc, pour l'obéissance et sujétion par eu» respectivement prétendues , sur las évéques et églises cathédrales de Bretagne » et temporel d'icelles. Fait à Nantes > le fta novembre i463. {JÊkd,, ai^ moire L, cassette C. )
LITRE- SXPTiitaiEv r " I7
H cette concession, . et refuiaient au duc l'hommage de leurs biens temporels.
Ces préteutious furent une source inépuisable de discusûons entre l'Église et la puissance séculière (i).
Irrité contre l'évéque de Nantes, alarmé de la
protection que ïe roi prêtait à ce prélat hautain, le duc chercha à gagner le pape, qui s'était en* tremîs dans ce différent (2), et, pour cela, il fit déclarer publiquement, par ses ambassadeurs, que les principes de la pragmatique-sanction de Charles VII n'étaient point reçus en Bretagne. C'était se mettre dans la dépendance de la cour de Rome, pour avoir le dessus dans un différent domestique. A ce prix, on obtint du pape, en v^jS, dbe bulle par laquelle il promettait de ne conférer les évêchés de Rennes, Mantes, DqI, Vannes et Saint-Iiblo qu'à de||sujets présentés par le souverain (3). Pour les sièges de Quimper,
(1) Voyez, à la suite de cet ouvrage, une i^tice des actes relatife aux rapports de subordination du clergé envers la puissance temporelle.
(2) BuH^>!u pape Pie II, à Févêque de Vérone, pour
s'enquérir des difTérents qui etoient entre le duc et les «Wêques de Bretagne, barons et habitants du pays, pour les its du duc et de la duché. ( Arcléves de Nantes, armoire cassette H. )
(3) Bt^le du Pape Sixte, datée quartas calendas septemhrisy anno 1478, par laquelle led. pape octroie, consent et
t8 Hi&XÛIttE UE BRRTA^NE.
de Tréguier, de Léaset de Suiut-Brieux, le pape s'engagea, trois ans après (i)^ à n'y placer que
confirme au doc Fraaçois qae les évéchés de Nantes» Rennes, Dol, Vannes et Saint-Malo soient pourvus de pasteurs et
évêqucs ù la nomination du duc et ses successeurs au duché. ( Archives de Nantes, armoire C, cassette A. )
(i) Bulle en date du 6^ des calendes de mai 1481, par la* quelle led. Sixte } pape» déclare qu'il ne pourvoira aux éyé> eliés de Comouaille, Tréguier, Léon et Saint-Brieux , que des personnes suflisantes et qui seront ai^réables au duc. ( Archives de Nantes , armoire C , oasi»ette A, )
On voit, par un autre bref, le pape s'excuser d'avoir différé de donner l'institution à un sujet qui lui était présenté pour un siège vacant
Bref du pape Innocent huitième, au duc François dernier, contenant excuse de n'avoir sitôt pourvu Guillaume Guignen à révèché de Nantes, et promesse de lui envoyer inoontÈnent ses huiles. Daté du stS août 14S8. ( Archives de Nantes » ar* moire C, cassette B. )
Vingt ans après les deux bulles que nous venons de citer, nous trouvons encore des élections d evéquef faites par les chapitres, notamment :
Élection faite par le cliapitrede Rennes d'un évéque futur, par le ti |)as de Michel Guybé, de la personne de maistre Guy Alyonnois, moyennant le bon plaisir des ducet duchesse. Bâtée de Tannée i5oi. (Archives Nantes, annoire C, cassette B. }
Instrument en latin, par lequel est rapporté que les chanoines et chapitK! de Saint-Pierre de Rennes, congréés capitulairement pour procéder à l'élection d'un futur évè^ue au diocèse de Rennes, selon ie pouvoir qu'ils ont par U disposi^
des persouaeâ suffisantes %t agréables au duc. Gatte prétention de la cour de Rome a été main*
tkm caBonique, tootesftiis sans déroger aux induits, droits de patronage et de présentation, appartenants aux due et duchesse de Bretagne; supplient humblement lesd. duc et dochme prendre en bonne part ce qu'ils en a^ient fait» qui étoit pour éviter que led. diocèse ne f&t destitué de pasteur par trop loDg-temps. Et d'autant tcmlesfois que le clergé de Rennes n*étoit < ntièrement assemblé ni dûment intimé, ordonnent et commandent que led. cierge sera appelé à certain et compétent jour, pour être procédé à ladite élection 6 intimation; qu'à faute à eux de comparoin» il y sera procédé par ceux qui se trouveront présents. Daté du S mars i5oi. ( Ibùi., armoire T, cassette C )
Cependant, quelques années auparavant 9 ces élections spontanées avaient été défendues.
Mandement de la reine Anne» duchesse, irapétré par le procureur-général, contenant prohibitions et défenses aux chapitres de Bretagne, aux prieur et religieux de Saint- Melaine, de procéder à aucune élection d'évèque ni abbé, sans la nomination de la reine». ni pareillement recevoir aucanes bulles, que premièrement elles n'ayent été présentées au conseil et chancellerie dudif pays, sur jjtirji de lorbanisseinent de leur personne, saisie de leur temporel. Daté du mois d'cMïtfl^re 1490. ( Archives de Nantes, armdiie C» ea^ sette B. )
Il paraît aussi que le traité qui réservait an prince le droit de présentation n'avait \)iis toujours été observé fidèlement par le pape, car on trouve ( archives de Nantes, armoire -Q» cassette £ ) lettre en forme d'édit » du duc François Qirnier, par lequel H ordonne que trente-deux personnes par liii nom-
aO HISTOIRK DE BRETAGNE.
tenue jusqu'à nos jours (i ). Il fut réglé aussi que, lorsqu'il y aurait lieu à appel pour des causes de la compétence de rofficialité , les habitants du duché ne pourraient jamais être obligés de plaider hors du pays (a) ; et, à cet effet, la cour de
niées à N. S. P. le pape, pour être pourvues des bénéfices au pays de Bretagne, seront preierées à tous autres pourvus desd. bénéfices, et fait défenses que nuls soient si osés, sur peine de bannissement perpétuel, de mettre à exécution aucune provision ou bulle apostolique contre aucuqs desdits nommés, ni Ips inquiéter en eonr <1e Rome; et bannit hors du pays Jean Ësquenalen, Jeau de Bra^deviiie et Pierre £&men, pour avoir pourchassé et procuré en cour de Rome lettres dérogeantes à la nomination du duc. 'Donné à Nantes, le lo juillet 1469.
Enfin, il existe ( armoire V, cassette C) une lettre de la duchesse Auiie, . par laquelle elle semble reconnaître que le pape pouvait nommer sans attendre la préseftalion.
(i) « Le pape donne en Bfetagne, écrivait Voltaire au procureur-général la Chalotais , chez vous, oui chez vous, des béneiices quatre mois de Tannée. Vos évêques,/?ro/< pudor! s'intitulent évéques par la grâce du saint-siége. » ( Correspondance générale, lettre du xi jcillet 176a. }
(a) Deux bulles du pape Pie, Tune gracieuse et l'autre rigoureuse, contenant privilèges que les sujets de Bretagne ne puissent être tirés lu commis hors le pays et duché de Bretagne, soit pour privilège scolastique, délégation apostolique, ou autrement. Datées l'an 1459. (Archives de Nantes, annoire C, cassette A. )
Autre bulle du pape Martin cinquième, contenant comme ^i o entend déroger au droit du duc, qu'il ne puisse counoitre
LlVllE SEPTIÈME. 21
Rome entretenait en Bretagne un commissaire
apostolique, poui faire justice des décisions des évéques. Enûu le pape ajouta aux fisiveurs qu'il amît accordées à François II, en lui donnant l'absolution de toutes les excommunications qu'il avait pu encourir, et le privilège de ne pouvoir être excommunié à Tavenir, même par les papes. Mais comme ime autorité infaillible peut donner impunément des décisions contradictoires, la
du possesaotpe des bénéfices de Bretagne. Datée du t3* «u de*
son pontificat ( 1 429 ). ( Ibid. )
Autre buiW du pape Nicolas ( V ) , par laquelle il baille commission pour informer si le duc de Bretagne est en possession de connoître du possessoire des bénéfices de Bretagne; et, si ainsi est, qu'on n'en puisse appeler fors au parlement (Il Bictagne, et de là au saiiit-siége , et non ailleurs. Datée l'an 1453. , ( rhifL )
Antre bulle du pape Sixte quatrième^ di^pareil effet que la précédente. Datée de Tannée 1 4 79. ( làid, )
Autre bulle <lu pape Sixte quatrième, contenant confirmation des privilèges octroyés aux ducs, et de non traiter les sujets dud. pays ailleurs qu'aud^ duché. Datée Tan 1479-
Compte rendu par Jean de La Fontaine , commis à la recette et perception des fruits et revenus de l'évèché de Nantes, le.àîegc episcopal vacant du 8 août 1398, au dernier janvier ensuivant, que fut fait main-levée par le duc à Tévéque dud. Nantes. Led. compte conclu à Vannes, en la chambre des comptes, le avril 1399. ( Ibùi., armulre K, cassette A. )
lia HisToinii de Bretagne.
bulle se termtiHiit par cette clause :ffàiAoiii8 que les bulles d'excommunication ne purtasiieiit ué« rogatioa à la présent» (i). »
Le duc, poussé à bout par les tracassées du roi, entra dans la ligue que formèrent vers ce temps-là plusieurs princes et grands seigneurs, dans la vue, disaient-ils, de remédier aux abus du gouvmiement, et qu'ils décoraient du nom
de ligue du bien public. François convoqua les états de Bretagne, pour légitimer, par leur assen» tknent, Talliance qu'il venait de cmlracter, et dont il fut même le promoteur, par le conseil de Tannegui Duchâtel , grand-maître de sa maison , et qui était alors celui de ses officiers qui possé- ' dait toute sa confiance. Au reste, Ducbâtel ne la conserva pas long-temps; la dame de Villequier, jalouse de la iaveur dont il jouissait, ne tarda pas à le fiûre disgracier. Jean de Brosse, comte de Pentliiévre , par Nicole de Blois sa femme , ayant refusé de se rendre aui états et d'accompagner le duc à la guerre , fui dépouillé de ses biens. On voyait à la téte de la nouvelle confédération (2)
(1) Bulle du pape Sixte quatrième, par laquelle il octroie au duc privilège do ne pouvoir être excomrrinni<^ par les évêques, ni même par le pape, si ce n'est de sa certaine science. ( Archives de liantes, amioire K, eassette H. )
(a) Actes de Bretagne, t m, p. 70 , 93 , 104.
Trois lettres de Charles, fils et frère du roi de France, d^
le duc de Banri, frère du rçi; ie comte de C3iarolaift) beau-frère du roi et fils du duc de Bour* gogne; le duc de JBcmrban, irrité du reids 4fa*on lui avait fait de Tépée de connétable. Pour le prer mier , l'objet de cette guerre était de se fair^ dqpner la Normandit: a titre d'apanage. 11 s'évada de la cour» favorisé dans sa Aiite pai* dea au^Nissa-* deursf'bretons , qui lui fournirent des relais; et, couraut avec eux à toute bride, rompaut tous les ponts derrière lui, il arriva jusqu'aux frontières de Bretagne et demanda asile au duc.
Aufi^tôt ils publièrent un manifeste : la conjuration qui avait été tiaxnée avec le plus grand ^e-
perpcti^elie alliance et amitié eaUre lui et le duci de s'enr tr'aiiier e% supporter oomme. irère&f parents, amis et alliés» Datées es années 14^7 » i46S, 1469. Signées^Charies. Scellées.
Antre lettre d'alliance et amitié, de Jean , fils du roi de Jérusalem et de Sicile, duc de Lorraine et de Calabre, avei led. duc. Datée du 3^ décembre i4l64. Signée Jean, et
9wam^v*
Antre lettre d'alliance ^ de Jean 9 ^c d'Aloiçon, pair de
France et comte du Perche , avec le duc de Bretagne. Datée du i^*^ octobre 1467. ( Archives de liantes, armoire K, cassette £. }
Lettre d'alliance entre Ckarles, duc de Btom^gogne^ comte de iSttBgùâsmy et François, duce de Bteiagne. Datée le 94
jtiillet i46j.6n^iiet; Charles, et scellée. ( Jbùi., armuire L, cassette £. )
^4 HiSTOIAE DE BRETAGNE.
• cret, et dont les bureaux étaient dans l'église de iNotre-Dame à Paris, éclata de toutes parts; le duc de Bourbon fit soulever la Guienne, et le comte de Charoiais parut avec d#s forces men«'irantes sur les frontières de la Bourgogne. Le duc de Bre> tagne s'était préparé à la guerre au moyen d'un emprunt que les états avaient voté pour cette destination. Une preuve qu'il l'entreprenait avec passion, c'est que la dame de Magnelais, sa maitresse, envoya avec ostentation son ai^nterie à la monnaie pour être convertie en espèces, et dans le même temps cette fenmie recevait du roi de Fi ance une pension de six mille livres. Tous les jours la cour de Bretagne voyait arriver des mécontents qui s*échappaîent de la cour ou des prisons de Louis XI: c'était le comte de Dunois, c'était le maréchal de Lohéac. Enfin le dw se mit en marche , en 1 465 , le long de la Loire , avec le duc de Berri, à la téte d'une armée de dix mille Bretons, pour aller donner la uiain à celle du comte de Cl^irolais, qui s'avançait à sa rencontre par Longjumean et Montlhéry.
Le roi, dans la vue de prévenir leur jonction et de contenir le duc de Bourbon , se porta vers Orléans , puis à Cliàtres (ou iVrpujon) , et, placé entre les deux armées ennemies, se déterminaà altaqaer Tune des deux avant qu'elle ne pût être renforcée par l'autre. Le combat eut lieu entre rarmée royale
LiVKE SEPTIEME. a5
et ceUe deBourgogne près de Mondbéry ( t ). Cette aiïai^yengagée de part et d'autre avec plus de b fOT j àtt y fe (|ue de précaution , fîit trèsp4neuïH3ière. La lutte fut longue et indécise , et les Bourguignons ewaoei|8èr8iit l4rienteur de la maFcbitjiies Bretons , qui semblaient s*étre tenus en arrière pour attendre l'issue du combat. Le désordre et le découragrimeniébneljt dans les'deux »nées ; et lorsque Fcbscurité vint suspendre le carnage, chacun des deux che& employa le reste de cette nuit à méditer sa retraite ; tuais le roi s y détermina le premier : il se mit en marche avant le jour pour se replier vers sa capitale; et les Bourguignons, trouvant la route évacuée, s avancèrent, après avoir opéré leur jonction avec les Bretons, et vinrent bloquer le roi clans Paris. Le duc de Bretagne était posté du coté de Saint-Maur.
Ce fut sous les drapeaux du comte de Charolais qu on vit alors pour la première fois en France mi corps de Suisses, dont le premier exploit fut le siège de Paris, On voit qu ils u uni pas toujours été les défeoseurs de nos rois. Ce siège ou ce blocus dura trois mois. Pendant ce temps, les troupes bretonnes prenaient Pontoise et Evreux. Louis XI
négocia pour dissoudre la ligue; il traita séparé-
(r) Âelatioti de ceUe bataille. Actes do Bretagne , t. ui,
26 HISTOIRE DE BRSTâ.»lfE.
menlt, le 4 octobre i465,avecleducdefi(>ilrgd§iie,
et fit des conditions assez avantageuses aux priadpauDt confédérés pour parveniràleur Ëdre signer le traité de Saint-Maur, le 29 octobre (i). La sentence qu'il avait rendue en ikveur des évéquea de Bretagne contre les intérêts du duc, fut révoquée. Il paya à ce prince une somme de cent vingt mille écus d'or, comme dédommagement des frais de la guerre , le cuiilirma dans le titre de lieutenant-général du royamne;il lui garantit la possession du comté d'Étampes , et il eut la gaknterfe d'y joindre pour la dame de Magnelais Tile d'Oleron et la sei^gnemiede Montmorilldn. Le comte de Chardiais conserva ses places en Picardie ; le duc de £erri obtint la Normandie pour apanage, âCVec tous les droits inhérents à ce duciié , iiutaiument celui de recevoir Thommage des ducs de Bretagne(a). il y
(i) Actes de Bretagne, t. m, p. 104 et suivantes. Ibid,^ p. iio.
(a) « Item, le duc de Berri, seul frère da roy» pour son N pftrtage du royaume de IVancé, aoroît la diMlié de tiat- « mandîe pour eropannage , pour lui et pour ses hoîn masles^
« procréés de son sang, pour Li tenir on telle franchise et « liberté que les ducs de Normandie lavoient tenue du roy « andeanement, c'est à sçavoir eu féauté et hommage; et que «r dès-iors en avant tes ducs de Bretaigne et d'Alençon tien- « dvoient leurs duchés du dtir do Normandie, cormne iU « avoient fait au temps passe. » ^ Moustrelet, t. m. }