‹ Histoire de BretagneChapitre 132 sur 192 · LIVRE TROISIÈME. 3l · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. 3l

Ce prince , qui avait régné vingt-huit ans avec Administragloire, s'était montré guerrier; son voyage à la justice. Terre- Sainte, et son abdication, prouvaient sa piété; quelques-unes de ses institutions firent éclater sa sagesse. Les peuples lui durent un établissement favorable à la bonne distribution de la justice.

Les Bretons se vantent de n'être point portés par leur naturel à la controverse juridique. S'ils sont devenus aussi processifs que leurs voisins , c'est dans le commerce des Français qu'ils ont contracté ce défaut.

Gailia causidicos docuitfacunda Britannos,

Mais, dans des temps grossiers et chez un peuple qui avait à peine une législation écrite, la justice devait s'exercer sommairement Le seigneur était la loi vivante. L'usage et l'intérêt des seigneurs la dictaient. Les seigneurs étaient les juges, ou conféraient la charge d'administrer la justice en leur nom. On ne savait à qui avoir recours contre leurs arrêts.

Ici j'emprunte les expressions d'un historien qui était en même temps un jurisconsulte célèbre , parce que le peu de pages que je vais citer contiennent un résumé de l'histoire de l'organisation de la justice en Bretagne.

Alain - Fergent institua à Rennes im sénéchal

3l6 HISTOIRE DE BRETAGITE.

qui présidait une cour d'appel, a A ce siège , dit Bertrand d'Argentré (1)9 il submist tout le reste du pays par ressort et contredict , excepté le comté de Nantes, tellement que touts jugements donnez par tous les juges du pays de Bretagne ressortissoient devant le sénéchal de Rennes ; et le sénéchal jugeoit à la pluralité des voix, sur-le-champ ; et usoient de ceste forme de prononcer : Rend la cour quila esté bien jugé, Ceste forme èstoit simple et sans les formalitez et sophistiqueries desquelles, sous couleur de justice, toute ceste profession a esté depuis remplie, et encores est; et n'est presque plus possible d'y donner ordre, tant est creué la malice des vivans , nourrie par des juges irrévérens et entrez par marchandée en leur estât, qui prestent la main à l'exécution de toutes mauvaises intentions des parties, pour en faire profit, et comme ils y sont entrez marchans , ils y demeurent de mesme.D

a Oultre la reigle donnée pour les premiers jugements et instances , le duc Fergent ordonna un parlement, pour juger des causes d'appel du sénéchal de Rennes et de Nantes, car jusqu'alors ne sçavoist on pas beaucoup que c'estoit d'appeler, et jugeoient ces deux juges , avec leur conseil , sur les appellations et contredicts qui venoient des

(i) Histoire de Bretagne, liv. 4 9 chap. 4^*

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