LIVRE SECOND. ï
aine d'Audren , voyant son existence menacée par les Visigoths, les avait combattus; mais ses armes avaient été malheureuses. Budic, réfugié pendant dou^e ans dans la Grande-^Bretagne , venait à peine de recouvrer son trône usurpé, qu'il eut à combattre les Alains dans le Maine , d'autres barbares devant Nantes , puis les Francs pendant sept ans, puis enfin les Frisons, qui envahirent sa frontière et qui s'y maintinrent pendant quatre ans« Son fils Hoel, premier du nom (i), était destiné, comme lui 9 à passer les premières années de son règne dans l'eidL C'était encore la Grande-Bretagne qui lui avait servi d'asile; et dans cet échange réciproque de bons offices , entre les insulaires et les Bretons du continent, on ne peut s'empêcher de reconnaître les rapports d'intérêts et de paTentétqui, depuis si longtemps, liaient les deux peuple^. Aussi, pendant plusieurs générations, verncms-nous les souverains de ces deux états se fournir mutuellement des secours contre leurs ennemis.
Un prince régnait alors dans cette partie de l'île qu'on appelait la Cambrie , qui était issu de la race de Conan , car il était arrière-petit-fils de ce Constantin à qui cette contrée avait dû sa déli-
(i) Autres noms de Hoel P^ : Hoeioc, Hailoc, Eeith, Riatum, Riadam y Rioyal> Riwal , Riqual, Radnal.
lo.
1^8 HrSTOIRR DR BRETAGNE.
vrance, et que ces peuples avaient proclamé leur roi. Il se nommait Artur; c'est ce chef des chevaliers de la Table ronde, à qui les romanciers ont fait une renommée Êibuleuse. Parent de Hoel et" guerrier généreux, Artur ne pouvait manquer d'offrir à ceprince des secours, pour rentrer dans ses états et expulser les Frisons , qui , depuis la mort de Budîc , en occupaient la frontière.
Hoel tient une grande place dans les annales des Bretons. Us lui ont donné le surnom de Grand , non parce qu'il fut le libérateur de sa patrie , mais à titre de chevalier de la Table ronde et de compagnon d' Artur.
Quand il serait vrai que ces deux princes alliés eussent défait les Pietés dans la Grande-Bretagne , délivré cette île des Saxons , conquis l'Hibernie , remis la Norwège sous l'autorité de son prince légitime, traversé la Gaule , battu les armées de l'empereur Léon , les Belges , les Flamands , les Bourguignons , les Visigoths , les Allobroges , poussé leurs conquêtes jusqu'à la mer Méditerranée (i), et menacé Bome du haut des Alpes, tous ces exploits n'intéresseraient nullement l'histoire de la
( I ) n Pour ce qui regarde la prétendue conquête des Gaules , T|\\'on a grossie de tant de circonstances aussi mal inventéf's (|iie mal appliquées, c'est une pure fable. » ( Mémoires de
r,allet,cWp.4,S3o.)
ïiIVRE SECOND. l49
Bretagne, avec laquelle ils n'ont aucun rapport. La vérité historique suffit à la gloire d'Hoel. Quoique appelé à la couronne dès l'an Soq , époque de la mort de son père et de l'invasion des Frisons , il ne put débarquer sur le continent qu'en 5 j3, à la tête des troupes qu'Artur lui avait confiées. S'il *"«:
Il débarque
le continent
est vrai que les Frisons n'eussent entrepris la con- «' «*»**«
•■^ '- les Frisons.
quête de la Bretagne que dans 1 intérêt de Clovis ^ la mort de ce prince j survenue en 5 1 1 , fournit une occasion favorable pour les s^ttaquer. Les Bretons , en voyant arriver le fils de leur roi, accoururent sous ses drapeaux etle saluèrent du nom de Rioval, roi Hoel ; il délivra la frontière envahie et reçut du roi Clothaire , fils de Clovis , un message par lequel ce prince le félicitait d'avoir recouvré les états de son père, et l'invitait à venir à sa cour. Hoel se rendit en effet à Paris. « Les deux princes lièrent amitié et se firent des présens réciproques. Tout cela ne marque ni concession faite par le roi de France, ni demande ou acceptation faite par celui de Bretagne, ni supériorité dans Clothaire, ni dépendance dans Hoel ( i ). »
Tranquille possesseur de la Bretagne , ami du roi de France , Hoel eut l'occasion de s'acquitter envers le roi Artur des bons offices qu'il en avait reçus. Il passa, dit -on, dans l'île pour aider ce
(i) Mémoires de Gallet, chap. 4, § ^i.
entre
i5q histoire Dm brbtàgne.
princeàréprimer des désordresquis'étaientélevés dans ses états; et l'on peut remarquer que certainement le roi de Bretagne ne serait pas allé Êiire la guerre au-delà de la mer^ si l'indépendance de son propre pays eut été menacée par la FVance. C'est à ce prince que l'on attribue l'érection de l'évéché de Dol en métropole; et cette érection , qui séparait l'église de Bretagne de la juridiction de l'archevêque de Tours , est une nouvelle preuve de l'indépendance de la Bretagne elle-même.
Après ces exploits et un règne , qui paraît avoir été paisible pendant plus de trente ans, Hoel mourut en 545.
Le grand nombre de ses en&nts fut une source de calamités pour les peuples. Sa succession divisée entre cinq de ses fils , l'état se trouva af&ibli par ce partage, et le trône fut ensanglanté.
^^ L'un des fils de Hoel I*** portait le même nom
Hoel II. q^ie lui^ On en a conclu qu'il était l'aîné, et c'est celui-là que les historiens désignent comme ayant été plus spécialement son successeur (i); mais on ne croit pas qu'il ait porté le titre de roi (2). Il la Bretagne paraît qu'il cut cu partage la Bretagne orientale ,
cinq fils c'est-à-dire Rennes et le pays qui s'étend vers le
d'Hoel I«'. r J T.
(i) Autres noms^de Hoel II : Riqual , Rioval , Hailoc, Jona, Jean, Reith, Hoeloch.
' (2) Mémoires de Gallet^ chap. 5, § 8.
>LIVA£ S£COND. l5l
Nord jusqu'à la mer* Nantes échut à un de ses frères nommé Canao.
Le comté de Vannes, à celui qu'on appelait Waroch»
La Bretagne occidentale fiit vraisemblablement partagée entre les deux autres, Macliau et fiudie.
Les deux autres fils de Hoel I^, Léonor et Tixd* gual, aiwent embrassé la vie religieuse, et ont été mis au nombre des saints.
Si la Bretagne eût été à cette époque une pro* vince française, les en&nts de Hœl I^^ auraient-* ils pu se la partager sans que le souverain inter^vînt au moins dans cette division ? Auraient'-ils pu se la disputer, comme ils firent bientôt après ? L'un des malheurs des guerres civiles est de livrer le pays à la merci de l'étranger ; mais tant qu'elles durent, elles constatent au moins l'indépendance nationale.
Hoel II avait combattu sous son père pour la délivrance de la Bretagne. Des chroniques le qua-» lifient de très*digne général , mais sans dire quelles guerres il eut à soutenir. D'autres l'accusent de cruauté et d'impiété. Peut-être ces reproches doivent-ils être attribués à des démêlés qu'il eut avec l'évêque saint Malo , qu'il força d'abandonner son église. Nous ne connaissons l'histoire de ces temps anciens que par les chroniques des moines ou par les légendaires , et il ne faut lire qu'avec précau-
l5a HISTOIRE DE RRETAGNE.
tion les jugements qu'ils portent sur les. princes qui ne se sont pas montrés favorables au clergé ( i ). . Hoel II s'était allié par son mariage avec un des rois de la Grande-Bretagne, ce qui est une nouvelle preuve de la considération dont il jouissait lui-même. En mariant sa fille Éléonore au seigneur de Léon^ il donna à son gendre le droit de bris et naufrage : c'était une singulière dot; nous aurons à parler de ce droit par la suite. Je. n'en feus mention ici que pour feûre remarquer que cette concession ne pouvait émaner que de la puissance souveraine. Mais cette souveraineté était enviée "par un de ses frères.
-- Canao , comte de Nantes (2) , dévoré de l'am-
d*abord bitiou- dc possédcr. toute la Bretagne, se délivra de Nantes, d'abord, par le meurtre y de deux de ses co-par-
puis roi ' • M. ■
des Bretons, tagcauts ,Waroch et Budic. Il surpritHoel dans une