‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 75 sur 159 · DE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

DE NAPOLÉON

Le premier bruit de la Révolution française avait fait sentir aux princes italiens combien ils avaient été mal inspirés en ébranlant ce qui se rattachait aux idées anciennes et nationales. Sur quel autre moyen de résistance pouvaient-ils compter désormais que sur la force matérielle? Après avoir habitué les peuples à accepter sans examen des innovations pour lesquelles ils n'étaient pas mûrs, ils devaient s'attendre à les voir accueillir avec joie quand elles viendraient en foule, et sous un aspect fait pour les séduire '.

> Ce sentiment de leur faiblesse se révèle dans l'ouvrage que l'on fit alors écrire aux Hospitaliers au sujet des Droits de Vhomme, afin d'atténuer l'effet des livres étrangers ; ouvrage de transition entre des idées en vogue et d'autres que Ton combattait, car il pose en principe que la société se fonde sur un pacte social , sans que Dieu y intervienne directement ; que la nation qui Ta stipulé a le pouvoir de déclarer déchu le souverain qui le viole, c'est-à-dire qui devient un tyran ; enfin , que la protection soprème des droits de Thomme est la religion chrétienne.

I /effroi était donc égal chez tous les princes, mais non la résolution ; et ils n'osèrent en venir au moyen qui aurait pu les sauver, à une alliance défensive dans le genre de celle de PiU nitz, alliance que proposait Pie VI. Naples était brouillé avee le pape pour le tribut de la haquenée ; Venise ne voulait pas compromettre son commerce ; et cet accord de volontés ne pouvait convenir à rAutriche. Ils auraient dû au moins rester tran* quilles , car le Piémont sentait que la Savoie était menacée ; INaples avait intérêt à fournir à la France Thuile et les savons dont elle manquait depuis les ravages du Midi , et les grains qu'il lui fallait tirer du Levant. Mais, revenante la politique de sentiment , ils songèrent tous à leurs liens de famille, et s'armèrent contre la république. Le duc de Modène , le dernier des princes d'Esté célébrés par les poètes, conservait les goûts splendides de ses aïeux, tout en mettant en réserve un trésor considérable , pour faire face à l'orage qui grondait. La Toscane , soumise à un gouvernement très-doux, était favorable aux idées françaises : son grand-duc, bien qu'Autrichien, fut Tun des premiers à reconnaître la république ; et Carletti^ son ministre à Paris , s'était même rendu suspect par un patriotisme ardent.

Quant aux peuples, ils n'étaient pas sur le duvet sans doute, mais ils ne sentaient pas les mêmes abus qu'en France. Le3 princes avaient égalisé la condition des biens. Ici , ils avaient brisé les liens féodaux ; là , diminué les services corporels. Us restaient attachés à la religion , au moins par sentiment. Les querelles jansénistes étaient des disputes d'école ; les loges maçonniques s'occupaient plus d'amusements et de bienfaisance que de desseins politiques; les agitateurs expédiés du dehors ne trouvaient a se faire écouter que par des gens qui n'avaient rien à risquer; les novateurs, en petit nombre, n'osaient se montrer devant ceux qui , tenant pour l'ancien ordre de choses , formèrent une majorité toujours plus forte , quand ils eurent mi les conséquences affreuses qui résultaient des principes les plus saints.

Grâce au voisinage, le Piémont se trouva exposé le premier au péril, Victor- Amédée III , lors de son avènement au trônç.

Page 1