CHAPITRE VIII
CHATELLENIE.
LII.STF.HIN ET PREVOT — RESîOBT DE LA CHATELLENIE . — &E1GNEUBS OU EU ETAIENT VASSAUX — EUE EST ■Kl EN CAGE. — HODRICCE DE VILLA NDRANDO. — ENQUETE fOCR RÉVISER LES COUTUMES DU BOURBONNAIS. SEVERITE DE LA JUSTICE CUANTELOtSE. — LES QUATRE FILJEBS — LES OUATEE DENIERS DE CHANTE!.! E. — TAILLE DE BOURBON. — FRANCHISES» — REGIME CONSULAIRE. — FÉODALITÉ ET LIBERTÉ MODERNE- — LISTE DE NOS rriESIDFNTS CHATELAINS.
ans les beaux jours de la féodalité , à cloque baron, à chaque petit seigneur appartenait le droit de rendre la justice, droit excessif, immense , puisque de lui seul dépendaient la vie, la fortune, la liberté de chaque citoyen. L'abus est près de la force. Il faut a\oir lu les chroniques du Moyen-Age, pour comprendre toute la bizarrerie de la législation de ce temps - là, pour se faire une idée de toutes les vexations qu'eut à endurer le pauvre serf.
soumis aux. décisions d'un juge dout le caprice souvent était l'unique loi, dont l'cpée était la dernière raison, le summum /us. De là, tant de légendes plus ou moins terrifiantes que vous raconte l'humble villageois, en vous montrant le redoutable et vieux donjon qui se dresse encore devant lui comme un épouvantail des temps passés.
St-[.ouis fit un acte do la plus haute politique en brisant La souveraineté des justices seigneuriales, en se réservant la révision de toutes les sentences capitales prononcées par sos barons (1), voulant, dit Joinville, que par tout le pays F on fit bonne justice et roitle qui ri épargnait pas plus le riche gîte le pauvre. Ça été le premier coup porté à la puissance féodale. Hâtons-nous de le dire : aucun souvenir pénible ne s'attache à l'existence du château de Chautelle. Le gouvernement des Bourbons a été toujours parmi nous, sinon libéral, du moins paternel.
Notre cité avait une châtellenie ducale dont on retrouve l'existence dans les titres les plus anciens : elle figure dans la liste des 1? chàtellenies dressée par les ordres d'Archambaud IX. On appelait alors chatellenie une circonscription secondaire, où le châtelain {castelli custos) exerçait la justice, au nom et par délégation du seigneur haut-justicier. Le château était le centre de la juridiction et le siège de son tribunal. ÛuUo son châtelain, Chautelle avait un prévôt. Les prévôts étaient des magistrats du second ordre {jtrœpositi juri dicendo) , des préposés à rendre des sentences. L'histoire nous apprend qu'en 1 149, un feudataire du prince de Bourbon, Foulques, était prévôt de Chantelle (Fulco, prœpositus de CantelldJ. Ce Foulques fut signataire et caution de l'acte par lequel les moines de Souvigny transigèrent avec Archambaud VI, relativement à l'exercice de la justice féodale (2).
Les archives impériales contiennent nombre de chartes sur la ville et le château de Chantelle; la plus ancienne est de 1240, la plus récente de l.ïM. Il y est fait çà et là mention de la justice qui se rendait parmi nous, au nom des princes de Bourbon. Jean Ferault, procureur du roi sous Louis XII, et Nicolaï, gentilhomme de chambre sous François II, Charles IX et Henri III, nous ont laissé des notions assez exactes sur l'état de notre châtellenie. Une multitude d'arrêts en ma possession compléteront ce qui a pu échapper à ces auteurs.
Cinquante-neuf paroisses , commanderies , villages ou collectes, composaient la châtellenie Chanteloise. Mais elle fut successivement démembrée. Des juridictions seigneuriales B'établirent et lui enlevèrent des parcelles importantes, en sorte qu'à la révolution de 89, sa juridiction royale ne s'étendait plus que sur dix-sept paroisses renfermant en tout 3,185 feux. Une requête du 3 mare 1790 (3), adressée par la
H) Etablissement* de Si- Louis
121 Awien Bourtoimnij, tome t, pas 83"
(3. Pii*€ a moi appartenant, rclalirc aux doutcUcs circonscriptions judiciaires.
municipalité de Cbantclle à l'Assemblée nationale, constate la plupart do ces faits. Elle ajoute même que Chantelle avait une subdélégation dont une rivalité mal entendue l'avait privée depuis quelques années. Quelle était la délimitation de cette fraction de justice du royaume de France? L'auteur de la Topographie du duché du bourbonnais ( I ) va nous l'apprendre de la manière la plus précise : « Celte cbastellenie, dit-il, a pour confins d'orient la cbastellenie de Billy, Vichy ; de midi celle de Ganoat cl l'Auvergne, de nuict, celle de Montluson, el de bise celle de Mural et de Vcrneuil. •> Elle comprenait donc, outre notre canton actuel, le canton d'Ebreuil tout entier, pénétrait dans celui de Marcillat, franchissait la Sioule et emportait toutes les paroisses qui se trouvent à une lieue au-delà de ses rives, depuis Jcnzat jusqu'aux portes de Saint-Pourçain. Quelques autres communes places sur d'autres points et mentionnées du reste dans cette présente notice, étaient encore soumises û notre juridiction. •
• Cbantellc , observe Jean Ferault , est une belle cbastellenie, située pour la plus part en bon territoire, notamment tout ce qui est du côté d'Auvergne, de la chastollenie de Verneuille qui sont terres à froment et de bonnes terres à soille du côté de Murât et de Montluson....
« Elle a beaucoup de bois du costé de Mol u son H y a grande quantité de
■■ vignes qui rapportent de très-bons vins èa paroisses de Berbery , Cheray et « Vssel (2) »
Cette châtellenie fameuse, en laquelle, remarque avec complaisance le procureur de Louis XII, il y a trois villes closes, savoir Chantelle, Charroux et Esbreui/le, avait une cour dejustice, où se décidaient toutes les questions. Les causes ecclésiastiques seules étaient portées à Saint-Pierre-le-Moùtier, bailliage royal très-etendu , rénntssant la justice civile et religieuse. Ce bailliage ayant été démembré dans la suite , les matières cléricales de notre châtellenie étaient déférées au tribunal de Cussct. Une enquête de 1446 (3), sur un procès mû entre les religieux de Chantelle et le sieur de Latour, seigneur de Banuassat, fut faite sous l'autorité du bailli de St-Picrre-le-Moûtier, ou son lieutenant, résidant à Cusset. Par exception encore, les fraudes envers les gabelles relevaient du tribunal de Saumur.
Voici la nomenclature exacte des villages et paroisses formant autrefois notre ressort judiciaire :
1 . D'abord Chantelle, siège capital de toute la châtellenie, comprenant le prieure , le château, la ville, les faubourgs et la paroisse.
14, résidaient le bailli . le châtelain, un lieutenant«rnrral, un procureur et tout. In officier* subalternes 1% connu» du trésorier de nuurtwnntit demeurait également à Cbautelle. Les habitant* de toute» le» parnwae» riaient tenu» de perler a «un bureau le* lave» et rederances uui.[uelie» II» étaient awijetli». A une époque où I* numéraire
(l| Jean Feraull, f 3«.
(2) Tvpographir du duché du Biyurl-'Hivus (" 3f . (31 Conservée au chileau de Itellcnatcs.
était ti rare «l *i pricieux |li»>, le revenu U>UI de la chalelleni* * élevait * trot» mille ioUanbHlrui li«re« Nicola .cioae étonnante, ne donne à notre cité que II» feux. Chantelle étant rillc tl«r retlc c. ircintaoee n»u<. eipUqaera pourquoi le* maisons y étaient maint abitadinle» que dan» certain? bourg» ou village» placés dan» notre ressort. Kbreuil , à cette mïmo époque, eompUil seulement «0 feux- Mai» cette rille était, comme la n.Mre entwirn de muraille*. La population de ces deux places, néanmoins, était cotnparatiTernt-nt bien supérieure au nombre des édifiée» englobé» dan» l'enceinte dea fortifications.
Après Chantelle, et suivant l'ordre alphabétique, venaient :
î. Ambon, au-delà de In Sioule; la justice y était commune entre Monseigneur de Bourbon et le prieur do Sl-Pourçain.
3. Bannassal -le- Château , vicairie et paroisse-sur-Bouble , de 15 feux et d'un revenu de 45 livres, au diocèse de Clormonl, dépendant de l'abbé de Vézelay (1).
4. Bayci, paroisse comme a Ambon ; la justice était partagée entre le noble prieur de Sainl-Pourcaiti et le duc do Bourbonnais.
5. Beauchâte), aujourd'hui simple domaine dans le haut de Cintrât, était autrefois unebaronnie. Son siège particulier n'était composé que de deux maisons. Les officiers du prince de Bourbon allaient y exercer tous les quinze jours. La chapelle du château, dédiée a Sle-Marie, était à la nomination du prieur de Loriges, diocèse de Limoges (4).
6. Bellenavcs , autrefois Bellevane (3), fondée en paroisse au VIII* siècle par l'abbaye de Menai (4;, grand bourg, chateau-fort, paroisse et prieuré, desservis par des communalistes, comprenant en tout 248 feux. La cure de Bellenaves , diocèse de Bourges, ne valait de revenu que 00 livres, tandis que le prieuré de Si-Martin dont elle relevait en rapportait 500.
Rellaonves dépendait entièrement delà cbileUenie de Chantelle en UNS Au XVI* siècle, la juitiee ; était nnmmune entre le «.leur Eublane, châtelain, et Mauniicneur le duc «te Bourbonnai» (*(. Ce n'est que fMvtvrieorement à «Mie date, que le soigneur de Dnllenaves sut distraire i notre siège un très-grand nombre de paroisse». Sa juridiction, chose assez blxerre, frappait le petit village de Truelle, il» au-delà même de notre donjon.
". Blanzal, village de 15 feux, collecte. Cet endroit cstjappelô ville dans un auteur du XVI- siècle (7).
8. St-Bonnet-de-Bellenaves, paroisse a 39 feux seulement, mais » 90 livres de revenu. Bourges pour ville diocés <ine, dépendant do l'abbaye d'Ebreutl.
9. St-Bonnet-de-Rochefort , vieux château sur Sioule, paroisse, seigneurie et justice, appartenant jadis au sieur de la Vaulguyon, mais vassal de Chantelle ; contenait ladite paroisse ÏJ4 feux.
10. Broût, ou Brosse, prieuré et cure au diocèse de Clermont, valant 400 livres de rentes.