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Et le seigneur de la Vollte

Ijk noble châtellenic de Chantelle fat engagée en 1309. En voici l'occasion : Louis I èr , dit le Grand, fut jeune encore envoyé en ambassade à Ijondrcs. Il avait été chargé par le roi d'accompagner Isabelle de France qui vonait d'épouser Edouard II, roi d'Angleterre. I.e couronnement se fit dan» la chapelle de Westminster. Dans cette occasion, le jeune prince Bourbonnais se montra si magnifique, si libéral, soutint si noblement l'éclat de sou nom, qu'il s'en revint tout criblé de dettes. Pour y faire honneur, son père et sa mère furent obligés de mettre en gage quatre de leurs plus belles châtellcnies, au nombre desquelles figurait celle de Chantclle.

Plus tard, cette même cbàtelleuie servit à payer la dot d'un personnage trop extraordinaire pour qu'il n'en soit pas dit ici quelques mots. Rodrigue de Villandrando est son nom (1). C'était un noble, mais pauvre gentilhomme de Castille, parent tout à la fois du Pape Clément V (2) et du fameux Pierre de Vilaines, roi d'Uyvetot (3).

Un jour, c'était vers l'année 1400. le jeune hidalgo franchit les Pyrénées et vint se mettre à la tête de certaines compagnies franches, ramassis de pillards et d'aventuriers qui, durant tout un siècle, ont saccagé la France (4). Que nos commotions politiques modernes, que nos troubles civils ont quelque chose de bénin à comparer à ce qu'en temps normal ont été obligés d'endurer nos pères ! Au milieu de tous seB déportements, notre Castillan avait certaines qualités : dévouement sans bornes, mais en môme temps discipline sévère envers les misérables attachés à sa fortune, sorte de point d'honneur à tenir la parole uue fois donnée à ceux qu'il

rançonnait à merci, coup d'oeil sûr, tactique habile, courage ini|>étueux tel était

cet homme devant lequel rien ne pouvait tenir, quand sa t«Ue avait pris feu (. r >). Esprit de malicieux engin, s'écrie l'un de ses chroniqueurs, à travers toutes ses audacieuses entreprises, il n'oublia jamais son profit (G). Il eut, avant tout, la sagesse de s'attacher au parti de la France et de faire à l'Anglais une guerre bonne et roide.

Le duede Bourbon, Charles III, qui vers ce temps se trouvait avoir besoin d'une lame fortement trempée, ne dédaigna pas ce chevalier qui était parvenu à se faire octroyer dans son pays le titre de comte de Ribadeo (7). Il lui donna en mariage sa sœur

(4) Voir *ur ce personnage peu connu deux excellent» articles de M. Jules Quicberai, qui ont paru duns U Kbtiolhifm de l'Ecole dtt Chartes, U 1", p. U9 et suivante».

(2> La arrtllentifsima Cota de Sarmienle de Vitlamayvr , par D. Jo&eph Pelliier , fol. 95 ; — ÏVotice sur la maison de Gotli, par l'abbé de I.espinc, insérée dans le t. VI de l'hist. des Pair* de France.

[3) Uitt. des Hou d'Hyvttot, par M. Lacabanc ; — Fruissart.

|4) Le» Routiers du XII' tiMeei les Grandes Compagnie» du XIV; par MM. Gcraud et de Fréville. |5> Cton* Vujvncj de Caslilla, par tlcrnando del Pulgar. I c. (fit Chrtmivu: martimtHM. fol. 276, V (7| llernando del Putgar.

Marguerite ( I ), fille naturelle du malheureui duc Jean quo le revers d'Azinco'urt retenait prisonnier en Angleterre. Le fier espagnol enjouailla deuement la noble demoiselle. et recul en dot la seigneurie d'Usacl, avec un revenu fixe de mille livres à percevoir chaque année sur celte châtcllenie. Mais les recettes de ladite justice étant loin d'être surabondantes, il fallut songer bientôt à régulariser la position du comte. On décida qu'une partie de ce qui lui restait à payer serait pris sur la chàtellcnie de Chaulelle qui fournirait un appoint de 233 livres, 6 sols, 8 deniers tournois. On passa en outre au redouté conjoint les châteaux de Rochefort et d'Ecolo, ot de plus, la moitié de la terre de Jenzat. Le confortable manoir de Châteldon-en-Auvergne qui, dans le principe, lui avait été afTecté pour résidence, attendu que celui d'Cssel ne se trouvait de présent mie bien basti. lui fut retiré dans celle circonstance (2). A la faveur de toutes ces concessions, Monseigneur d'Usuel devint chef de la plus forte compagnie qui se vit en France (3). huit à dix mille hommes qu'il livrait au plus offrant, quand il ne guerroyait pas pour son propre compte. C'est inouï tous les dégâts qu'il a faits dans la Basse-Auvergne, le Velay, le Vivaraiset surtout les - Cévennes» où il tenait d'habitude ses quartiers d'hiver Nos plus importantes provinces, le Languedoc, le Roussillon, l'Anjou, la Touraine, etc., etc, se souviendront longtemps de messire Rodrigue de Villandrando, ayant été par lui chevauchées en long et en travers jusqu'à totale destruction (6). Nombre de villes de premier ordre : Alais, iMende, Niraes, Alby, Toulouse, etc., lui ont ouvert d'emblée leurs portes (G). Pour se rédimer de ses vexations, la plupart des Etals et des parlements lui votaient des subsides comme à une tête couronnée (7). Notre pays n'a pas été à l'abri de ses attaques: un jour il emporta par escalade le château bâti à la pointe du rocher Saint-Vincent {8); mais obligé de fuir immédiatement devant les troupes du duc de Bourgogne qui étaient à sa poursuite, il eut soin préalablement de piller les bons liabitauts de Fcrrières, puis en toute hâte, il alla cacher son butin dans l'enceinte du redoutable fort do Montgilbert.

Ht Contrat de mariage de Rodrigue de Villandrando , comte de Ribadeo, avec Marguerite, bâtarde de Bourbon, enregistré a la chancellerie de Cussct, le 24 mai 1433. original conserve aux Arcfc. imper. , section domaniale, p. 4364. pièce 4388.

(2) Convention du î août 1436, passée entre le duc de Bourbon et Rodrigue de Villandrando , original aux Arcli. imp. , p 43*4. pièce 4380.

|3| Heraul Berri, p. 394.

(4) BiMiothrtpie inqifr., dossier Villandraudo ; — Chronique de Jean Cliartier ; — Mémoire* d'Olivier de la Marcha.

£f Arcbiv. imper., dossier Caratnaing ; — HM. du Lmvjuedoc, par dora Vaisselle ; — Chronitj. du Qucrei, par l'abbé de Foulhiac ; ele

|C) Don Vaisselle ; — Jules (Juiclurat ; - flisl. de Charles VI par Jean Jouvcnel des Ureins.

(7) Quittance de Rodrigue de YiU<mdranio, seigneur d'Ussel, d'une quittance de 200 liv. i lui volves par lesEuts de la Basse-Auvergne, du 44 novembre 4 438 ; — Acte du dîtavee le» Capitouls do Toulouse, du 24 août 1439, ele , etc. ( Bibliothèque iraper. , dossier Villandrando ).

18) Bibliothèque de l'Ecole des Charles . t. 1», p. 147.

Le nom de ce bandit est resté un épouvantai! dans nos contrées, et nos paysans, pour peindre un Être méprisable et cruel, disent encore : Vieux Rodrigue, méchant Rodrigue i

Emu de tant de brigandages, Cliarles VII déclara l'aventurier espagnol ennemi de son royaume et commanda au premier venu do courir *ux A ses routiers et de les tuer comme bêtes nuisibles (1). Mais l'habile chef de bandes sut tourner la difficulté ; il se rendit dans les alentours de Bordeaux où les anglais trônaient en maîtres, cl sut si bien les battre et les rabattre, qu'en récomjumse de ses entreprises, vaillances et diligences, le roi lui pardonna toutes les offenses et ma/faits qu'il avait contre lui (2). Appelé bientôt par-delà les Pyrénées, au secours du roi de Castille, Juan II, qui avait maille à partir avec ses sujets 1 1 43i>), le comte de Ribadeo, tomba pour ainsi dire du ciel à la tête de ses lances redoutables. Fait grand d'Espagne après maintes actions qui lui valureot des honneurs extraordinaires, il termina paisiblement ses jours dans le pays qui l'avait vu naître, à l'âge de 70 ans, vers l'année 14*»5 (!1J.

Sur la fin do sa carrière, il pratiqua une rude pénitence et tenta de réparer toutes les fautes de sa vie aventureuse et criminelle. On l'entendit, à son lit de mort, demander à Dieu pardon de toutes ses roberies, paieries, tueries et escorcherm. indulgence et rémission des indignités sans nombre dont il s'était rendu coupablo envers les femmes et les gens d'églises, envers les marchands et les voyageurs, et surtout envers

le pauvre commun de France (4). Heureux fruit du remords! conséquence bénie

d'une éducation primitive religieuse ! Toi est l'osé personnage qui a souvent figuré à la cour de Chantelle, et aux appointementa duquel notre châtellenie a été obligée de fournir.

Expliquons maintenant quelles réformes furent, vers cette époque, apportées à notre code justicier. Les lois et les coutumes qui servaient alors de régie aux magistrats peur rendre leurs jugements, étaient un labyrinthe inextricable. Chaque petit siège avait des usages particuliers que contredisait le tribunal voisin. Pour faire cesser un tel élat de choses, Pierre, deuxiesme du nom, convoqua à Chantelle-Ie-Ckastel. les gens d'église, les nobles hommes, les bourgeois mêmes, bons coustumiers et bien famés. afin de rédiger et de mettre par écrit les coutumes générales, particulières et locales, usances et sti/es. observés, tenus et gardés dans le pays, châtellenie et juridiction du duché de Bourbonnais.

Le 20 juillet 1493, pardevanl les quatre commissaires envoyés par le prince, comparurent les châtelains, lieutenants, baclieliers-ès-lois . avocats, procureurs et

H> Chnmiq.di Btrri I. c.

i2 Morcirelel , Chirm'/. t. c.

)3| Hcrnaudo «tel Putgur.

H> Ilen»r.rfcdel Pulp.r.

praticien* do la cbàtellenie de Chanlelle et ressort d'icelle, en l'auditoire de ladite ville. En tête de ces magistrats habiles, de ces hommes honorables et sages, apparaissait maître Gabriel de Chovigny protonolaire du Saint-Siège apostolique et prieur commendataire du prieuré de Saint-Germain de Salles (1), frère Jacques de Rivandes, sous-prieur de Chan telle et prieur de Chcxelles, etc (2). I.cs règlements et coutumes qu'ils rédigèrent alors, après avoir juré sur les saints Evangiles d'agir en bonne et duc conscience, ont eu force de loi jusqu'en 1789. A cette époque, la cbàtellenie fut supprimée et convertie en justice do paix. Il n'y ja pas longtemps qu'est mort le dernier châtelain, M. Paul Laurent. Son hôtel appartient à M. Labussière-Cboussy. Le palais où se rendait la justice, aujourd'hui à M. Camille Quissac, existe dans son entier. J'ai vu dans ma jeunesse, sous la vieille halle, le poteau et le carcan où les criminels étaient attachés, marqués et fouettés.

La justice ebanteloise était sévère : un simple exposé le prouvera mieux que tous les commentaires. Un individu pris en délit de maraudage dans une vigne ou dans un jardin, avait le choix, ou de donner trois sols J'amende, ou de se laisser couper une oreille (3). Pour les plus simples méfaits, le jeudi suivant, jour du marché, on restait des heures entières au pilori, exposé aux huées et aux risées de la foule. Pour attentat à la pudeur, on était publiquement battu de verges. La peine du talion était rigoureusement appliquée : œil pour œil. dent pour dent ; c'était un reste de législation judaïque.

Le bénéfice des circonstances atténuantes n'étant pas alors connu, la moindre atteinte aux personnes et à la propriété entraînait la mutilation, la marque au fer chaud et le plus souvent la peine de mort. Qu'on en juge par le fait suivant : un nommé Minestre s'avisa de pénétrer nuitamment dans une grange appartenant aux Génovéfains (4) et déroba trois coupes de blé. Il fut condamné à être rompu vif. En vain, le prieur et ses religieux vinrent-ils se jeter aux pieds des juges, en vain firentils valoir que c'était un père de famille, que la misère seule l'avait poussé à cet acte ; il fut répondu que justice aurait son cours.

Voici comment se faisaient ces sortes d'exécutions : lo malheureux patient, après avoir reçu les secours d'uno religion qui ne vous abandonne pas, lors même que les hommes vous rejettent et vous flétrissent, était conduit pieds nus et garrotté de chaînes, par les rues de la ville. Arrivé sur la place de la halle, les soldats de la maréchaussée le hissaient et l'étendaient sur la roue. Le bourreau, armé d'une massue, lui brisait

(Il Les prolonalaires avaient cld établis du lemp* de la primitive EgliM pour recueillir le* actes de* martyrs Plu* tard, ce n'était guère qu'un titre honcriOijue. t.c cnmmendalaire avait le privilège de jouir d'un bénéfice sans <lre tenu à la résidence.

fît Cmttumes dt Bourlonnnu.

<3| Cliarte d\trcliaml»ud VI.

<îl Située dan» l'ancien enclos Bailli.

à coups redoublés les bras et les jambes. Puis, les membres repliés sur eux-mêmes, on le laissait expirer dans d'atroces souffrances. Si le criminel n'avait pas encouru l'extrême* sévérité de la loi, toutes ces tortures préparatoires lui étaient épargnées : • le condamné, disait le jugement, sera simplement pendu par le cou, jusqu'à ce que mort s'en suive. • Pour frapper des esprits que la civilisation n'avait pas encore suffisamment adoucis, les suppliciés, quelle que fût leur catégorie, étaient ensuite transportés aux quatre piliers, plateau situé en face de plusieurs communes et sur le chemin le plus fréquenté (1). Les corps de ces malheureux restaient des mois entiers suspendus aux fourches patibulaires. Les corbeaux et les oiseaux de proie se disputaient ces fétides dépouilles. Les loups accouraient des forêts voisines, le museau allongé, l'œil avide, fixé sur celte proie qu'ils ne pouvaient atteindre ; ils remplissaient l'air de leurs hurlements. Si quelques lambeaux venaient à se détacher d'eux-mêmes, ils les saisissaient avec voracité et s'enfuyaient, puis bien vile revenaient tenter encore leur dégoûtant festin. Les passants regardaient avec un religieux effroi ces cadavres qui flottaient au gré des vents, car ils avaient lu cette inscription gravée en gros caractères au-dessus de la tête du criminel :

Respectez la justice Je Monseigneur le duc de Bourbon. Sur ce terrain imbibé du sang de tant de victimes, s'élève aujourd'hui une croix, symbole d'espérance et de pardon. '

Messire Auroux des Pommiers, dans ses coutumes de Bourbonnois (2), nous révèle une foule d'usages bizarres, particuliers à notre localité, et que nous avons peine à comprendre, nous qui sommes nés sous un règne d'égalité politique et de liberté légale. Certains de nos habitants étaient soumis à une taille annuelle, dite des quatre deniers de Chantelle. Ceux-là , nouveaux parias, étaient serfs, de condition serve, de poursuite et de main-morte. Ils étaient attachés à la glèbe, ils appartenaient au seigneur absolument comme l'âne et le bœuf qui les aidaient à travailler ses terres. Le droit de propriété sur leurs personnes était tel, que le maître pouvait à son gré les affranchir, les donner ou les vendre. Eux, par contre , ne pouvaient ni vendre ni acheter, à moins que ce ne fût avec gens appartenant au même seigneur. Toute espèce d'héritage et de succession leur était interdite, à moins toutefois qu'ils ne fussent en communauté ; et telles étaient les prérogatives de la communauté, qu'une fille quoique dotée, quoique renonçant à ses droits de communauté, restait toujours et malgré elle, membre de cette même communauté (3). Ce droit des quatre deniers, la plus grande servitude qui soit (4), dirent un jour des cœurs généreux, est resté

(<<i Avenue de Saint- Pourçain.

(2) Art. 192 et 303.

(3| Arrtt du cliiieUln de Cbantellc.

«• Coutume* <U Bmrtoixou , procés-tert*! de 4500.

très-obscur jusqu'à présont. Pourquoi, dans l'ancienne législat ion, est-il désigné sous le nom do Chantetle (1)? II y avait, dans les anciennes provinces, des taxes, ou aides, qui prenaient leur nom ou do la terre qui les devait, ou plus ordinairement de la seigneurie qui les percevait (2). En Bourbonnais, la taxe qui frappait les personnes ou les choses s'appelait lo plus communément les quatre deniers de Chantelle. A cause de notre château et do la souveraineté qui lui était attribuée, elle a dû s'exercer d'une manière plus spéciale dans notre châtellenie. Voici , à n'en pas douter , pourquoi elle en a pris le nom, saus exclure toutefois celui de quelques autres localités dont il sera parlé bientôt.

Le cartulaire de Marmoutier (3) nous apprend comment se pratiquait ce genre de servage : celui qui voulait se constituer serf de l'abbaye se plaçait quatre deniers sur la tète et le» déposait ensuite sur l'autel. A Chantelle, c'était entre les mains du seigneur naturellement que devait se remettre l'offrande. Les hommes qui se dépouillaient ainsi de tout ce qu'il y a de plus cher nu monde, la liberté, étaient, selon quelques auteurs (4), des vaincus, obligés de subir cet humiliant tribut, imposé par le vainqueur. Quelquefois, l'idée religieuse les poussait à cet acte d'humilité extrême (5). Presque toujours, le besoin seul contraignait ces malheureux à sacrifier leur indépendance et l'avenir de leur famille.

Un auteur moderne (G) a confondu la condition de l'individu assujetti aux quatre deniers avec celle du collibert. Ce dernier était une sorte de serf libre, dont la redevance variait suivant les pays : à Saint-Gyr de Nevers (7), elle était de 3 deniers ; elle se montait à ti> dans un fief du Bcauvoisis (8). Au contraire, la taxe des quatre deniers était uniforme pour celui qui, de gré ou de force, aliénait son indépendance (!)). Aussi voyons-nous, dans le cartulaire de St-Maur-sur-Loire (10), un collibert se plaindre de ce qu'on l'assimile à l'homme des quatre deniers. Ailleurs, un collibert, mû par un sentiment de piété, et voulant Be réduire à la condition absolue du serf, se place sur la tête les quatre deniers sacramentels (11). Non seulement

(I l Dic/iun. da fiefs , par ItcnnuMon, p 153.

|2| Arrh. Imp. , »m1u Verwm dans le CotcnUo, aide Bertrand, pajc aux Hiifmeur» de Briquebec, etc., elc. |3) Manuscrit député à lu bibliothèque de Tours : - cari, de St-rerc de Chartres, t. I. p 797, col. t : - «te» de la Bibl. imper. , fond» latin. n« 5U2, charl. VS9 \i) Coutume* de Bourhtsnmh.

(S) Lie. d>$ ttrft de Manmtulitr, XI* sictle, publié par M André Saluion. |G) MarcJiciçu?, JfcWio<A. de l'EcvIe da Chartes, loin. I. p. XLIX.

(7) Liber Cfutrtnrum Sowr» Cynci Xivtrnens , num . 83.

(8) Pulyptjque de l'.bbu Irminon, abbe. do Sl-r.crmaindcs l'r.-., tom. II. pape 378 .1 379. publié ,*r M. Guérard.

(9) Idem.

(10) Chart. 17, Arcli. de I Anjou, tom. I, page 388 et 389.

(11) Liv. cfcs scrf> <k Marmvutùr, cbarl. «

les hommes des quatre deniers, mais lea collibcrts eux-mêmes étaient exclus do de toute espèce de charges et emplois, tant civils qu'ecclésiastiques. Les chanoines de plusieurs cathédrales (1), en prenant possession de ce titre, déclaraient, sous la foi du serment, n'appartenir, eux et leurs auteurs, à aucune de ces humiliantes catégories.

Pauvre humanité ! à quelles dégradations n'as tu [>as été soumise ! Un Dieu t'a réhabilitée.... et il a fallu des siècles pour que son esprit pénétrât nos institutions et pût abolir enfin toute distinction entre f affranchi et T esclave, entre le juif et le <jcntil(1).

Quelques particuliers des seigneuries de Cosne et do Montlueon étaient astreints, aux termes de la coutume locale, à payer nos quatre deniers de Chuntelle (3). Quand le bon duc Louis concéda aux habitants de Cosne leur charte d'affranchissement, il fil cette singulière réserve « Ce n'est point nostre entente que en ce présent prioi/èf/c et liberté soient en rien compris nos hommes des quatre deniers de Chante/le. » Cette taille, chose bizarre, prenait à Chantellc le nom des quatre deniers de Chaveroche et de Yerneuil, communes où on prétendait les percevoir. Mais un jour, nos représentants protestèrent de\ant le duc contre cette double préteution et ne voulurent jamais consentir à payer aucune redevance ni à Verneuil, ni à Chaveroche. Le Conseil approuva cette détermination énergique et fière l-i).

Outre ces iudividus, à Chantellc, en petit nombre heureusement frappés de cette servitude des quatre deniers, le reste do nos habitant*, les clercs et les nobles exceptés, devaient un tribut annuel au duc de Bourbon. L'article 95 de la Coutume de Bourbonnois est ainsi conçu : • Nul ne peut demeurer es chatellenies de Murât. Hérisson, Montlueon et Chantelle n'a aucunes d'icelles, par an et par jour, qu'il ne donne teille franche à Monseigneur ou autre laquelle, est sur le chef et est de suite. •

Nombre d'autres petites tributs (ô) sans parler de la garde et de l'entretien du château et des forts, fatiguaient extraordiuairement les habitants île Chantelle.

Enfin, vers la dernière période du XIV* siècle, un premier rayon de liberté commença à luire sur notre malheureux pays.

Le bon duc Louis et Charles comte de Bourbonnais et d'Auvergne, moyennant la contribution annuelle de quelques deniers, débarassérent letirs vasseaux de la ville et paroisse de Chantelle-le-Chastel, frontoyant la rivière de la Boub/e, eux et leurs successeurs présents et advenir, de toutes tailles, serves franches, ijuet, charrois.

Ul Ofltx tmonitor. Carnovent. ; - TalnJariim canon. Ettttsi/s dnionuinmi,, ann. 1*08.— Voir sur cette double question le Glossaire de Ducauge . art. Demrius cl ColUUrtus.

[2) Coi©»*., 3, Il

(3) Cmtlumes 4e Bourbonnois; — Barailon, p. 483 à -184. (i) Coutumts de Br/urbomtoit. procis-terbol de J500.

(3) Ed voir le «l. tail aux HOet* justillcaUïcs C et D.

corvées, lods. ventes, gardes de portes et réparations de leur chaste! dudit Chantelle. Comme aussi, ils déclarèrent libres et franches de toutes laydes et péages toutes le* marchandises gui se conduiraient au marché de Chantelle. te jeudi tant seulement.

Si nos très-redoutés princes en ont usé si libéralement envers nous leurs très-humbles vassaux, ils y ont été amenés, il faut le dire, par une raison dont tout le monde appréciera la sagesse : les pères de famille ne trouvaient bonnement plus à marier leurs filles... tant les charges qui pesaient sur eux décourageaient les soupirants ! Ajoutons que la ville commençait à devenir déserte, les forains n'osant venir demourer audit lieu de Chantelle pour double de cheoir en danger de ladite taille (1).

L'esprit d'indépendance qui a toujours animé nos compatriotes, les porta, sous Henri II, à se racheter, d'accord avec les trois chàtellenies mentionnées tout-à-l'heure, moyennant la somme ronde de trente mille livres, uno fois payée, et la prestation annuelle de deux sols par feu qui fut appelée taille de Bourbon, autrement dit droit de bourgeoisie (2).

Henri IV, ce prince généreux qui voulait que son peuple mangeât la poule au pot, exonéra de toute redevance les habitants de Chantelle et ceux de Murât , leurs voisins (3). Dès lors, notre territoire devint lieu de franchise et conférait la liberté à tout individu qui pouvait jusliûer un an et un jour de résidence au milieu de nous (4).

Notre cité était soumise au régime consulaire : c'était apparemment un reste de législation romaine. • Eu traversant la France, du septentrion au midi, dit l'historien Monteil, je ne trouvai, d'Arras à Moulins, que des échevins; à Moulins il y a des consuls, et jusqu'à l'Espagne il n'y a que des consuls. Dans les villes, les ochevins et les consuls ont à leur tôle un premier échevin ou un premier consul (5). »

Les consuls, à Chantelle, étaient au nombre de trois, choisis parmi les classes noble, bourgeoise et ouvrière. Nommés par les suffrages de leure concitoyens, leurs fonctions étaient gratuites et duraient un an. Ils ne pouvaient refuser cette marque de confiance qui leur était déférée. Ils avaient pour mission de confectionner les rôles, de régler et de surveiller les affaires financières de la ville, de réprimer certains délits de police, etc. (6). Dans les grandes circonstances, c'étaient eux qui soutenaient les droits de leurs commettants ; ils en étaient comme les députés, ou mieux encore

(li Charles d'affranchissement de la tille de Chantelle , tirées des archives de la Préfecture et de l'Holel-de-\ïUe de Moulins, pièces C et I), citées s la fin du volume.

p; Titre donné 4 Joinville, en juin 4W8; - Potier Jean et F. de Collant: - Ch. Dumoulin : - René Chopin , etc.

(3) Charte déposée au château de Veaucc.

(41 Barailon.

(5) His(. dtt Fronçu»! au XV' siècle, loin. III, page 161. {» | Jean Durci, avocat a Moulins.

comme sont aujourd'hui nos membres du conseil général : ainsi, en 1 493, époque de la révision des coutumes du Bourbonnais, voyons-nous nos consuls, réunis dans la grande salle du château ducal à Moulins, défendre chaleureusement et victorieusement nos franchises devant les gens du seigneur qui osaient les contester (I).

Le 18 mars 1520, nous trouvons réunis dans la même salle, Biaise de Charcil, seigneur de Cordebœuf, Philibert de Beaujeu, seigneur de Lynières ; pour le seigneur de Cheiselles Margot, pour les habitants de Charroux Jean Gad, pour les habitants de la ville de CharUeUe, maître Charles Barbier. A cette réunion, les habitants de la ville de Saint - Pourçain déclarèrent n'être point du Bourbonnais, mais du Pays-Bas d'Auvergne. Les consuls de Chantelle revendiquèrent , comme en 1 493 , les mêmes franchises, les mêmes privilèges. On fit droit à toutes leurs réclamations. François I", à qui fut adressé le procès-verbal des Coutumes de Bourbonnois , les confirma le 13 mars 1521, et le Parlement enregistra le tout le 20 du même mois. Que de peines n'a-t-il pas fallu à nos pères pour nous conquérir quelques maigres droits, quelques pauvres franchises t

Mais oublions toutes ces sottes et vieilles coutumes ensevelies à jamais dans les grimoires du Moyen-Age, et qui font rire de pitié un peuple enfanté à la liberté moderne. Le Code Napoléon, si simple, si concis, a remplacé les énormes in-folio , plus ou moins iudigestes, plus ou moins contradictoires. Nul privilège, nulle injustice ne sont plus possibles aujourd'hui en présence de la loi. Toutefois, ne soyons point injustes envers une époque qui a eu sa raison d'être. Le Moyen-Age a, malgré ses vices, accompli de grandes choses : n'est-ce point lui qui a peuplé nos déserts, bâti nos villes, élevé ces châteaux-forts qui, dans ces temps de brutalité sauvage, étaient pour les pauvreB vassaux un sûr asile ? Les lettres pieusément recueillies à l'ombre des coûtent», une architecture merveilleuse révélée au monde, toute la pi>ésie des troubadours , des tournois et des fêtes , les saintes pratiques de la religion universellement honorées, le nom français porté par les croisades jusqu'aux extrémités de l'orient, voilà bien, ce nous semble, quelques litres à la reconnaissance et à l'admiration des peuples

Notre siècle a une mission différente, mais non moins glorieuse ni moins belle : combiner deux éléments dont l'incarnation a été si laborieuse jusque-là, l'autorité du pouvoir et la liberté ; appliquer les brillantes découvertes du génie moderne, non seulement au bien-être matériel des peuples, mais encore et surtout à leur perfectionnement religieux et moral, telle est sa part à lui, voilà sa mission sublime. Travaillons, chacun dans notre sphère, à une œuvre si éminemment chrétienne, et la gloire de Dieu et le bonheur de l'humanité en seront le résultat providentiel.

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