‹ Histoire de ChantelleChapitre 38 sur 104 · ACTES DE BAPTÊMES · texte numérisé non relu

ACTES DE BAPTÊMES

Cette première cérémonie du chrétien se faisait toujours dans l'église primatiale de Saint-Vincent; jamais on ne la différait plus de deux ou trois jours.

L'acte se formulait ainsi : J'ai, Dieu aidant, lavé aux saints fonts du baptême , Jean ou Pierre, un seul prénom, puis le nom du père, avec tous ses titres longuement énumérés. Dans le principe, on prenait toujours deux parrains et une marraine, fort rarement un seul parrain, mais alors deux marraines. Cet usage disparut entièrement, vers ICI 5.

MM. les chanoines figuraient assez fréquemment au nombre des parrains. La raison qui se comprend assez clairement du reste, en est exprimée dans plusieurs actes : • On m'a fait l'honneur de me choisir, pour ce que je suis religieux (2). »

Le même sentiment de piété tous les jours amenait devant les fonts, les châtelains, les gouverneurs, les gens en place. C'était avec bonheur que ces chrétiens d'un autre âge se prêtaient à un semblable ministère; aux enfants des familles pauvres, ils aimaient à accorder, avec la paternité spirituelle, leur haut et puissant patronage : voilà du bon socialisme, tel qu'en a su toujours inspirer la religion !

Les prénoms, usités autrefois, rappellent nos fêtes les plus solennelles, Pasques. Toussaint, Noël. Plusieurs de ces dénominations sont devenues pour ainsi dire patronymiques, et certaines familles ne sont plus connues maintenant dans la localité que par cette appellation, donnée il y a des siècles, à leurs auteurs.

Les potits noms de femme sonneraient assez étrangement à nos oreilles : Margot. Jacqueline, Estiennette. frirbe, Pasquette , Benoiste , Gerraise, Denyse , Claude, Baslienne, Yzabiau, Guilhemet/e, Lionnette, Ruguetle, Georgelte, Emeraude.

Les noms répandus de nos jours, sont : Marie, Anne , Françoise , Marguerite . Procule, Solange, Catherine et Madeleine-, le nom de Marie, multiplié à l'infini, est très-bien porté dans toutes les conditions. Pour les hommes, c'est Gilbert d'abord, puis Antoine et Jean ; viennent en seconde ligne Pierre , Jean-Baptiste , Etienne , Nicolas, Philippe.

|l ( Ordonnance, datée de Villiers-CoUercls, août 1539. 12) 9jan»tcr IG*>

Il y a bien ça et là quoique» termes de fantaisie, pris dans les romans les plus fades: mais ils tendent à disparaître de jour en jour.

La cérémonie baptismale a toujours été une fête de famille, témoin les nombreuses signatures apposées sur nos registres. Une chose qui étonnerait, si l'on ne connaissait les saintes appréhensions de nos pères, c'est la multitude des enfants ondoyés à domicile, un dixième au moins. Cette passion d'assurer le salut du prochain comme de soi-même est traduite dans un acte du 2. r > février 1638 :

Un jeune homntt) apprit, à l'âge de seize ans, qu'il avait reçu l'eau régénératrice d'une main autre que celle du prêtre, il vint se jeter aux pieds de son confesseur et le requit, au nom de Dieu, de lut/ donner eonlantement en sa conseiance. Heureuse époque où la foi inspirait toutes les démarches, et, dans les jeunes générations, préparait ù la patrie de vertueux citoyens et de nombreux élus au ciel !

t'n seul enfant bâtard figure sur les registres do Chantellc de 1 686 à 1 61 1 , c'est-àdire en l'espace de 25 ans, et encore cet enfant avait-il été apporté d'une commune voisine. Do IGiO à 1600, dans une période de 60 ans, nos feuilles ne sont point souillées.

Ces sortes de baptême se faisaient en présence du procureur du roi. Presque toujours ces petites créatures étaient reconnues par leur père et leur mère. Lorsque cette reconnaissance légale n'avait pas eu lieu, la fille déclarait en justice quel était son séducteur, ou bien on expliquait dans l'acte sur qui devait, selon la rumeur publique, retoml>cr celle grave inculpation. Dans tous les cas, le greffier était tenu d'apporter sa déclaration personnelle au curé qui baptisait ensuite.

Plus tard, quanJ toutes ces dispositions restrictives dis|>arurenl, quand la Convention eut accordé des primes aux filles-mères, le nombre des enfants de la /uifrie, comme on les appelait alors, s'accrut d'une manière prodigieuse. Et de nos jours, n'avonsnous pas à déplorer que le frein religieux, affaibli par toutes nos révolutions, soit si impuissant à contenir les âmes dans la voie du vice ?

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