‹ Histoire de ChantelleChapitre 40 sur 104 · REGISTRES MORTUAIRES · texte numérisé non relu

REGISTRES MORTUAIRES

Les sépultures se faisaient dans trois endroits différents : à St-Nicolas, à St-Viocent et même à Cbarboulat ; on avait soin de le spécifier dans chacun des actes. C'était ordinairement à St-Nicolas, et rarement dans les autres lieux, que s'accomplissait cette funèbre cérémonie.

Ln vingtième environ de la population était enseveli dans les églises : c'étaient les religieux, les riches, les dignitaires et même les simples soldats de la garnison. .Nous avons fait la remarque que tous les militaires décédés à Chantelle, étaient enterrés avec beaucoup d'honneurs dans la collégiale de nos Géuovéfains. Quant aux employés du monastère ils étaient ordinairement placés sous le cloître.

On indiquait toujours le lieu de l'église où chaque fidèle était déposé, dans le chœur, au pied du maître autel , dans telle chapelle, devant l'autel de Monseigneur saint Pierre, en face de la balustrade, sous la chaire, vers les fonts baptismaux, etc.

Pour les cimetières, on le notait dans le cas seulement où l'on inhumait au pied de la croix. On le notait d'une manière plus précise encore, lorsque quelque épidémie forçait à enfouir les morts dans les champs et sur des points où l'on est étonné de rencontrer des débris humains.

Une teinte sévère caractérise la formule de nos actes primitifs. On exprime d'abord si le trépassé est sorti de ce monde muni des secours de la religion et les raisons qui l'en ont empêché. Si la rapidité du mal avait rendu difficile l'accomplissement de ce devoir, la famille n'en sera point pour cela justifiée. Tous les autres honneurs sont rendus au défunt; mais l'entrée de l'Eglise sera interdite à ses restes, et ce. dit-on, pour punir il" un mari, rf un pèr« ou <V une mère. In paresse, malin- . i,n indévotion.

Ces hommes rigides, si soucieux du salut de leurs paroissiens, voyez ailleurs toute lYlenduc de leur charité : après avoir éiiutnéré toutes les prières qu'ils oui faites au malade, et par e.rprès, observent-ils, l'avons assisté jusqu'à respiration uni fut arrompagnée de larmes. Quelle simplicité ! quelle narration touchante !

Dans les actes de cette première période, il n'est fait aucune mention de l'âge ; plus tard, lorsqu'on se donnera la peine de le constater, on dira naïvement : figé de que/que 25. de que/que 80 ans. Jamais de témoins, assez rarement les titres et qualités qui se développent avec tant de complaisance sur les autres registres, mais à la place quelques pensées philosophiques sur la brièveté de la vie. Puis, venaient

toujours, écrites en lettres majuscules, ces paroles, suprême adieu du cœur accompagnant le fidèle dans l'éternité :

Dieu aye merci de son asme et nous aussy ! Amen. Die» le rejme! Dieu lui fasse paix !

Dieu aye son asme en paradis '.

Les actes les plus anciens ne sont signés du curé qu'à la fin de chaque page, eu c ontenant huit ordinairement. Le nom est procédé de ces mots : tout ce que dessus, je vert if fie contenir vérité. Enfoy de ce fay siné le présent certificat.

Quand la signature des témoins a été requise, vers 1615, les gens illétré* * expliquaient pourquoi ils n'avaient apposé leur griffe : à déclaré ne saroir signer, pour oestre clerc.

A chaque page, "on retrouve les plus brèves et les plus vagues désignations: Tel jour est allé de rie à trespas, une pauvre estranyière. rien autre chose de plus. Vu pauvre petit prins en F hospital de Chantelle, la chambrière de monsir le gouverneur, le gendre de M. le Procurer du roi, un des enfants du geôlier, la femme de F apothicaire . la veuve (Voyfve) de feu il. le Prévost, un homme de Target, le métier ou le vignolant de Hir<,\irele prieur, un pèlerin de St~Jacfues. »n gentilhomme de Picardie, un soldat delà oamison, le trompette du régiment, etc.. etc. (1).

Quelquefois, on se contentait d'indiquer à la marge du livre baptismal le jour du décès, ou môme do tracer tout simplement une grande croix sur l'acte qui avait constaté la naissance.

Le genre do mort était volontiers reproduit: pour les duellistes et les suicides, c'était comme une note iufamante que l'on tenait à infliger à leur mémoire. Ici, c'est un jeune homme qui se fit broyer en passant sous les roues du moulin des Sozes (i) ; plus loin, une jeune fille eut le même sort, au inouliu des Pierres (3t : mais on observe que son pied glissa par accident sur la petite planche où elle faisait la traversée.

Là, c'est une vieille femme, trop gourmande sans doute, qui tomba du haut d'un prunier et se brisa sur le coup (4) : une autre jette dans un puits ses deux petits enfants (5) ; une troisième est frappée à la tête, par la foudre, enlour les sept heures du matin (G).

tll Voir Im actes de 1597 à 1015.

(2i j novembre 1647; le moulin, aujourd'hui ensable, vers le pon/ neuf. |3; 30 mars 4658.

H) 13 juillet 1C45 : elle était âgée de 61 jus. (5, 5 juillet 1C13.

\r„ 28 juil. 1051.

Aujourd'hui, ces» un avocat, assommé d'un coup de pierre (I) ; demain, un soldai ayaul nom de guerre Canaries, qui est tué dans un duel (2); un ca\ aller dans les fermes du roi sera bientôt trouvé mort dans l'une des rues de Chantelle (:!).

Le 12 mai 1671, un jeune seigneur, dans un guet-à-pens, reçoit vtopinfmenl un coup de pistolet qui lui traverse la gorge et T empêche de recevoir le Saint-Yiatiaue.

Le 17 août 1650, au premier ebant du coq, un marchand revenant de la foire de Clermont, est détroussé par des voleurs et lâchement assassiné par eux, au grand chemin de la croix du Pilas.

Nous ne devons pas oublier la fin tragique d'un charpentier qui, le jour de la fête de St-Antoine, son patron (4), s'avisa de travailler. Une pièce de bois lui rompit la jambe. Cette jambe fut coupée, le jour de la conversion de St-Paul, par un maître-chirurgien de l'endroit ayant nom Jean Fradc. Malgré les soins de cet habile praticien, le pauvre patient trépassa, le 29* de janvier, à l'heure de minuit.

A côté de ces morts violentes, nous en avons remarqué une bien touchante, celle du vénérable frère Yves Hervé, jésuite, demeurant depuis 22 ans dans la paroisse de Chantelle, lequel rendit son ûmc à Dieu en odeur de tainteté (a), en présence du révérend père Yel, procureur du collège de Moulins.

Son corps fut enseveli dans l'église do SainUNicolas, devant l'autel de la Vierge.

La nécrologie des personnes, attachées à la confrérie des Saintes-Héliques, est toujours longue et intéressante. MM. les chanoines du chapitre de St-Vinccnt, entourés de tous les membre» de cette pieuse association, de la famille et des amis du défunt, déployaient tout le cérémonial usité en pareille circonstance. Les obsèques de M. Michel Mignot, bourgeois de Chantelle, qui décéda avec piété et fut mis solennellement en terre, vers la grande porte de St-Nicolas, le mardi 6 novembre 171-1, sont un modèle en ce genre- Nos bons prieurs inscrivaient sur leurs registres tout ce qui leur venait à l'esprit : l'un déclare avoir mis son neveu en pension, pour lui apprendre l'art de la peinture, et ce moyennant la somme de cinquante écus pour deux ans (10 mai 1666). Un autre veut vendre le vieux calice du couvent, la patène et la petite lanterne ; il nous apprend que le tout a pesé 19 onces (16 août 1680). Cn troisième, après avoir rappelé la mort de son prédécesseur (1606\ ajoute que messieurs les habitants ont bien jterdu au change ; puis, il écrit, en grosses lettres, celte sentence :

« // faut couloir ce que Dieu veut.

Car d'aller au contraire il ne se put .' ••

il) 30 décembre 1648.

(S) 48 arril 4633.

(3) 31 mars 1739.

(4) 47 jaUTicf 1663.

13) Le 27 ma» 1762.

Plus loin, If secrétaire termine ainsi sa nomenclature mortuaire: " Grand Dieu avez pitié de votre sacristain, la bonté mesmc ! -

Au frontispice du registre baptismal de 1000. on lit cette inscription quelque peu bacchique :

« Litre des bons enfuit! s ; .S' ifs ne suit! bons, Dieu les amende. >

« Moi, frère Gabriel Giraud, boutelier du nombre suis, et serai toujours prêt <le les assister de ma pauvre petite bouteille. Pour cette année présente, le vin en est bon, et le témoignerons... »

Nos pères ne savaient rien déguiser : ils parlaient, ils écrivaient, comme ils pensaient. Chacun de ces actes est un petit tableau vivant des mœurs de l'époque.

La rédaction des aetes publies a été retirée des mains du clergé, à la fin de 1792. Le dernier acte, signé Piguot, prieur, est du 27 octobre. Il avait écrit de sa main un

préambule ainsi couru : Tan 17!»2 et le Mais l'officier civil vint et ajouta: arr/tté

/Kir lions, le 8 novembre 4192, /* an I" de la Réjniblii/ne.

C'est une curieuse métamorphose que ce qui se remarque sur nos tablettes religieuses, devenues subitement registres de C état-civil. Nous ne parlons pas des colossales fautes d'orthographe qui en émaillent les premières jwges. Avec quelle forfanterie on fait sonner les titres de citoyen et de citoyenne ! Les plus riches bourgeois qui naguère s'intitulaient sieurs de tel ou de tel endroit, n'ajouteront plus à leur nom que In modeste qualification de cultivateurs.

Les mois inventés par la révolution, les décades, les sans-culotidcs, des noms de hèles, de plantes, ou d'instruments aratoires ont remplacé l'annco romaine en usage chez presque tous les peuples, le repos heptamérique, fixé par Dieu, les fêtes si belles, si |»oétiques de la religion.

Plus de régénération spirituelle dans notre vénérable collégiale ; maison déclare, en style matérialiste, avoir présenté, à la maison commune, un enfant mâle, ou une enfant femelle. Ce n'est plus au nom do la sainte Eglise catholique, apostolique et romaine, mais en vertu d'une loi athée, que les époux seront unis, les jours de dêcadis seulement. Et encore toutes les communes seront-elles tenues de se rendre ce jour-là, au chef-lieu de leur canton respectif, pour y entendre proclamer leurs alliances. Enfin, les morts ne dormiront plus à l'ombre de la croix, imprégnés de toutes les bénédictions de l'E.ulise ; mais un homme de la police les jettera dans la fosse, comme l'on fait de .-■■s vils animaux dé|»ourv us d'intelligence et de raison.

L u régime aussi brutal ne saurait durer longtemps. Le 10 nivôse au XIV, on trouve ces mots : arrêté le présent registre, jiar nous, Marc-Antoine Guillomet, maire de In ri/le </c Cluintelle. Dès le lendemain, le 1" janvier 180(5, reviennent les dénominations, si chères aux peuples. On respire à son aise, on sent qu'à une époque de, terreur, ont succédé tics jours de calme et de rénovation, tant pour la société civile que pour la société religieuse.

Page 1