PRIÈRES ET CHANTS POPULAIRES
Le peuple a un répertoire d'anciennes formules, remplies de naïveté, quelquefois peu intelligibles, témoin celle-ci qui est récitée publiquement dans presque tous les ménages. Elle est intitulée: Or à Dieu, c'est-à-dire, prières à Dieu, orationes ad Dettm.
Donnons, donnons du pain à Dieu, Nous apprendrons les Or'-à-Dùs.
Les Or'-à-Dieu de Notre Seigneur.
Je l'ai vu vivre, je l'ai vu mort.
Je l'ai vu vivre après sa mort; Sa mort, sa mort qu'était si belle, Qu'elle éclairait comme petitp chandelle.
Comme petite chandelle qu'était du Ciel ; Qu'elle éclairait comme une étoile.
Bonne Vierge Marie allait devant, Plaignant son fils, montrant son sang.
Regardcz-donc, mes braves gens ; Ah ! que de peines, que de tourments !
(t) Actes de mariage, 1" cahier.
ït
J'ai plus de peine pour un des vôtres.
Qu'où z'en avez tretous pour moi ;
Et tes enfants n'ont pas sept ans,
Qu'on les entend ces petits méchants
Jurant la mort, jurant le sang,
Jurant la mort de notre enfant.
Les perc et mère en souffriront.
Les pots d'enfer en bouilliront ;
Les pots d'enfer sont si profonds.
Qu'une pierre bénie porterait pas au fond.
0 quinze jours ! 0 quinze nuits !
0 quinze vendredis bénis !
Bénissez qui qu'ma nourri,
Les Or'-à-Dieu qui qu'ma t'appris.
0 qui lés sait et qui les dit,
Mettre son âme en Paradis !
0 qui les sait, qui les d'apprend.
Mettra son âme en grand tourment.
Il existe une variante Je cette curieuse prière ; le début est ainsi fait :
. Les Or -à-Dieu qu'ont fit le jour, qu'ont fit la nuit, qu'ont fit l'étoile du point du jour . . . «
Dans le milieu on vous montre :
« La petite alouette qni est dans son nid Qui chante le nom de Jésus-Christ. »
Enûti, elle se termine par cette encourageante promesse :
.. Ceux qui sauront les Or-à-Dicu passeront sur une petite planche, pas plus large, pas plus étroite qu'un cheveu de téte. «
Le > oyageur prie le bon saint Hubert glorieux dont Dieu est amoureux, de le préserver de quatre choses, i/e /" ennemi, Je la surent, du chien et du loup qui courent les champs.
La bonne femme se signe, en disant :
" Eau bénite, je te prends Sur mon corps et mon sang ; Si la mort me surprend.
Sers-moi de sacrements. »
A\ant do s'endormir, on prononce ces paroles :
" Quand je me couche, je me couche au nom du bon Jésus. Quatre anges sont dans mon lit, deux vers ma téte, deux vers mes pieds, la Sainte-Croix par le milieu. Je prends le bon Dieu pour mon pére. la sainte Vierge pour ma mère, saint Joseph pour mon parrain, sainte Anne pour
ma marraine. Je prie ces bons Saints, quand jo mourrai, de conduire mon âme en Paradis, s'il plaitaDicu. »
La passion a quoique chose de pittoresque et d'émouvant. La sainte Vierge cherchant son fils par les rues de Jérusalem, trouvo une dame résolue qui lui fait la description de toutes les scènes dont elle a été témoin :
« Ils ont pris noire Seigneur, ils l'ont monté par la montée du calvaire, par un petit chemin qui était tout de pierres. — Notre Seigneur est tombé ; ils l'ont bien relevé, niais à coup de fouets et de bâtons. — Une faiblesse a pris Notre Seigneur : il a demandé â boire ; on lui a présenté un mauvais breuvage de fiel de crapauds et de serpents ...»
La pieuse narration se termine de la sorte :
• Si vous avez des petits enfants â votre compagnie, et qui savent celte prière et qu'ils la disent, le soir en se couchant, le matin en se levant, tant de péchés qu'ils auraient commis qu'il y a de grains de sel dans la mer, jamais la Paradis ne leur sera refusé. >•
Ce serait ici le lieu de joindre quelques chants populaires, très-profondément enracinés dans le pays. La plupart, à quelques variantes près, ont été reproduits dans Y Ancien Bourbonnais. C'est la Mia la letle, pastorale qui annuellement revient avec les fleurs du printemps. Nos bergères, dans un piquant dialogue, se demandent où elles iront aux champs cueillir le blanc muguet, et n'osent avouer à qui est destiné le précieux bouquet.
Au mois de juiu, la chanson devient mélancolique, il y a des larmes dans la voix :
« Ah 1 Vclchi la Saint-Jean, Adieu donc, ma camarade ; Ah ! Vetchi la Saint-Jean, Grand dcspartUseinent ! »
Pendant les longues soirées d'hiver, la ballade, la complainte, de petits drames militaires retentissent au foyer champêtre. Le grillon ne manque jamais de faire chorus du fond de la retraite où il est caché.
La jolie fille de la Garde (1) revient souvent à a bouche de nos jeunes villageoises. Avec beaucoup de tact, elles s'arrêtent à ces paroles qui conservent à cette petite pièce tout son parfum moral :
<■■ J'ai fait trois jours la morte.
Pour mou honneur garder. *
(0 Ballade publie* par Achille Allier.