‹ Histoire de ChantelleChapitre 98 sur 104 · MORIO · texte numérisé non relu

MORIO

Les Mono sont originaires de Florence.

Outre que la désinence de leur nom n'appartient |K>iut évidemment à la langue française, des notes anciennes et très circonstanciées, conservées chez M. Morio, notaire à Lonne (Nièvre), établissent d'une manière précise les faits suivants :

La famille Morio occupait à Florence, dans les conseils de l'Etat, un rang distingué. Mais elle était opposée aux Médicis et contribua fortement à leur expulsion, vers l'an 1500. Aussi, l'orsqu 'après la mort de Gaston de Foix, duc de Nemours, les Français furent chassés de l'Italie, et que Jules II eut rétabli les Médicis, la famille Morio subit de nombreuses persécutions. L'un des membres de cette famille venait de se marier à Verceil. 11 parvint à se réfugier dans le pays de sa femme, puis joignit l'armée française que la Trémnuille conduisait à la conquête du Milanais. H était homme d'armes, attaché, non au connétable de Bourbon, mais à son frère François. Celui-ci fut tué à la bataille de Marignan. La tradition rapporte que cet aïeul des Morio avait fait pour le dégager des efforts surhumains. Ces efforts furent remarqués du connétable qui reporta sur ce brave toute l'amitié que lui avait vouée son frère. L'officier Morio vint donc en France à la suite du connétable, et s'établit avec sa femme au château de Chantelle. La, ils vivaient heuroux, comblés de biens et de faveurs. Madame Morio venait de mettre au monde un (ils. La nuit mûme qui suivit ses couches, Bourbon, fuyant la colère du roi, arrivait de Lapalisse à Chantelle, accompagné d'un seul serviteur nommé Pompérant.

Celui qui s'était donné au connétable dans les jours brillants, ne l'abandonna point dans ses jours mauvais. Il n'hésita pas à laisser à Chantelle un enfant au berceau, une épouse malade , pour accompagner son bienfaiteur dans l'aventureuse expédition qui devait leur être à tous les deux fatale.

Sous les murs de l'ingrate cité qui l'avait vu naître, Morio donna une preuve éclatante de l'attachement que l'on doit toujours porter à son pays. On délibérait dans le conseil du prince, si avant d'aborder à Rome il ne conviendrait pas d'attaquer Florence pour la punir de l'alliance qu'elle venait de contracter avec les Français. Florence prise, Morio rentrait dans tous ses biens, dans toutes ses dignités; mais il était à craindre qu'il n'advint à celte ville des arts ce qui advint bientôt a la capitale du monde chrétien, lo sac et une ruino entière. Ce danger était évident ; car l'armée

H) Aura» ftodau*; — Anh del'Emp., art. bel cl «igneurie de l'AieliiT, ann. 4717, p. 5St.

du colère Bourbon était composée de hordes indisciplinées que l'on ne retenait sous les drapeaux qu'avec la promesse de leur livrer en pillage la ville qui serait la première conquise. Touché des maux qu'il prévoyait pour une patrie dont il avait cependant si énormément à se plaindre, Morio plaida généreusement en faveur de Florence, l'armée passa outre et marcha droit sur Rome. C'est là qu'il fut tué sur la brèche en défendant son maître.

Ijh nouvelle de sa mort ne parvint que deux ou trois années après à Chan telle. Mais pendant cet intervalle, la vengeance de François 1" avait fait bien des victimes. Enveloppée dans la disgrâce de ceux qui avaient favorisé le transfuge Bourbon, la dame Morio mourut à Chantclle, quelques jours après avoir mis au monde son premier enfant. Mais le ciel n'abandonne jamais ceux que frappe aussi cruellement la fortune; ce pauvre petit orphelin fut iramédiatemBnt recueilli par une famille d'honnêtes ouvriers appelés Cavi ou Davi. Leur maison était dans le quartier de Saint-Nicolas, à l'angle à droite de la rue qui de Bourgneuf monte à l'église.

Le fils du -Florentin, laissé à Chanlelle, ne fut jamais réclamé. On ignorait probablement son existence. D'ailleurs, tous les membres de sa famille étaient depuis longtemps proscrits et dispersés. Demeuré seul, dans un pays qui lui était étranger, il vit briser la carrière brillante qui s'ouvrait devant lui. Mais les braves gens qui l'avaient recueilli, continuèrent leur œuvre du cœur. N'ayant point d'enfants, ils l'adoptèrent et en firent leur héritier. Entre autres biens qu'ils lui léguèrent, ils lui avaient acheté une belle et vaBte habitation, à Bourgneuf. celle qui a été le berceau de toute la famille.

Le jeune Morio grandit, et protégé plus tard par les maisons nobles qui avaient connu son père, il fit un établissement convenable et perpétua sa descendance |>armi nous. Le nom de cette famille est ici donné à un champ que tout le monde appelle le pré Morio ; comme aussi une langue de terre boisée sur la Boublc est file Morio. C'est de cette dernière propriété que le plus jeune des généraux qu'a produits Chantelle a reçu le nom de fantaisie qui le distinguait de ses frères.

Il existe nombre de personnes «'appelant Morio à Florence. Tendant les guerres de la République, notre compatriote, Morio aîné, alors colonel du génie, fut chargé du commandement militaire de cette place. Il remarqua que plusieurs des familles notables portaient le même nom que lui. On reuouvela une pareulé interrompue depuis trois siècles. Il fallut que monsieur le gouverneur quittât son hôtel et vînt loger chez un de ses illustres homonymes. Le Morio de Chanlelle ne pouvait plus se séparer des Morio de Florence. Pendant un mois, il fut là reçu et traité, non point tomme un étranger, mais comme le fils do la maison, comme un membre de la famille.

PKTIT.

Quatre familles forment aujourd'hui le noyau de la bourgeoisie de Chantelle, les familles Morio, Petit, Mignol et Lartaud.

Maître Gilbert Petit était, en 1 G4 5, procureur pour le roi en la châtellenie de Chantelle. M. Antoine Petit a été le premier juge de paix du canton de Chantelle. Son fil» René-Germain, lui a succédé et en a, jusqu'en 1815, exercé les fonctions. Il avait été préalablement à la tète de la municipalité. Ses concitoyens vantent encore ses talents administratifs, son esprit de sagesse et de conciliation.

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