CHAPITRE I
RAPPORTS DE l'BISTOIRE DP CHARLES • ÉDOCiOkD ATEC L'HISTOIRE GÉRÉRALE. — DE
l'Ecosse avant 1057. anciens rois d'écosse. — usurpation de hacreth, — restauration de mai^olh canmore.
La dynastie des Stuarts s'est éteinte dans la proscription et Fexil , après avoir donné neuf souverains à rÉcosse indépendante , et six aux royaumes réunis de la Grande-Bretagne. Il ne reste plus d'eux que ce nom deSTUART, texte fécond d'allusions politiques, jeté souvent par les partis à la téte des rois comme une leçon menaçante , et rappelé aux peuples comme un témoignage de la force toujours jeune de Topi-r niou 9 qui dominé tous les principes ^ tous les souvenirs, toutes les institutions monarchiques ou républicaines, toutes les légitimités. Cette dynastie a eu ses titres de gloire comme ses faiblesses , ses
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princes patriotes comme sei princes contempteurs des lois ; son sang avait coulé sur le champ de bataille avant d'être versé sur Téchafaud. Sans doute les flatteurs ne lui manquèrent pas aux jours de sa puissance, mais, en retour, elle a été sévèrement jugée dans son abaissement. L'esprit de pai*ti et la haine d*une dynastie riche de ses dépouilles exagérèrent longtemps ses tort$, et la calomnièrent jusque dans le prince chevaleresque qui, le dernier, mit l'épée à la main pour la défense des droits de sa famille. 11 est enfin permis à l'histoire d'être plus juste à l'égard de Charles-Edouard. Mais, quelles que fussent les qualités personnelles de ce prince , quelque intérêt qu'excitent sa courageuse tentative et ses romanesques aventures après sa défaite, les événements de 1745 ne seraient qu'un court épisode de l'histoire delà Grande-^Bretagne , si nous ne pou* vions considérer Charles-Édouard moins comme le représentant d'une dynastie déchue que comme le champion de l'Écosse elle-même , jalouse de reprendre son rang parmi les nations. Il n'est plus possible de ne voir autour du petit^fils de Jacques II qu'une poignée de rebelles faisant une pointe jusqn'k trente lieues de Londres. Pour apprécier toutes ses chances de succès, il faut compter aussi ce qu'il avait avec lui de forces morales; il faut connatti*e ce que va« laient encore à cette époque, dans les coeurs écossais^ la mémoire de quatre siècles d'hostilités entre les deux pays, et la vue de cette bannière de Wallace et de Bruce qui, effaçant Taffront de Vunion^ associait la vieille indépendance nationale à la restauration des Stuarts. L'expédition de 1745 fut en effet le terme
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de celte alternative d'invasions qui, depuis le temps des trois Édouard, conduisaient tour à tour l'Écosse en armes au sein de l'Angleterre, et l'Angleterre au i»ein de l'Écosse.
Ces invasions continuelles avaient été plus que des querelles de voisinage. Avec le rôle que l'Angleterre a toujours prétendu jouer sur le continent, ses guerres avec rÉcosse intéressaient le reste de l'Europe. La France le savait bien , et ce fut souvent la France elle-même que les Anglais allèrent chercher et combattre sur l'un et l'autre bord de la Tweed.
L'ancienne lutte de l'Angleterre et de l'Écosse, rattachée à la contre -révolution tentée par Charles- Ëdonard, comprend une longue suite de batailles et de négociations qui appartiennent souvent à l'histoire générale de l'Europe : notre but est d'en rapprocher ici les traits saillants , en nous aidant^es chroniques el des traditions populaires, pour conserver, autant que possible, aux scènes qui se succèdent dans ce tableau, la naïveté et la couleur de chaque époque.
L'Écosse, appelée quelquefois aussi North-Britairiy fait partie de Tile appelée Grande-Bretagne; mais elle diffère de l'Angleterre proprement dite par son aspect topographique autant que par la physionomie et les mœurs de ses habitants. L'Angleterre, à l'exception de quelques-uns de ses comtés, est généralement un pays de plaines relativement à l'Écosse, qui présente presque partout une surface montagneuse. L'Angleterre ressemble à un riche parc on jardin partagé en
compartiments symétriques, dont la variété même appartient au dessin de la culture : il n'y a, encore aujourd'hui, qu'un tiers de l'Écosse qui soit cultivé; les bruyères régnent partout ailleurs pour unique verdure , et le vallon le plus riant a pour remparts des rochers en apparence inaccessibles.
L'Écosse se divise en deux régions bien distinctes , les Lowlands , ou Basses-Teries , Bas-Pays , Basse-* Ecosse 9 et les Highlamls^ ou Hautes-Terres, Haut^ Pays, Haute-Écosse. Entre l'Anglelerre et les Lowlands, la dissemblance est moins sensible. Des deux rives de la Tweed, les habitants des deux royaumes peuvent se donner la main ; mais là aussi une ligne de démarcation avait été tracée profondément par l'animosité nationale (i).
C'était là le Border (ou frontière) habité par ces maraudeurs qui*étaienl Favant-garde permanente des deux peuples, et qui, ne vivant que de pillage, n'avaient d'autre occupation que la guerre. La population de l'intérieur des Lowlands se trouvait comme pressée entre les Borderers belliqueux et les clans à demi barbares des Highlands : ceux-ci , affectant quelquefois de confondre leurs voisins avec les Anglais, se regardaient comme les descendants des premiers propriétaires du sol, qui, repoussés par la conquête derrière les montagpes , leur avaient légué, comme un héritage légitime, le droit de vivre aux dépens des conquérants. Le lien commun des
(i) Il est peut-être assez singulier que TArioste compare le golfe et la montagne qui servaient de défense au domaine de Logistille contre les empiétements d'Alcine à la rivière de la Tweed , qui sé-pare l'Écosse de l'Angleterre. (Roland Furieux, ch. yi.)
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diverses races de la population d'Écosse était , en temps de guerre^ la haine contre les Anglais, qui sus* pendait pour un moment toutes les autres.
L'Ecosse de nos jours n'a conservé que quelques traits généraux de l'aspect de l'ancienne Ecosse : ses montagnes, ses fleuves et ses lacs ne semblent plus les mêmes. Quelques riches propriétaires, comme le duc d'Alhol, ont depuis quelques années multiplié les plantations de mélèzes sur leurs terres; mais ce ne sont plus là ces immenses forêts qui rendaient les abords du Haut-Pays si sombres et si dangereux ; là où l'élégante villa moderne ne s'est pas encore emparée du site et des pierres de la forteresse féodale, ce sont les ruines qui parent seules aujourd'hui la nudité du désert; le mouton va brouter paisiblement là où le sanglier, l'ours, le bison et le loup se ren* daient redoutables au troupeau et au berger. De vastes marais ont été aussi convertis en des plaines cultivées, où Ton ne retrouverait plus les traces de ces sentiers connus de Wallace et de Bruce, qui y bravaient, après leurs défaites, la lourde cavalerie des Anglais. Enfin, on chercherait vainement à vérifief" les récits de ces vieux chroniqueurs qui rencontraient à chaque pas une chapelle ou un château, une abbaye ou un fort royal 9 à l'abri desquels vivaient, moyennant une faible redevance , les habitants de quelques cabanes formant un hameau. V union des deux couronnes d'abord, et des deux royaumes ensuite, a fait peu à peu disparaître ces citadelles estimées imprenables. Les guerres religieuses avaient déjà détruit les édifices ecclésiastiques les plus vénérés. Naturellement aussi les villes , filles de l'industrie , se sont agrandies :
quelqaes-unes de celles^i , par le progrès rapide des manufactures et du commerce extérieur, sont devenues plus considérables que la capitale.
La physionomie distincte des races primitives a vu aussi ses traits caractéristiques s'efiacer peu à peu. L'occupation de l'Écosse par les Romains, qui avait commencé en l'année 80, dura près de quatre siècles. Sous les ordres d'Âgricola, les légions s'établirent dans des camps, entreprirent des routes et fondèrent des stations ou même des villes , comme l'atteste un autel de Jupiter conservé au musée d'Édimbourg. Mais des races indomptables résistèrent toujours par delà les montagnes au double ascendant de la conquête et de la civilisation romaines : l'aigle des empereurs dut renoncer à planer sur la chaine des Grampians. Il fallut restreindre deux fois les limites de la province régulière de Valentia, comme les Romains appelèrent l'Écosse méridionale, et les protéger par une muraille j^ée en travers de l'ile.
Les tribus sauvages, horribiles ultimique Britanniy qui bravèrent ainsi les Romains jusqu'en [\%% , tribus assez semblables' à ces Indiens tatoués que leurs descendants civilisés trouvèrent dans l'Amérique du Nord, formaient à ce qu'il parait deux races distinctes, les Meates, ou Rretons méditerranéens, et les Bretons CALiooNiENS, ainsi désignés parce qu'ils habitaient la forêt de Calydclon , mot du dialecte celte d'où l'on a fait dériver le nom de Calédonie. Une troisième race , celle des Pietés , ne parait que dims le troisième siècle , et quelques auteurs an font une peuplade survenue tout à coup de la Gothie; mais d'autres prétendent que les Pietés n'étaient qii^une
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troisième grande branche des tribus bretonnes. Quant aux Scots j autre tribu celtique ou gaélique , ils étaient d'abord venus d'Espagne eu Irlande un siècle avant d'émigrer de nouveau d'Irlande en Écosse; et, expulsés par les Pietés vers le milieu du cinquième siècle, ils revinrent, le siècle d'après, imposer définitivement leur nom à leur conquête de la province de Yalentia, comme les Francs avaient imposé le leur à la Gaule romaine. Le roi de ces Scots était Fer^s, qui serait ainsi le Pharamond de la royauté écossaise (i).
D'abord ligués avec les Pietés contre les Romaiiis^ les Scols finirent par exterminer leurs propres liés vers l'année 84o , sous la conduite de Kenneth- Mac-Alpine, le vingt-quatrième successeur de Fergus. Le nom des Pietés disparut même entièrement. Les Scots tendaient toujours à gagner du terrain sur la frontière d'Angleterre, lorsqu'ils eurent à se défendre à leur tour contre les invasions successives des Saxons, des Norwégiens, des Danois et des autres tribus Scandinaves qui descendirent directement sur les côtes d'Écosse , ou qui s'étaient substituées peu à peu aux Romains et aux Bretons sur le sol britannique. Depuis Kenneth-Mac-Alpine jusqu'à Macbeth, de 841 à io4o, quinze rois des Scots continuèrent à porter plus ou moins glorieusement le sceptre de Fergus ; mais il serait difficile de raconter leurs faitf et gestes sans se perdre dans des fictions qui n'ont
(i) Un jeune historien, Robert Stuart, vient de résumer, daiis un volume intitulé Caledonia romana, l'histoire des antiquités romaines de l'Écosse. Ce volume érudit est aussi une élégante narration : Caledonia romana^ in- 4% Edinburgh, 184 S.
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pas même reçu , comme la chronique de Macbeth , cette consécration poétique à laquelle le génie prête une autorité presque égale à celle de la véritable histoire. Nous sommes forcés de les laisser dans une sorte de nuage moins transparent que la vapeur merveilleuse à travers laquelle Shakspeare fait défiler les successeurs de Banqup , ce thane de Lochaber « de qui la maison de Stuart est issue ^ » dit le chroniqueur Hollinshed (i).
L'Écosse, comme la France, a même eu longtemps sa généalogie classique. Lorsque les rois de France descendaient de Francus , fils d'Hector, le héros de
(i) La polémique des historiens et des archéologues d'Écosse sur leur ancienne histoire a produit une bibliothèque entière de traités y de dissertations, etc. Consultez Hector Boece, Wynton, le Prieur de Lochleven , et Buchaaan : le catalogue des rois issus de Cécrops est imposant. Lorsque W^. Loyd , évêque de Saint- Asaph, dans son Histoire du gouvernement de l'Église en Angleterre et en Ecosse y osa retrancher quarante-quatre de ces monarques antérieurs à Fergus I*^ les érudits de l'autre côté de la Tweed faillirent renouveler à leur manière les anciennes guerres des deux nations. Georges Mackenzie, avocat du roi à Édimbourg [lord adçocate)^ sous Charles II, se crut obligé, par les droits de sa charge, de défendre ces quarante-quatre souverains frappés tout à coup de déchéance. « Comment souffrirais-je , s'écrie- l-il , qu'on attente aux droits et privilèges de notre couronne d'Écosse par une assertion qui vient supprimer environ trois cent trente ans de son antiquité ! »
L'investigation calme et consciencieuse de cette antiquité obscure fut commencée par le père Innés, prêtre bénédictin du collège des Écossais , à Paris. Les recherches de sir David Dalrymple (lord Hailes) éclairèrent encore les points douteux des vastes annales d'Écosse. Il faut consulter aussi Pinkerton, F. Ritson , G. Chalmers, etc.
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Troie, les rois d'Écosse avaient pour ancêtre GatKelus, fils de Cëcrops , roi d'Athènes et gendre de Pharaon, roi d'Égypte, dont il avait épousé la fille Scota. Le scepticisme moderne a effacé de l'histoire ces noms-là et bien d'autres, chers à l'imagination du moyen àgCé S'il est une tradition que nous regrettons parmi toutes celles qui sont désormais reléguées au rang des fables, c'est l'alliance jurée entre Charlemagne et le roi Achaîus, un de ces successeurs de Fergus dont les sombres portraits décorent aujourd'hui encore le palais d'Holyrood à Édimbourg.
Les annales de TÉcosse ne commencent à être appuyées par quelques témoignages historiques que sous le règne de Macbeth. Quelques-unes des scènes de la tragédie de Shakspeare sont déjà de l'histoire. Shakspeai^e a copié HoUinshed comme copiait Shakspeare. Avant de devenir roi par une usurpation sanglante, Macbeth avait plusieurs fois combattu, en vaillant capitaine, contre les Danois ou Norwégiens de la colonie Scandinave établie dans les Hébrides, et contre la grande invasion des peuples qui asservirent en ce temps-là à peu près toute l'Angleterre. Après une dernière victoire , les deux capitaines Macbeth et Banquo allaient rejoindre le roi Duncan, lorsque arriva cette étrange rencontre « qui , dit le chroniqueur, de* « vait être la cause de beaucoup de trouble dans le « royaume d'Écosse. » Macbeth et Banquo marchaient tous les deux ensemble et traversaient les bois et les champs ; au milieu d'une bruyère , « ils aperce çurent trois femmes dans un appareil étrangè, res- (( semblanj: à des créatures d'un autre monde; la « première parla , et dit : — n Salut , Macbeth , thane
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« de Glâinnii» (car il venait de succéder à celte dia gnité el à ces fonctians par la mort de son père » Sinell ). 1» La seconde dit : — « Salut ^ Macbelh , V thane de Cawder. » Mais la troisième dit : — « Safltit , a Macbeth, qui, par la suite, seras roi d'Ecosse. » — a Alors Bauquo : — « Quelle sorte de femmes^ étesa vous (dit-il), qui semblez m'étre si peu favorables, « tandis qu'à mon compagnon, outre de hautes di^ i< gnités , vous promettez aussi le royaume ? Ne ré* «t servez-vous rien pour moi?» — •« Oui, dit la pre* <r mière, nous te promettons à toi bien plus qu'à lui, K car il régnera, en elFet, mais pour une fin matheu- (K reuse, ne laissant aucune postérité pour lui succé- <c der; tandis qu'au contraire tu ne régneras pas, <c mais de toi naîtront ceux qui gouverneront le « royaume d'Écosse, par une longue suite de rois. » « Cela dit,, disparurent aossitèt les susdites femmes. « D'abord, Banquo et Macbeth n^;ardèrcnt cette oc rencontre comme quelque vaine vision; Banquo a appelait en riant Macbeth le roi d'Ecosse, et Mac- <K betby ea riai^t aussi , appelait Banquo le père de ptu« a sieurs rois> Mais ensuite ropinion cammnnefuf que « ces femmes étaient soit les sœurs fatales (weird sis-- (c ters) f ou, comme tous diriea, les déesses du destin, a soit quelques nymphes ou fées douées du don de a prophétie par leur science nécroman tique, car tout « advint comme elks avaient dit. Bientôt après, le « tbane de Cawder ayant élé condamné comme traître « au roi, ses terres, ses revenus et ses titres furent
donnés à Macbeth par la libéralité royak. »
HoUinshed nous dit comment Macbetk dissimula quelque temps encore son projet d'aider lui-même à
DU L'AnOLftTBEiat ET OÈ L^icOSSB. SI
raccomplissement du i^ste de la prédiction ^ attendant roccasion et le prétexte. Par une singulière coïncidence y qu'il est permis de remarquer au début de cette histoire^ cette usurpation, qui préparait le trône à la race des Stuarts, n'est pas sans quelque analogie .avec celle qui devait un jour le leur enlever. Macbeth, selon Hollinshed, était de la famille royale, comme Guillaume d'Orange. Si, à cette époque, les femmes eussent hérité de la couronne, il eût pu régner du chef de sa mère , fille du roi Malcolm , dont Duncan n'était que le neveu. Comme Guillaume le stathouder, Macbeth le thane avait ses griefs contre son royal parent , qui désigna d'avance son fils pour lui succéder, au mépris des éventualités qui apparte* liaient à Macbeth, car il n'y avait entre le trône d'É« coase et le thane de Cawder que des enfants en bas âge. En ces temps de trouble, ou il s'agissait de saurer si souvent non pas les libertés, mais l'indépendance du royaume, les oncles en état de régner pouvaient être légitimement préférés à leurs jeunes neveux. La femme de Macbeth ne lui apportait pas, comme celle de Guillaume , un titre d'héritage , mais elle fut la conseillère ardente qui l'encouragea k l'acte décisif : « Sa femme surtout, dit Hollinshed, le pressait vive* « ment d'oser la chose (to attempt the tking)^ étant « très-ambitieuse et enflammée d'un insatiable désir « de porter le nom de reine. »
Ënfin, Duncan est assassiné ^ Macbeth se &it proclamer Toif et va se faire couronner à Scone»Les deux fils de Duncan se réfugient l'un dans k Cund>^land , Fautre en Irlande , « craignant pour leur vie , » dit sinaplenient la chronique, qui, rendant justice à l'u-
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surpateur et attribuant aux nobles Écossais une coitiplicitë semblable à celle de Toligarchie anglaise de 16889 nous dit combien furent heureuses les. premières années de ce nouveau règne : « Pour être bref, a telles furent les dignes et royales actions de ce Mac* « beth dans l'administration du royaume^ que s'il tf fut devenu roi par des moyens légitimes e! eût con- « tinué jusqu'à la fin de son règne avec droiture et « justice comme il avait débuté , il aurait pu être « compté parmi les plus nobles princes. Il fit plusieurs a bonnes lois et utiles statuts pour le bien public de « ses sujets. »
Banquo fut sacrifié un des premiers à la jalouse défiance de Macbeth , qui voulut aussi se défaire de Fléance son fils, et ne put le faire tuer en même temps que son père. A partir de ce nouveau crime , Macbeth, dans la chronique, n'est plus qu'un tyran et un oppresseur, qui se fait craindre et haïr, qui le sait, et gouverne non plus par de bonnes lois, mais par des moyens de police : « Les rois , dit à ce pro- « pos Hollinshed , ont une vue aussi perçante que « Lynx et des oreilles aussi larges que Midas. Macce beth avait dans la maison de tout noble un agent « adroit, ou tout autre individu à lui dévoué , pour a lui révéler ce qui s'y disait et faisait; par laquelle (c politique il opprimait la plupart des nobles de son f< royaume. »
Macduff, un de ces nobles opprimés, se décide enfin à aller en Angleterre chercher Malcolm, le fils de Duncan , l'héritier légitime. La scène par laquelle s'ouvre ce drame ancien d'une restauration n'est certes pas plus intéressante dans la tragédie que dans la chro-
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nique : HoIIinshed et Shakspeare mettent à peu près les mêmes paroles dans la bouche de ce jeune prince, qui se demande combien durera cette espérance de bonheur que FÉcosse attache au retour de l'héritier légitime; et si un jour ces fidèles sujets, qui détestent si cordialement l'usurpateur, ne tourneront pas vers celui-ci un regard plein d'amers regrets. Malcolm parlait surtout ainsi parce qu'il ue*savait pas jusqu'à quel point il pouvait se fier à Macduff : «Je suis vraiment a affligé, lui dit-il, des misères de mon pays d'Écosse; <( mais, quoique, dans mon affection pour lui, je fusse « très-porté à le délivrer, cependant, en raison de €c certains vices incurables qui régnent en moi, je n'y « suis nullement propre. D'abord, telle est ma soif « immodérée de luxure et de voluptés sensuelles « ( abominable source de tout vice), que si j'étais fait « roi des Scots, je ne respecterais ni jeunes filles ni « matrones; de telle sorte que mon intempérance « vous serait plus insupportable que ne vous l'est à «c présent la sanguinaire tyrannie de Macbeth. » — « Sur quoi Macduff répondit : « C'est un très -odieux « vice assurément , car maints nobles princes et rois « ont perdu par là leur royaume et leur vie. Toutefois, « il est assez de femmes en Ecosse ; suivez donc mon « conseil ; faites-vous roi : je me charge de mener les « choses si prudemment et si secrètement que vous « serez satisfait dans vos plaisirs sans qu'aucun le « sache. » — Malcolm reprit alors : « Je suis aussi « la plus avaricieuse créature de la terre; si j'étais « roi , je chercherais tant de moyens d'acquérir terres €€ et domaines que je ferais périr la plupart des wo- €< bles d'Écosse par de fausses accusations , à cette
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fc fin de jouir de leurs biens, propriétés et richesses, a Et pour vous montrer quels malheurs pourraient « fondre sur vous par le fait de mon insatiable ava- « rîce, je veux vous répéter une fable : Il y avait « un renard qui, s'étant fait une plaie, fut assailli « par un essaim de mouches , acharnées à sucer tout « son sang; un autre renard survenant lui demanda « s'il voulait qu'il chassât ces mouches : Non , ré- « pondit-41 , car celles-ci ^ bientôt repues, sont déjà ce moins avides; si vous les chassiez, d'autres plus « altérées viendraient remplacer les premières. De « même, continua Malcolm, iaissez-moi demeurer « où je suis, de peur que si je réussissais à m'emparer « du royaume , mon insatiable avarice ne vous fît « paraître bien légers les outrages dont vous vous « plaignez aujourd'hui. » — A cela répondit encore a MacdufT : «Ce vice-ci est bien pire que l'autre, « car l'avarice est la source de toute sorte de malce heurs, et ce vice est celui qui a perdu et fait périr <c la plupart de nos rois. Cependant, suivez encore « mon conseil, et acceptez la couronne : il est en « Ecosse assez de richesses et d'or pour satisfaire vos « cupides désii's. » — Alors Malcolm reprit encore : n Je suis porté à la dissimulation, à l'artifice et « au mensonge, si bien que c'est mon bonheur na- « turel de trahir et tromper ceux qui se fient à ma ce parole. Or, puisque rien ne convient à un prince « comme la constance, la vérité, la justice, et toutes « les autres vertus ennemies du mensonge, vous a voyez combien je suis inipropre à gouverner au- «I cune province , à moins qu'ayant un secret pour « habiller et couvrir tous mes autres vices, vous
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« n'en ayez un pour cacher celui-ci parmi le reste. » « Là-dessus, MacdufT : « Âh ! c'est là le pire de tous , « et je te laisse en m'écriant : Malheureux Écossais ^ « que tant de calamités accablent coup sur coup ! « Vous avez d'un côté un maudit et méchant tyran « qui , régnant sur vous sans droit ni titre , vous op- <c prime par sa cruauté sanguinaire; et de l'autre, ce- « lui qui auroit tous droits à la couronne s est si bien « imprégné de Vinconstance et des vices manifestes « des Anglais (i) qu'il n'est pas digne d'en jouir; « car, de son propre aveu, il est non-seulement (c avare et livré à une insatiable luxure, mais encore « traître si félon qu'on ne peut avoir aucune fiance a à sa parole. Âdieu , Écosse ; car désormais je me « regarde comme banni pour toujours, sans réconfort « ni consolation... (Et à ces mots d'amères larmes tom- « bèrent de ses yeux). »
Enfin , au moment où il était prêt à partir, Malcolm l'arrête par le bras, et lui dit : « Réconforte-toi, Macce du(T; je n'ai aucun de ces vices, et n'ai fait que plai- « sauter avec toi pour t'éprouver; car déjà maintes et « maintes fois Macbeth a cherché à me surprendre. « Mais plus j'ai mis de lenteur à me rendre à ta re- « quête , plus j'userai de diligence pour accomplir ce « que nous aurons résolu. » Là-dessus ils s'embrassèf< rent, promirent d'être fidèles l'un à l'autre, et se con- « sultèrent sur ce qu'ils avaient de mieux à faire. »
On remarquera plus tard la contre-partie de ce
(i ) Shakspeare a négligé ce trait de satire, pour y substituer cet admirable appel au père et à la mère de Malcolm, qui^ dit Macduff, étaient f ton père, un saint homme y et ta mère^ plus souvent à genoux que sur ses pieds, mourant chaque jour de sa vie,
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tableau à la manière antique, dans l'entrevue de Charles-Édouard et de Boisdale , à bord de la Doutelle^au moment où, comme Malcolm, le jeune prince \a arborer son étendard sur la terre d'Écosse.
Malcolm et Macduflf s'étant concertés, entrent en campagne : a Les nobles se divisent en deux fac- « lions , les uns pour eux, les autres pour Macbeth. » Après divers combats , c'est Macbeth qui a le dessous, et se voit peu à peu abandonné des siens. Il se rappelle encore la prédiction qui lui a promis qu'il régnera jusqu'à ce que la forêt de Birnam se transporte à Dunsinane. Justement il est dans le comté de Fife et au pied du château de Dunsinane, où il croit pouvoir braver tous ses ennemis. Mais Malcolm, qui Ta suivi de près, « commande à chaque homme de « son armée de prendre une grosse branche, et de « s'avancer sans bruit, pendant la nuit, derrière cette « forêt mobile. » Le matin, à cette vue, Macbeth éprouve un accès de découragement; mais du moins il est encore invulnérable, car il lui a été dit qu'il ne périrait par aucun homme né d'une femme. Avant de croiser le fer avec Macdqff , il le raille en lui racontant cette prédiction. Mais Macduff , son épée nue à la main : «On t'a prédit vrai , Macbeth ; et tes cruau- « tés vont avoir aujourd'hui une fin, car je suis celui a dont tes sorcières ont parlé , moi qui ne naquis pas « de ma mère, car elle était morte lorsqu'on m'arracha « de son sein. » — Ce disant, il se précipite sur lui et <( le tue sur placer puis lui coupant la tête, il la fixe (c au bout d'une lance et l'apporte à Malcolm. Ainsi « finit Macbeth, après a^oir régné dix-sept ans (i). » (i) Hollinshed place cet événement à la date de 1057.
DE l'AN&LBTBRBE ET DE L^lécOSSE.