LEY. ^ BATAILLE DU PONT DE BOTHWELL
L'avënement de Charles II ne fut pas accueilli avec moins d'enthousiasme en Écosse(i) qu'en Angleterre; mais l'espérance de la hation y fut encore plus cruellement trompée. L'oubli de toutes les promesses y rendit peu à peu le gouvernement odieux à tous les partis.
Les garnisons anglaises furent licenciées. Cette mesure était populaire, ainsi que celle de la destruction des forts et des citadelles : c'était reconnaître pleinement l'indépendance nationale de l'Écosse. Mais l'indépendance de l'Église presbfferienne, qui en faisait partie, n'était pas moins chère à la masse du peuple : elle avait été garantie par le traité de Bréda. Charles ne voulut pas s'en souvenir, ou plutôt il ne se souvint que des longs sermons que les pasteurs presbytériens lui avaient fait subir; et, avec une légèreté un peu cruelle, il trouva plaisant peut-être de s*en venger. Les condamnations commencèrent par les chefs dont
(i) On cita parmi les enthousiastes de la restauration la même femme qui avait jeté son banc à la tête du doyen de la cathédrale de Saint-Gilles , et qui contribua au feu de joie allumé en honneur du retour de Charles, en y jetant sa chaise et ses paniers d'étalage.
il avait eu le plus à se plaindre- Des exceptions vinrent perfidement limiter la loi d'amnistie. Le marquis d'Argyle, dont Monk trahit la correspondance, fut jugé et mis à mort. Gutlirie, prêtre enthousiaste, fut atteint également par la réaction et exécuté. Les courtisans aveugles ou intéressés de Charles lui persuadèrent que le presbytérianisme n'était plus que la religion de quelques obscurs fanatiques , et « indigne d'un gentilhomme.» Quelques ministres apostats, séduits par la faveur et les dignités, entre autres Sharp, nommé primat d'Écosse, le confirmèrent dans cette opinion. Ici encore c'était la lutte du principe d'autorité contre le principe du libre arbitre. La hiérarchie épiscopale fut décrétée, lés prélats consacrés, lesCovenants abolis, les prêtres soumis à une réélection ou remplacés; et la violence vint au secours de ce système. Le peuple ne protesta d'abord contre l'épiscopat qu'en refusant d'assister au service divin. Telle fut l'origine des. Gonventicules. «La manne avait cessé de tomber autour des temples d'Israël : » chaque dimanche, les zélés presbytériens désertaient en corps la paroisse et l'église, pour aller entendre l'ancien pasteur, d'abord dans quelque maison, ensuite en plein air, quand la maison ne pouvait plus contenir la foule. Le parlement d'Écosse avait été assemblé, mais des élections illégales en avaient fait un parlement servile : d'ailleurs, le gouvernement résidait dans un conseil privé que présida d'abord Middleton , agent odieux de la tyrannie, et après lui Lauderdale, homme ambitieux, jadis attaché au Co venant, aujourd'hui dévoué à l'Épiscopat; autrefois partisan de la modération, mais violent et sanguinaire dès qu'il fut
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convaincu que c'était le meilleur moyen de faire sa cour.
La proscription devint de plus en plus sévère contre les prédicateurs et leurs adhérents. Les amendes atteignirent les riches; les exécutions militaires, toutes les classes. La crainte, d'abord supposée, bientôt réelle, d'une insurrection, fut un motif pour augmenter le nombre des troupes : les réfractaires furent dragormés {dragooned), expression qui, devenue historique en Écosse, rappelle à la fois les fameux dragons de Claverhouse, et les missionnaires non moins redoutés des Cévennes en France. L'insurrection éclata enfin dans les provinces de l'ouest. Un pauvre vieillard des environs de Dumfries avait été arrêté, ne pouvant payer l'amende de l'Église; il était étendu parterre et garrotté, pour être conduit en prison. Les paysans, indignés de ce traitement barbare, désarmèrent les soldats. Cet acte, nullement prémédité, fut suivi de la peur du châtiment; la guerre seule pouvait en préserver les coupables : ils crièrent aux irmes. Les fugitifs des marais et des montagnes s-'unirent à eux, et formèi'ent une armée de deux mille hommes commandée par deux officiers obscurs , Learmont et Wallace. Cette première flamme de révolte fut éteinte au combat de Pentland-Hill, si célèbre par les ballades populaires. Mais les précautions violentes du gouvernement redoublèrent, et les prédicateurs continuèrent à protester contre «les impiétés d'Achab. » On prétendit les ramener par un prétendu décret de tolérance (acte d indulgence). Quelques-uns consentirent à être tolérés; mais ils furent traités d'Erastienspar les autres, et comparés injurieusement à
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des chiens muets, incapables d'aboyer. La «voix du désert» avait seule de la puissance; elle retentit bientôt plus haut que jamais : on y répondit par de nouvelles rigueurs. Lauderdale comprit qu'il avait besoin d'une armée permanente, et appela aux armes six mille Highlanders , auxquels furent livrés les comtés de l'ouest comme un pays conquis. Le pillage, les déprédations de toute espèce et les actes les plus atroces achevèrent d'exaspérer la population, contre laquelle il avait été si facile de réveiller les anciens ressentiments des montagnards.
Une humble pétition fut portée à Londres et repoussée : cependant on fit rentrer les Highlanders dans leurs montagnes, où ils emportèrent leur butin ; et il ne resta plus que cinq mille hommes de troupes réglées, pour exploiter paisiblement la terreur causée par leur invasion.
Une nouvelle insurrection devint une vraie guerre civile, qui commença par la défaite des soldats royalistes à Loudon-Hill , et finit par la déroute des Whigs au pont de Bothwell. Ce sont ces deux combats que le romancier de l'Écosse moderne a célébrés en poète dans le roman épique à'Old-Mortalitjii) ^ dont les héros sont Balfour de Burley, Claverhouse , devenu depuis comte de Dundee, et le beau Monmouth, le (ils naturel de Charles, qui avait épousé la fille du duc de Buccleugh , la plus riche héritière d'Écosse,
Monmouth, jeune prince qui cherchait à se faire une popularité, désirait épargner le sang; il fit promettre quartier à tous ceux qui le demanderaient, ce
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qui lui attira les reproches des exaltés parmi les royalistes. Il fut heureux pour les insurgés que la bataille du pont de Bothwell ne fût pas livrée un jour plus tard 9 quand le vieux Dalziell, bien digne de partager avec Claverhouse la haine et la crainte que celui-ci inspirait aux Whigs, arriva dans le camp, porteur d'une commission qui ôtait le commandement Monmouth pour le lui transférer. On dit qu'il reprocha publiquement au duc son excessive douceur. «A votre place, dit-il, j'aurais empêché ces coquins de jamais troubler le pays.» Cependant, malgré les ordres du duc, la cavalerie fit un grand carnage des fuyards, dont quatre cents fui'ent tués; et Claverhouse vengea cruellement la mort du cornette, son parent, tué à Loudon-Hill.
Monmouth, rappelé à Londres, supplia le roi d'user de clémence. Mais le monarque préféra écouter Lauderdale, à qui resta confié le gouvernement de l'Écosse. «Croyez, dit-il, que Lauderdale agit par mes ordres et dans mon intérêt.» Charles était trompé, car l'intérêt d'un roi n'est jamais d'être barbare; mais il redoutait toujours le principe démocratique contenu dans le presbytérianisme. Le duc d'York, envoyé à Edimbourg à la place de Monmouth, fit suspendre les exécutions militaires. Ce prince, proscrit lui-même, et exilé en quelque sorte à cause de sa religion , répugnait à une persécution religieuse. Plus tard, lorsqu'il fut sur le trône, ce fut même au nom de la tolérance qu'il admit les catholiques aux emplois : il prétendait, en abolissant les lois du test, servir à la fois la liberté de conscience et les autres libertés du pays. Peut-être aussi le duc d'York avait-il dès
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lors une arrière-pensée de contre-révolution. Soit humanité , soit politique, il se montra ennemi de toute réaction, impartial entre les diverses sectes, affable pour tous les partis. Il se rendit par là agréable à toutes les classes, mais il gagna surtout l'aristocratie des villes et les chefs des montagnards, dont la fierté fut sensible à ses prévenances. 11 habitait le château d'Holyrood, et sa promenade de prédilection était dans le parc voisin, qui a retenu son nom.
Il fut rappelé au bout de trois mois, et les rigueurs qu'il avait suspendues reprirent leur cours. Alors naquit la secte des Caméroniens, ainsi nommée de Caméron, un des chefs échappés au massacre de Bothwell-bridge. Cette secte se mit en révolte ouverte contre l'autorité royale, en déclarant qu'elle ne reconnaitrait qu'un roi qui aurait souscrit au Co venant.
Le duc d*York, renvoyé de nouveau en Ecosse, y revint sans doute avec des instructions plus sévères, ou qu'il n'éluda plus comme la première fois. Toute sa politique se trouva changée : on eût dit qu'il se reprochait d'avoir favorisé par sa tolérance la naissance de cette nouvelle secte, qui débutait par tant de violence et de fanatisme : il fut violent et fanatique comme elle, répondant à la révolte par la persécution. On ne peut cependant attribuer encore cette conduite nouvelle à cet esprit de prosélytisme catholique qui lui fit plus tard rêver la conversion de ses trois royaumes. Le duc d'York associait seulement sa pensée à celle du conseil privé d'Écosse , qui se trouvait fatalement l'expression des rancunes épiscopales et des rancunes anglaises. La persécution, d'ailleurs, ne s'arrêta pas aux Caméroniens rebelles. A la puni-
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tion des coupables, on ajouta bientôt les menaces contre les suspects. Une conspiration découverte prouva 9 il est vrai, que plusieurs seigneurs ou grands propriétaires étaient aussi hostiles au gouvernement que ces pauvres habitants de la campagne, égarés par les doctrines de Caméron. Des noms illustres ou vénérés, ceux d'Argyle, de Baillie de Jarviswood, de Patrick Hume, figurèrent sur la liste des proscrits. La guerre civile n'était pas loin, lorsque le duc d'York fut rappelé à Londres par son frère, dont la santé déclinait ^ et qui mourut d'une attaque d'apoplexie le 6 février i685.
II serait injuste peut-être de juger Charles II par la tyrannie de son gouvernement en Écosse; car, en Angleterre, il fut despote, mais non tyran. Son égoïsme et sa légèreté le livrèrent tour à tour aux conseils les plus opposés; mais il y avait en lui du roi débonnaire. En religion, son indifférence ne pouvait en faire un prince intolérant : si, sur ses derniers jours, il se convertit au dogme catholique, ce fut plutôt en cédant à l'obsession de son entourage qu'à sa conviction (i).
(i) Voyez , sur ce règne , les histoires de MM. Mazure , Guizot, etc.
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