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Si Gharles-Édou£ird n'avait écouté qâe son courage^ il aurait marché sur Londres après la défaîte de Cope j l'arrivée des premiers secours de la France, quelque peu considérables qu'ils fussent, suffit pour le ramener à cette résolution.
En même temps qu'il écrivait à son père, après l'affaire de Preston-Pans, le prince n'avait pas négligé d'envoyer un agent particulier (i) à la
(i) M. Kelly, compromb dans plusieurs complots , et reveou en Ecosse en même temps que le prince.
OR CUÀaLE&-£OOUARD. 87
cour de Louis XV y afio d'y prussier TcxécutiQU des promes$.es des ministres du roi. Grandi de toute la gloire de ses succès ^ maître de toute l'Ecosse^ à Tezception de quelques citadelles, Charles-Edouard pouvait invoquer pour lui le^ propres intérêts de la France autant que sa gé«* nérosité. On comprit ep effet dansée cabinet de
Versailles toute l'importance de la diversion que l'audace de Charles venait d'opérer en notr^ faveur; mais on en profita dans les Pays-^Bas, sans faire pour le petit-fils de Jacques II les efforts qui auraient consolidé s^ avantages et accompli le vœu de Louis XIV mourantipour les Stuarts. *
L'occupatien d'Edimbourg par les Higblanders y en forçant le roi Georges de rappeler ^e partie de ses troupes du tontîpeot y influait de loin sur la prise de Bruxelles par le maféçhal de $axe* U eût été digne de la Frapce d'oppoçtf en Angleterre quelques uq^ de se$ régimeiiU aux vétérans et aux troupes de Hesse, qu§ le duc de Cumberland enlevait à l'armée ^.nglaise de^Pays* Bas. Charles-^çldouard evit Jie malheur d'avoir pour alliée une cour ou les corruptions de la régence portaient leurs fruits^ depuis la mort d'une favorite qui avait du moins cherché «i se faire pardonner l'amour du roi en lui inspirant
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en même temps l'amour de la gloire. C'était déjà trop des lauriers de Maurice pour cette cour de Versailles abaissée aux petites proportions d'un boudoir , et Kvrée aux intrigues du commencement d'une maîtresse nouvelle. Tout ce qui exigeait une attention trop soutenue au dehors effrayait des tninistres occupés à flatter la grandeur naissante de madame de Pompadour^ ou à se défendre contre ses caprices. Le goût des dissipations et de là frivolité, l'art de saisir de préférence le côté plaisant ou malin des objets^ l'habitude de voir partout le ridicule, le talent de l'intrigue devenu celui des aflfaires, ne peuvent que rapetisser l'h(fmme d'état. Où était désormais cet honneur français qui'a tant de fois co^ipromis nos intérêts eiï politique^ mais qui, en cette circonstance, devait être notre meilleur conseiller?
Madanje de Pompadour dirigeait en même temps le ministère de Louis XV et les voluptueuses fêtes de'Choisy (i). Au comte de Maurepas, alors encore en faveur, fut renvoyé l'examen des dépêches d^Ecosse. Le comte, moitié légèreté naturelle, moitié défiance, n'accorda qu'une attention secondaire aux événements qui
(i) HîVer de 1745 à iy^6.
se passaient daos la Grande-Bretagne. Au lieu de frapper un coup décisif^ il jugea plus prudent ^'envojer à la découverte un agent diplomatique, pendant qu'il ferait quelque bruit des préparatifs, ou plutôt de la menace d^une invasion. Le &meux duc de Richelieu, FAlcibiade de Voltaire , sollicitait un commandement ; il fut désigné pour général en chef des troupes qui devaient /embarquer à Dunkerquc avec le duc d^Tork. En attendant que cette expédition pût mettre à la voile , le marquis d'Aiguilles, accrédité auprès du prince régent des trois royaumes, reçut la permission d'équiper à la hâte un. premier bâtiment, pour porter aux Jacobites quelques secours d'argent et d'armes, avec les promesses officielles de la France, Voltaire, alors, cherchait a se rendre utile aux ministres ; ce fut lui qui rédigea la déclaration de Sa Majesté Très Chrétienne, ou plutôt du duc de Richelieu.
MAKIFESTB^DU ROk DB FRANCE EN FAVEUR DU PRINCE CHARLES-ÉboUARD. ,
(f Lesérénissime prince Charles-Edouard ayant débarqué dans la Grande-Bretagne sans autre secours que son courage , et toutes ses actions lui ayant acquis l'admiration de TEuropc et les
cœurs d^ tous les véritables Anglais ^ le roi de France a pensé comme eux. Il a cru de son devoir de secourir à la fois un prince digne du trôqe de ses ancêtres ^ et une nation généreuse dont U plus saine partie rappelle enfin le prince Charles Stuart dans sa patrie. Il n*envoie le duc de. Richelieu à la tête 4^ se^ troupes que parce que les Anglais les mieux intentionnés oat demandé cet appui ^ et il ne donne précisément que le nombre de troupes qu^on lui demande ^ prêt à les retirer dès que la nation exigera leur éloignement* S. M. , en donnant un secours si Juste^à son parent^ au fils de tant de rois^ k un prince si digne de régner, ne fait cette démarche auprès de la nation anglaise que dans, le dessein et dans l'assurance de pacifier par là l'Angleterre et l'Europe j pleinement convaincue que le sérérnissime prince Edouard met sa confiance dan;5 la bonne volonté des Anglais ; qu'il regarde leurs libertés^ le maintien de leurs lois et leur bonheur, comme le but de toutes ses entreprises^ et qu'enfin les plus grands rois d'Angleterre sont ceux qui, élevés comme lui dans l'adversité, ont mérité l'amour de la nation.
(c C'est dans ces sentiments que le roi recourt le prince qui est venu se jeter entre leurs bras, le fils de celui qui naquit l'héritier légitime des
DE CIIâRLR8*ÉDOUARD. QI
trois royswmes , le guerrier qui malgré sa valeur n'atteod que d'eux et de leurs lois la coufirmatiou de 9es droits les plus, sacrés ; qui ne peut jwiaia avoir d'intérêts que les leurs^ et dont les vertus enfin ont attendri les âmes les plus prév^ nuea contre sa cause*
« n espère qu'une telle occasion réunira deux nations qui doivent réciproquement s'estimer^ qui sont liées naturellement par les besoins mutuels 3e leur commerce , et qui dcHvent l'être ici pour les intérêts 4'un prince qui mérite les vœux de toutes les tiations.
a Le duc de Richelieu^ commandant les troupes de Sa Majesté le roi de France^ adresse cette déclaration à tous les fidèles des trois royaumes de la Grande-Bretagne , et les assure de la protection constante du roi son maître» 11 vient se joindre à l'héritier de Iqurs anciens rois , et répandre^ comme lui, son^sang pour leur service (i). »
Le comte de Maurepas autorisa tous les Irlandais ou Ecossais au service de France à partir pour l'Ecosse ; plusieurs volontaires français obtinrent aussi l'agrément du ministre pour aller joindre le prince victorieux.
C'était dépuis i56o que l'influence française
(i) Yie privée de Louis XY.
f)1 HISTOIRE
avait à jamais péri dans le royaume de cette Marie Stuart qui semblait devoir resserrer plus étroitement les liens des deux pays ; mais déjà même avant son avènement au trône de son pèrc^ avait été conclu entre les ambassadeurs de France, ceux d'Angleterre et les lords de la Congrégation^ ce traité d'Edimbourg (i) d'après lequel les troupes françaises évacuèrent l'Ecosse pour n'y plus reparaître. Ces braves défenseurs de la régente Marie de Guise , sous les ordres du*comte de Martigues, avaient glorieiyement soutenu le siège de Leitli, que Brantôme cit^ < comme un « des plus grands qui eussent été depuis qua- « rante ans aux guerres étrangères pour être la M place fort petite et peu forte, et là aussi y « estoient rassemblées toutes les forces d'Angle- « terre et d'Ecosse, le tenant si estroitement « serré par terre et par mer, qu'un rat û'y eust « sceu seulement entrer. Le siège dura si longce temps, qu'on-estoit à la fin mesme que les capi- « taines et soldats vesquirent de coquilles etmous- « clés, que la mer , quand elle se retiroit et H baissoit, laissoit sur le sable. Mais pourtant, « pour en amasser si peu qu'ils pouvoient , il faite loit attaquer de si grosses escarmouches, qu'ils
(i) 1 5Go.
DE CHlKLfiS-ÉOOUARD. f)3
« eo achetoient le manger bien cher | et par mort ce et par des blessnres et beaucoup de peines, « comme m'ont dit force soldats en mesme lieu^ ce que j'y fus deux ans après avec la reine d'£- « cosse; môndit sieur de Martigûes y acquit la ce gloire d'estre un très brave couroanel et fort a vaillant. Aussi^ avoit-ii de fort bons et braves ic capitaines, comme le jeune Sipierre qui fut « tué^ frère à ce brave M^de Sipierre^ dont la <i race est très bonne y et les greffes en doivent a être soigneusement gardées en France , comme
(c de bons fruits en un jardin Siège long et
« fasqheux pour nos gens qui estoient à l'exlré* « mité de toutes commodités , fors du boa coûte rage ^' car ils en avaient prou (i). »
Les Français qui^ prés de deux siècles après le comte de Martigûes^ vinrent se ranger sous l'étendard du dernier descendant de Marie Stuart^ ne trouvèrent pas tous les souvenirs de la France éteints en Ecosse (a). A défaut du nombre y ils y montrèrent , aussi la valeur de leur aïeux; mais trois ou quatre navires purent seuls abqrder
(i) Beâutômb, œuvres complèes , tome HT, p. 398.
(a) A trois milles d'£dimbourg[, an village porte le nom de Petite France; un autre porte celui de Montpellier.
à Montrose et à Stonehaven y portant des Aiunitions et des arme0^ un peu d'argent et quelques hommes^ officiers ou soldats, dont dnq à sis artilleurs > qui furent utiles surtout à Parmée ja- . cobite. Parmi céis Français , il s'en tl*ouva deux conduite sous la bannière de Charles-Edouatd pat leurs noms jadis chers à l'Ecosse; c'était les deux'frères Douglas, qui faisaient remonter leur origine au preux AAsbibald Doiiglas, créé duc de Touraine par Charles VII , pour prix de ses loyaux services et de la victoire de Beaugé^ L'aîné des deux frères ^ Charles • Joseph Douglas^ se signala par la capture dCt. sloop le Hasard qui croisafit sur les côtes ^ et combattit avec la métne bravoure à Falkirk et à CuUoden.
Mais le premier Français qui joignit Charles- Edouard fut le gentilhomme qui réunissait en sa personne le double litre d'ambassadeur et de général d*avant-garde, Boyer^ marquis tl'Aiguil* les (1)9 président à mortier du parlement d'Aix y frère du marquis d'Argens^ et comme lui plus
(1) Les historiens anglais ont tous es#opîé le nom du marquis ;Home l'appelle marques d'Equiliei^. K son tour ie marquis dans sa relation , que nous avons sous les yeux, ne respecte guère l'orthographe des noms de ses compagnons d'armes.
DE CHÀRLES-éOOCAAD. qS
amoureux de Fagitation des camps qne des graves travaux de la jurisprudence. II y avait dans cette tête provençale une passion d'aventures qui allait bien avec les hasards d'une mission si peu digne de la France , sous le rapport de l'appareil et dû nombre d'hommes qui accompagnaient cet am^ bassadeur militaire. Muni des instructions du comte de Maurepas^ signées peut^tre entre la composition d'une grtwelure de la Saint* Jean et celle d'une ëpigramme, le marquis d'Ai-* guilles partit de Versailles pour Dunkerque, où^ en trente-six heures^ un vaisseau^ qu'il fallut charger de poudre et d'armes^ fut prêt â mettre à la voile. Avec le marquis , s'embarquèrent trois officiers réfugiés au service dé France, le fils aine de lord Strathalan, Sheridan, neveu du gouverneur du prince , et firown, capitaine au régiment de Lalli. Âpres une bonace de plusieurs jours y les vents contraires , une tempête affreuse, et les dangers des parages de la Hollande, multiplièrent les obstacles , mais ne purent décider le marquis à entrer dans un port ou il avait crainte d'être arrêté. Parvenu k la hauteur de l'Ecosse , il rencontra un^ second orage qui affala le vaisseau sous la terre an milieu de la nuit. Ge fut par une espèce de miracle qu'au moment où l'équipage croyait qu'il allait se briser contre les récifs du
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rivage , il se trouva à Tentree d'une anse qui le sauva.
Le lendemain 9 à la pointe du jour, le marquis s'aperçut qu'il était presque au milieu d'une escadre anglaise; il fallait se laisser prendre ou s'écLapper à l'instant. La mer était encore agitée; le capitaine connaissait peu la côte. L'équipage demandait un pilote côlier, ou voulait tirer au large. En ce moment, le marquis montra aux matelots un navire qu'ils avaient sous le vent, et qui venait de mettre pavillon anglais. « Il faut le joindre, s'écria-t-il ; s'il est plus fort que nous, il arrivera ce que Dieu voudra ; s'il est plus faible, nous y rencontrerons peut-être le pilote qui nous manque(i).)) L'équipage compritce langage : le vaisseau anî^lais fut pris sans se défendre, et le capitaine se trouva être un Ecossais jacobite au , fond du cœur, et qui, feignant de ne céder qu'à la violence , se prêta volontiers à conduire les Français dansja rade de Montrose, où ils mouillèrent à deux heures après midi. L'équipage consistait en quarante-deux matelots : le marquis ne laissa sur le navire qu'un seul^nousse, et, donnant lui-même l'exemple, il fit débarquer une partie des armes et des munitions, qu'oq trans-
• (i) Mouioire du marquis d'Aiguilles.
DE CH\IlLBS-ÉDOUAIlD. Çfj
porta jusquVi milieu de la placo de Montrose, où les liabitanis, accourus au*dcvaut des Frau* çais, furent invités à se déclarer pour le prince légitime, il y eut un moment d'hésitation; mais bientôt cliacun demanda des armes en criant : « Vivent Jacques VIII et le prince régent ! » Tous les bateaux fcrent mis en ré(|uisitiun pour achever le débarquement, et, au bout de quinze heures, quand F^scadre anglaise se présenta , elle trouva les munitions déjà en chemin pour Edimbourg, la ville soulevée, et le vaisseau français reparti , portant en France la nouvelle de Theurcuse arrivée du marquis d'Aiguilles,
Ce fut le i6 octobre que le marquis d'Aiguilles arriva au palais d'Holyrood. Son titre d'ambassadeur et ses promesses de secours produisirent quelque effet sur l'opinion; mais ces secours se bornèrent, pendant le mois d'oo^obrc, à trois antres navires qui abordèrent à Montrose et à Stoneliaven. Du reste, le marquis ne se contenta pas de son rôle diplomatique, et il sut tirer l'épée du fourreau dès que l'invasion de l'Angleterre fut décidée.
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