ENTREE A MANCHESTER. LE RÉGIMENT PB MANCHESTER. UL
COLONEL TOWNLET , ETC.
Charles-Edouard ne quitta Carlisle que le 21 novembre. Dans an conseil tenu deux jours auparavant , il avait eu encore besoin de vaincre les objections des Chefs qui désapprouvaient Finvasion de TAngleterre , en leur opposant les lettres des Jacobites anglais , qui Knvitaient à continuer sa marche. Les seigneurs du pays de Galles réitéraient aussi l'assurance] de te joindre avec des forces considérables.. Le bruit avait couru en Angleterre même qu'une armée d'auxiliaires français avait débarqué dans un des comtés du sud : on pouvait croire du moins que ce bruit ne tarderait pas à se réaliser. Lord Georges
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Marray prit U parole , et ayant discuté les avaatages et les désavantages de chaque opinion , fiait par se ranger à celle du prince (i)« U restait à décider si on irait attaquer le maréchal Wade à Mewcastle^ ou si on se porterait plus directement sur Londres, par le comté de Lancastre, au risque de rencontrer F'armée de 10,000 hommes rcuniedans leStraflbrdshire par le général Ligonier^queveoait de remplacer le duc deCumberland, de retour de Flandre. Ce dernier parti souriait davantage à l'impatience du prince : il fut adopté. Des ordres furent envoyés à lord Strathallan, resté à Perth comme conmiandant en chef des forces d'Ecosse , pour qu'il eût à se tendre en Angleterre avec l'armée de réserve, qui depuis le commencement du mois s'était progressivement augmentée : malheureusement lord Strathallau ne mit pas beaucoup de promptitude â obéir à ces instruirions (a\
Une garnison peu nombreuse fut laissée à darlisle ; et le ao novembre la cavalerie jacobite coucha à Penrith. Le ai , toute l'armée fut mise en mouvement ; le a a elle était à Kendal , le 24 à Lancastre, le a5 à Preston , où elle fît une halle 4Fun jour. Le prince aurait pu voyager en voitare
(1) Mémoires du cheraHer de JoHRSTONfi.
V^) Journal and Mémcfirs , etc.
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sur les routes désormais bien entretenues que suivaient ses troupes ; mais il continuait à donner l'exemple en tout , distingué des autres soldats par cela seul qu'il était à leur télé le jour, et veillait à leur sécurité la nuit. Telle était sa lassitude entre Penrith et Shap , qu'il fut obligé de s'appuyer sur l'épaule d'un soldat du clan Ogilvie y qui le soutint ainsi pendant plusieurs milles , à moitié endormi. Long-temps après, ce brave montrait fièrement l'épaule qui avait servi d'appui à son prince (i). Charles avait cédé la voiture qui lui était destinée à lord Pitsligo, par égard pour Tâge du baron. .
L'accueil qui fut fait aux Highlanders dans Près ton, et en gêné rai dans toutle comté deLai^- . castre , montrait que les Jacobites y étaient en majorité. Les cloches des églises sonnèrent un joyeux carillon ; les acclamations du peuple sa* luèrontrétendard de Charles, et quelques jeunes gens s'enrôlèrent
Près ton avait été , en 1715 , le théâtre des derniers efforts des Jacobites des frontières. Plus de mille montagnards étaient venus jusque dans ce comté à leur secours, commandés par le vieux Borlam, plus connu sous le nom de Mack-Intosh.
(1) Homb's History»
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Parmi les Mac-Intosks de rarméc de '(^hariesr Edouard il y en avait plus d'un qui avait contracté à celte époque des liens d'hospitalité dans le Lancashire. Aujourd'hui^ triomphants^ ils pouvaient parler de cette fatale capitulation où leurs Chefs ^ indignement trahis par Tua d'eux , se sacrifièrent pour sauver leurs soldats. D'autres aimaient à retrouver chez leurs hôtes le souvenir de ces martyrs delà fidélité célébrés dan^^nainte ballade (i) : telle était la complainte 4u lord Maxwell, comte de Nithsdale, q«i> enjferraé à la tour de Londres, fut arraché au supplice par l'héroïque ruse de la comtesse son épouse , à la faveur d'un déguisement de femme. En mémoire de cet acte de piété conjugale , on appelait en^ cove Nithsdales les mantilles à capuchon , scm* blables par la forme à cette partie du costume qui avait servi à l'évasion du prisonnier :
« Our Ladye does nom noaght but wipe awa her een^ etc. »
ce Notre lady ne fait plus qu'essuyer ses yeux humides de larmes; son cœur troublé semble prêt à s'élancer du corset de sa robe; elle a revêtu ses plus beaux vêtements, et elle est partie pour Londres , emmenant avec elle tous les cœurs de la contrée. ))
(i) Ho6G*s Jacobite relies. — JacobUe minstrelsy.
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Telle était encore la ballade sar ces deux lords moins heureux y qui rougirent de leur sang les échafauds de Londres : le vicomte de Kenmure, «le plus brave lord de Galloway (i) », et le jeune James RadclifFe , comte de Derwentv^ater, dont les larmes et les pressentiments de leurs épouses n'avaient pu enchaîner les généreux courages. Dcrwentwaler avait demandé pour unique grâce d'être enseveli auprès de ses ancêtres :
« Aibelt that hère in Londvn tonm y etc. »
a Quoique ce soit mon destin de mourir ici à c( Londres, oh ! transportez-moi au Northumberw land, pour m'y déposer dans le tombeau de M mon père j là, chantez mon requiem solennel « sous les saintes voûtes d'Hexham , et que six « jeunes filles du beau vallon de Tynedale sèment « des fleurs sur ma sépulture (2), » Celte dernière demande du comte lui fut refusée, de peur que son cercueil ne causât un mouvement populaire dans le nord ^ et ses restes furent en conséquence enterrés dans le cimetière de l'église de Saint-Gilles (Holborn). Mais, soit qu'un autre corps y eût été substitué au sien, soit que le sien eût été enlevé du cimetière , sqs amis le porté -
(1) Kcnmurc is on and awoy, etc.
(îi) V Adieu de lord Derœentwalcr,
DE CHARLES-iDOUARD. iSq
rent secrètement dans le Northumberland , et accomplirent son vœtl en le déposant à côté de son père , dans la chapelle de Diltson*
« TF'itk viewtes speed by night they pass , elc. »
K Précipitant leur voyage ^ ils passaient inaperçus pendant la nuit , et le jour ils veillaient silencieusement auprès du corps ; aucun prêtre ne chanta sur ce cercueil la sainte mes.se des trépasses ; mais les paysans de Tynedaie pleurèrent à ces funéraill<6s mystérieuses* h
Une aurore boréale avait paru le jour de l'exé* cuti<^ du malheureux comte ; et les habitants des comtés du nordl'appelèrentles m ciergcsfunèbics de lord Derw^twater (i). »
Ces pieux souvenirs des victimes de 171 5 rap*pelaieot à leurs anciens compagnons d'armes qu'ils venaient à leur tour recherclier les mêmes |>érils i mais cette fois leur jeune prince les partagesit avec eux , et sur l'un de ses étendards étaient représentés un cercueil et une couronne ^ pour exprimer qu'il était résolu à vaincre on à périr avec ses braves montagnards.
Après un séjour de deux fois vingt-quatre heures à Preston^ I armée s'avança jusqu'à Mancliestcr y ville commerciale et populeuse, où son
(i) Hocg's Jacobiic relia , tom. H j 5.
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entrée fut .presque une procession triomphale -, un simple sergent s'était chargé d'y. préparer les logements, et son aventure donna lieu à dire que Manchester s'était laissé prendre par un sergent, un tambour et une fille. ^ ^
Parmi les officiers jaco bites, était le chevalier de Johnstone, qui a laissé des mémoires curieux, mais où ses petites passions personnelles jouent peut-être un trop grand rôle ; attaché d'abord au lord Georges Murray, puis au prince luimême comme aide-de-camp , il était passé , par suite de quelque piqne , dans le service de l'artillerie. Un de ses sergents, nommé Dickson, jeune Ecossais qui avait pris la cocarde blanche après avoir été prisonnier à Gladsmuir, vint lui dire qu'il avait fait vainement battre son tambour dans Préston pendant toute la journée du 27 novembre, et qu'il en était d'autant plus contrarié, que les autres sergents avaient été plus heureux. Il lui demandait en conséquence la permission de prendre les devants pour se rendre à Manchester, ctyfairé quelques recrues. Le chevalier de Johnstone lui fit observer que Manchester était une ville de plus de 4o,ooo habitants où,pour prix de son imprudence, il pourrait bien être arrêté et pendu. Il le renvoya donc à sa compagnie sans lui accorder ce qu'il demandait j mais quand
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il rentra le soir à son logement^ il apprit que Dickson avait disparu avec un cheval et $on porte-manteau. Dickson était c< intrépide comme un lion » ; mais il était permis de soupçonner son intégrité, sinon son courage: aussi le chevalier fut-il un peu surpris de le retrouver le 29 à Manchester, où il était arrivé , après avoir voyagé toute la nuit , avec son tambour et und vivandière ou concubine qui partageait «a for-' tune et ses périls de soldat. Dickson remit fièrement au chevalier de Johnstone une liste de cent quatre-vingts enrôlements qu'il avait faits pour sa part, moyennant la faible somme de trois guinées. Le chevalier apprit alors que Dickson avait fait battre du tambour dans la place publique de Manchester et s'était annoncé comme recrutant pour le roi Jacques. Les habitants crurent que les Highianders étaient à leurs portes y mais, ne voyant arriver personne , la populace se crut bravée, entoura Dickson, et voulut le faire prisonnier mort ou vif. Le sergent ne voulut pas avoir le démenti de son audace , arrêta les plus téméraires en leur présentant le canon de son fusil, et leur cria qu'il allait faire sauter la cervelle au premier qui le toucherait. Le tambour continuait de battre ; les Jacobites du pays s'excitèrent les uns les autres à défendre ce brave
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recruteur; ils s'armèrent) et accourureut à son secours. Alors Dickson changea de rôle y en un moment il eut six cents hommes soua son com-« mandement. La populace hostile fut dispersée; le tambour fit entendre un roulement de victoire. Le sergent parcourut les rues en triomphateur* La ville fut illuminée le soir pour Ventrée du prince^ et les cloches sonnèrent, comme à Près-* ton^ un carillon jacobile.
Les recrues de Prestou et de Manchester formèrent un régiment de ^x cents hommes dont le commandement fut confié au colouçl Townley, officier de mérite , qui était venu de France quelque temps après le marquis d'Aiguilles,
DE CHARLES-EDOUARD. t.^S
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