‹ Histoire de Charles Ier (volume 2)Chapitre 130 sur 144 · MORT DE HAMPDEN · texte numérisé non relu

MORT DE HAMPDEN

d'un air de triomphe qu'il avait été tué dans le même uomlé, près du même lieu où, le premier, il avait mis à exécution l'ordonnance du Parlement sur la milice et levé des hommes contre le roi *.

A Londres, en revanche, et dans presque tout le royaume, éclata une douleur profonde. Jamais liomme n'avait inspiré à un peuple tant de confiance : quiconque tenait au parti national, n'importe à quel degré ou par quels motifs, comptait sur Hampden pour le succès de ses YûDux ; les plus modérés croyaient à sa sagesse, les plus emportés à son dévouement patriotique, les plus honnêtes à sa droiture, les plus intrigants à son habileté. Prudent et réservé en même temps que prêt à braver tous les périls, il n'avait encore donné heu à aucun mécompte, possédait encore toutes les afTections, et manqua brusquement à toutes les espérances. Mer- \eilleuse fortune qui fixa pour jamais son nom à la hauteur où l'avait porté l'attente de ses contemporains, et sauva peut-être sa vertu comme sa gloire des écueils où les révolutions poussent et brisent leurs plus nobles favoris.

Sa mort fut comme le signal des désastres du ParleiTient; ils se succédèrent sans interrLq)tion pendant plus de deux mois, aggravant de jour en jour le mal encore caché dont ils étaient le fruit. Les ennemis d'Essex, en laissant manquer de tout son armée, avaient compté.

* Mémoires de Warwick, p. 198-200, dans ma Collection. — Clare.'idcin, llist. uftherebell., t. VI, p. 8j-91.

(19 JUIN lC-13). 419

mais à tort, sur les succès de ses rivaux. Pcudant que le général en chef et le conseil de guerre placé près de lui envoyaient en vain courrier sur courrier pour demander de l'argent, des habits, des munitions, des armes*, on ajiprit qu'à Atherton-Moor, dans le Nord, Fairfax venait dctre battu*; que sir Jolm Hotham était sur le point de livrer à la Reine la place de Hull; cjue lord \Yilloughby ne pouvait plus défendre contre lord Newcaslle le comté de Lincoln, et qu'ainsi la confédération des comtés de l'Est, ce boulevard du Parlement, allait être ouverte à l'ennemi. C'était bien pis encore au Sud-ouest : en une semaine, sir William Waller y perdit deux batailles'; les paysans de Cornouailles, ces descendants des anciens Bretons, disjjcrsaient en toute rencontre les recrues du Parlement; on les vit à Lansdown assaillir en courant, a[)rès en avoir modestement demandé la permission, une batterie jugée inaccessible, et quinze jours après, sous les murs de Bris'ol, ils montèrent à l'assaut avec la même audace *. Dans ce comté, les terres n'avaient point changé de main; les mêmes familles de gentilsiiommes y vivaient entourées, depuis plusieurs siècles, des mômes familles de fermiers; et le peuple de mœurs pieuses et simples, étranger aux idées nouvelles, docile sans

» ParUam. Hist., t. III, col. 141. 155.

* Le 30 juin 1G13. Mémoires de Fairfax, p. 3G7 et suiv., daiia u.a Collection.

'' Celles de Lansdown, dans le comté de Somerset, le 5 juillet 11) 13, cl de Roundway-ciown , dans le Willsbire, le 13 juillet suivant.

* Clarondon,i/i^t. ofthe rtbeU., t. VI, i.. U'J, 139.

420 SUCCÈS DU PATlTI

crainte ni servilité à rinfluence de la noblesse, ressentait pour ses patrons et ses habitudes le même enthousiasme que les plus zélés parlementaires peur leurs opinions et leurs droits ^ Le Roi d'ailleurs avait là, et dans les comtés voisins, quelques-uns de ses plus sages serviteurs : le marquis de Hertford, beau-frère d'Essex, et qui avait longtemps vécu retire dans ses terres par dégoût de la cour; sir Bevil Greenville, le plus populaire de ces gentilshommes de Cornouailles qui l'étaient tous; sir Ralph Hopton surtout, homme de bien autant (jue brave officier, qui ne demandait à Oxford nulle faveur, réprimait sévèrement le pillage, protégeait partout la population, et croyant remplir le devoir d'un sujet fidèle, y portait le cœur d'un bon citoyen. Le mérite de ces généraux, la bravoure de leurs soldats, frappèrent Waller et son armée de discrédit et d'épouvante; il ne maintenait dans ses troupes aucune discipline; elles désertaient par bandes. Les hommes mômes que le Parlement envoyait pour exciter le zèle du peuple se laissaient gagner du même effroi, et le répandaient autour d'eux : les magistrats de Dorchester montrant un jour à M. Strode les fortifications de leur ville, et lui demandant ce qu'il en pensait : « Tout cela, dit-il, n'ar- « rctera pas les cavaliers une demi-heure; c'est un jeu « pour ces gens-là d'escalader des remparts de vingt t pieds de haut^ » Dorchester se rendit à la première

ï Sir Edward Waler's DiscoiaseSj p. bO

2 Clarendon, Hist. oftherehdl., t. VI, p. 207.

ROYALISTE (juillet-août 1043). 421

sommation'; \Yexmoiitli, Poitland, Barnstaple, Bediford, suivirent eon exemple-; Taunton, Bridgewater, Dalli; en avaient déjà fait autant =>; Bristol, la seconde \illc du royaume, céda au premier assaut*, par la làciicté de son gouverneur, Nathaniel Fiennes, pourtant l'un des cliefs du plus violent parti. Chaque jour apportait à Londres la nouvelle de quelque revers; à Oxford, au contraire, la force croissait avec la confiance. La Heine avait enfin rejoint le Boi, amenant trois mille hommes et du canon''; leur première entrevue eut lieu dans la plaine de Keynton, sur le môme terrain où, l'année précédente, les deux partis en étaient venus aux mains pour la première fois; et le même jour^ à la même heure, Wilmot et Hopton remportaient à Roundway-Down', sur les parlementaires, une brillante victoire ^ Charles et sa femme rentrèrent à Oxford en trionq)lic; et Wallcr, qui, en partant pour l'armée, avait enjoint sur sa route à tous les constables de se tenir prêts à recevoir ses prisonniers, revint à Londres sans soldats'.

» En août 1G43.

> Vers la fin d'août 1643.

« Vers la fin de juillet 1G43.

• Le 2,') juillet 1643. Rushworth, part. III, t. II, p. 284. — CJa- Tcndon, Hist of therehell, t. VI, p. 13G-118. — Statc-Trials , t. IV, p. 186-293.

6 Kushworth, part. III, t. II, p. 274. « Lcl3 juillet 1643.

' Dans leWiltshire.

• Clarendon, /fist. of the rchcU., t. VI, p. 130-135. — Rushworth, part. III, t. II, p. 283.

• Clarendon, Hist. of thcieldl, t. VI, p. 134.

l Chaules ^•^ 24

in LE PARLEMENT DEMANDE

Essex, toujours immobile, et imputant son inaction à ceux qui la lui reprochaient, assistait à tant de défaites sans les partager ni les prévenir. Il écrivit enfin à la Chambre haute '. «Je pense que vos seigneuries, si elles « le jugent convenable, feraient bien d'envoyer au Roi « pour avoir la paix, en garantissant la religion, les lois, « les libertés des sujets, et aussi la juste punition des « principaux délinquants qui ont attiré sur le royaume « tant de maux. Si cette démarche n'amène pas un « traité, il faudra, je crois, supplier Sa Majesté de s'éloi- « gner de cette scène de carnage, et alors, en un jour, « les deux armées videront le débat *. » Quelques jours plus tôt, cette lettre eût été peut-être bien accueillie : au bruit des premiers revers, les Lords avaient solennellement protesté de leur fidélité au Roi et préparé de nouvelles propositions de paix'; les Communes, au contraire, plus irritées qu'abattueS;, avaient sommé la Chambre haute d'adopter enfin leur résolution au sujet du grand sceau, et sur son refus, de leur seule autorité, elles en avaient fait graver un, portant d'un côté les ar mes d'Angleterre et d'hlaude, de l'autre la représentation de la Chambre des Communes en séance à Westminster, sans aucun signe qui rappelât les Lords *. Dans

1 Le 9 juillet 1643.

• Joumals of theHouse of Lords, 11 juillet 1643. — Rushworlh, part. III, t. II, p. 290.— Whitelocke, p. 67.

' Le 16 juin 1643. Parliam. Hist., t. III, col. 132.

♦ Dans les premiers jours de juillet. Parliam. Hist., t. III, col. 143.— Whiielocke, p. 67.

LE SECOURS DES ECOSSAIS (juillet 1613). 42b

lin tel accès de discorde, ceux-ci se seraient prêtés sans doute aux vues pacifiques du général. Mais vers la môme éj)oque *, le Roi, enflé de ses premiers succès, déclara officiellement que les individus réunis à Westminster ne formaient plus deux Chambres véritables; que la retraite de tant de membres et le défaut de liberté des délibérations leur avaient fait perdre toute existence légale ; que désormais il ne leur donnerait plus le nom de Parlement; enfin qu'il défendait à tous ses sujets d'obéir à ce ramas de traîtres et de séditieux*. Une réprobation si générale et si violente rétablit soudain l'union entre les deux Chambres : le 5 juillet elles décrétèrent de concert que des commissaires iraient de leur part demander à leurs frères, les Écossais, l'envoi d'une armée au secours des protestants d'Angleterre menacés de tomber sous le joug des papistes'; et quand la lettre d'Essex parvint aux Lords, ils votèrent qu'ils n'adresseraient au Roi ni pétition ni propositions pacifiques, tant qu'il n'aurait i)as révoqué sa proclamation portant que les deux Cliambrcs ne formaient plus un Parlement hbre et légal \

Esscx n'insista point : honnête et sincère, en conseillant la paix il avait cru remplir un devoir; du reste il res'^ectait lus Cliambros^ et son avis donné, loin de pré-

1 Le 20 juin 1G43.

« Rushworth, part. III, t. II, p. 331.

• Parliam. Hist., t. III, col. 144.

* JournaU of the House of Lords, Il juillet 1C43.

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