‹ Histoire de Charles Ier (volume 2)Chapitre 2 sur 144 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

A <dn croire une opinion aujouid'liui fort répandue, il semble que ces deux révolutions aient été des événements étranges, émanes de principes et conçus dans des desseins inouïs, qui ont jeté la société hors de ses voies anciennes fct naturelles; des ouragans, des tremblements déterre, un dç ces phénomènes mystérieux enfin qui ne se rattachent point aux lois connues des hommes, et éclatent subitement, comme un coup d'État de la Providence, peut-être pour détruire, peut-être pour rajeunir. Amis et ennemis, panégyristes et détracteurs, tiennent en ceci le même langage : au gré des uns , ces crises glorieuses ont mis au ;|our, pour la première fois, la vérité, la liberté, la justice; jvant elle^ tout était absurdité, iniquité, tyrannie; à elles seules le genre humain doit son salut : selon les autres, ces catastrophes déplorables ont interrompu un long âge de sagesse, de vertu, de bonheur; leurs auteurs ont proclamé des maximes, élevé des prétentions, commis des attentats jusque-là sans exemple; les peuples, dans un accès de folie, se sont écartés de leur route accoutumée; un abîme s'est ouvert sous leurs pas.

Ainsi, soit qu'on les célèbre ou qu'on les déplore, pour les bénir ou pour les maudire, tous s'accordent à tout oublier en présence de ces révolutions, à les isoler absolument du passé, à les rendre responsables de la destinée du monde, à les charger seules de l'anathème ou de la gloire.

il est temps d'échapper à ces mensongères et puériles déclamations.

Loin d'avoir rompu le cours naturel des événements en Europe, ni la révolution d'Angleterre ni la nôtre n'ont rien dit, rien voulu, rien tait qui n'eût été dit, souhaité, fait ou tenté cent tois avant leur exolosion. Elles ont pro-

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clamé rillégitimité du pouvoir al)solii : le libre consenlement en matière de lois ou d'impols et le droit de résistance à main armée étaient au nombre des princiiies constitutifs du régime féodal;, et l'Église a souvent répété ces paroles de saint Isidore, qu'on lit dans les canons du quatrième concile de Tolède : « Celui-là est Roi qui régit son « peuple justement; s'il fait autrement, il ne sera plus « Roi.» Elles ont attaqué le privilège et travaillé à introduire plus d'égalité dans l'ordre social : autant en ont fait les rois dans l'Europe entière, et jusqu'à nos jours les progrès de l'égalité civile se sont fondés sur les lois et mesurés par les progrès de la royauté. Elles ont demandé que les fonctions publiques fussent ouvertes à tous les citoyens, distribuées selon le mérite seul, et que le pouvoir se donnât au concours : c'est le principe fondamental de la constitution intérieure de l'Église, et elle l'a non-seulement mis en vigueur, mais hautement professé. Soit qu'on regarde aux doctrines générales des deux révolutions ou aux applications qu'elles en ont faites, qu'il s'agisse du gouvernement de l'Etat ou de la législation civile, des propriétés ou des personnes, de la liberté ou du pouvoir, on ne trouvera rien dont l'invention leur appartienne, rien qui ne se rencontre également, qui n'ait au moins pris naissance dans les temps qu'on appelle réguliers.

Ce n'est pas tout : ces principes, ces desseins, ces clTorls qu'on attribue exclusivement à la révolution d'Angleterre et à la nôtre, non-seulement les ont devancées de plusieurs siècles, mais ce sont les mêmes principes, les mômes efforts auxquels la société doit en Europe tous ses progrès. Est-ce par ses désordres et ses privilèges, par la hriiialité de sa force et l'abaissement des honmies sous sou joug,

n PREFACE.

que l'aristocratie féodale a pris part au développement des nations? Non ; mais elle a lutté contre la tyrannie royale; elle a usé du droit de résistance, et maintenu les maximes de la liber lé. De quoi les peuples ont-ils béni les Rois? Est-ce de leurs prétentions au droit divin , au pouvoir absolu , de leurs prodigalités , de leur cour ? Non ; mais les Rois ont attaqué le régime féodal, le privilège aristocratique ; ils ont porté l'unité dans la législation, dans Tadministration; ils ont secondé les progrès de l'égalité. Et le clergé, d'où est venu sa force? Comment a-t-il concouru à la civilisation ? Est-ce en se séparant du peuple, en s'épouvantant de la raison humaine, en sanctionnant au nom du ciel la tyrannie? Non; mais il a réuni pêle-mêle dans les églises, et sous la loi de Dieu, les petits et les grands, les pauvres et les riches , les faibles et les forts ; il a honoré et cultivé la science, institué des écoles, favorisé la propagation des lumières et l'activité des esprits. Qu'on interroge l'histoire des maîtres du monde, qu'on examine l'influence des diverses classes qui ont décidé de son sort ; partout où quelque bien se laissera voir, dès que la longue reconnaissance des hommes attestera un grand service rendu à l'humanité, c'est qu'un pas a été fait vers le but qu'ont poursuivi la révolution d'Angleterre et la nôtre; on se sentira en présence de quelqu'un des principes qu'elles ont voulu faire prévaloir.

Qu'on cesse donc de les peindre comme des apparitions monstrueuses dans l'histoire de l'Europe; qu'on ne nous parle plus de leurs prétentions inouïes, de leurs infernales invenlions : elles ont poussé la civilisation dans la route qu'elle suit depuis quatorze siècles; elles ont professé les maximes, avancé les travaux auxquels l'homme a dû, de

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