‹ Histoire de Charles IX [i.e. Neuf]Chapitre 13 sur 69 · UNE EXPÉDITION FRANÇAISE DANS LA FLORIDE EN · texte numérisé non relu

UNE EXPÉDITION FRANÇAISE DANS LA FLORIDE EN

Après avoir reposé nos yeux des affaires intérieures de la France en nous occupant du concile de Trente et des discussions intéressantes qui le terminèrent, suivons encore Faction de nos compatriotes dans un pays lointain, en Amérique, et parlons de l'expédition à petite échelle qui fut faite dans la Floride en 1565, de même que nous avons exposé dans V Histoire de François II les faits relatifs à la colonisation tentée au Brésil par Yillegagnon'.

Cette contrée avait été découverte sous François I". Dès

* Nous extrayons les détails de ce chapitre de Brief Discovrs et histoire (fvn voyage de quelques François en la Floride et du massacre exôcaté sur eux par les Hespagnols, par ci devant rédigé au Tray par ceux qui s'en retirèrent et maintenant reueue par M. Vrbain CSharveton^ 1579. Ce récit laisse à désirer, et cependant il se sert de l'écrit d'un témoin oculaire nommé Lechalleux, Dleppois. On doit une autre relation à un peintre dieppois, Jacques Lemoyne de Morgues, qui faisait partie de l'expédition^ parvint à se sauver et gagna Londres.

* Villegagnon, ou Villegaignon, avait été envoyé à Brest en 1552, avec une commission de vice-amiral de Bretagne, alors que Marc de Carné, gouverneur de Brest^ exerçait déjà ces fonctions de la vice-amirauté bretonne; on comprend que la mission de Villegagnon ait eu à souffrir de cette situation. Lisez Histoire de la ville et du port de Brest, par M. Lbyot, 1. 1, p. 59 et suivantes.

1524, nous y possédions une colonie, mais le peu de Français laissés en ce pays ne tardèrent pas à y être massacrés et peut-être mangés, si les sauvages de l'intérieur avaient réussi à s'en emparer, car ces derniers étaient cannibales, ceux de la côte ne Tétant pas. Quarante ans plus tard, nous reparûmes dans ces contrées, et y construisîmes Charles-fort, sur la rivière de May (Riosan-Mateo), en l'honneur de Charles H, non loin d'une autre rivière, bordée de peuplades indigènes et que les nôtres nommèrent Seine. Cet établissement, commandé bientôt par un Poitevin, René de Laudonnière, brave officier de marine, chef d'une des expéditions, ne tarda pas à être ruiné par une attaque de 400 naturels, et ceux qui l'occupaient tués ou affamés. André Thevet prétend à tort que la France perdit ainsi un millier d'hommes; il est peu croyable que l'on ait envoyé autant de monde de France en Amérique, ou que la population venue depuis trente ou quarante ans se fût ainsi accrue. Jean Ribault, ûieppois^ marin connaissant déjà la Floride, où il avait paru, dit-on*, en avril 1560, fut renvoyé sur les côtes américaines ', dans un intervalle de pacification intérieure, par Charles IX, avec le titre de lieutenant de roiy et pourvu de sept navires. Ribault, dont les instructions portaient qu'il n'attaquerait aucune possession espagnole, vint droit en Floride. Il amenait trois cents hommes, y compris plusieurs familles d'artisans. Malgré une relâche forcée de deux semaines' à l'île de Wight, sur la côte méridionale de

« Un fort avait été établi à l'entrée du Toubachire ; le capitaine Aabert ou Albert y demeura avec 25 soldats, dont les nommés Guernacbe et Lacheré ; ce dernier fut tué et mangé en mer par ses compagnons, lesquels s'étaient, après bien des misères, confiés à un mauvais brigantin, pour gagner la Bretagne, où ils revinrent en effet.

* Le nombre des voyages successifs de Ribault dans ces parages ne me parait pas bien déterminé.

3 Du 28 mai au 14 juin.

FAngleterre, sa traversée se termina le 1 4 août. Débarquant à une cinquantaine de lieues des précédents établissements français, il s'aboucha avec les habitants du pays, armés d'un arc et de flèches qu'ils plaçaient dans leur chevelure longue et retroussée, comme dans une espèce de carquois.

A peine installé, Jean Ribault fit remparer et munir un nouveau fort, nommé également le fort Caroline, de façon à le mettre à l'abri d'une insulte inopinée, et voulut en confier à nouveau le commandement au capitaine Laudonnière, mais celui-ci, usé par son séjour en ce pays et par de nombreux soucis, déclina l'offre.

Le 3 septembre 1565, cinq navires espagnols, venus exprès de Cadix, se montrèrent en vue des nôtres et se 'déclarèrent ennemis. Une tempête terrestre et maritime éloigna la collision et donna le temps aux Espagnols d'observer nos mouvements et de s'entendre avec les sauvages qu'ils fréquentaient depuis plus longtemps. Ils profitèrent de cette situation et se firent conduire par un chemin détourné afin de surprendre le fort, par une matinée pluvieuse, alors que la garde s'y faisait mal. Les Français furent impitoyablement égorgés, à l'exception d'un petit nombre qui parvinrent à sauter par-dessus les palissades et à fuir vers les vaisseaux, et d'un autre groupe qui gagna un bois voisin, mais fut presque entièrement massacré. Jacques Ribault S capitaine de la P^r/e, fut ensuite sommé de se rendre avec ses navires ; il n'en fit rien, répon* dant qu'il n'était point en guerre, que le roi lui avait interdit de descendre sur aucune terre appartenant à TEspagne, et qu'il n'avait en rien enfreint cette défense. Une telle réponse irrita les Espagnols. Pour sortir de cette situation critique, les survivants de l'expédition résolurent de revenir en

« Filt du chef de rexpédition.

France. Ils mirent à la voile dans ce but le 25 septembre avec deux bâtiments que la tempête sépara bientôt, mais enfin, après une traversée des plus pénibles, ils parvinrent sur la côte française aux alentours de la Rochelle. Pendant ce temps, le capitaine Jean Ribault cherchait la flotte espagnole pour la combattre ; il fut pris et mis à mort avec tous les siens. On Técorcha, et la peau de son visage, envoyée au Pérou, puis à Séville, comme trophée, devint une marque indélébile autant de la cruauté déployée vis-à-vis d'uD adversaire courageux que de sa gloire. Mais ces colons de la Floride professaient presque tous la religion protestante, en sorte que les Espagnols mettaient contre eux plus d'acharnement. On prétend même que les corps des pauvres pendus portaient cette inscription : Non comme Français^ mm comme hérétiques.

Les veuves, les orphelins, les familles entières des Français massacrés, adressèrent de vives réclamations à Charles IX sur une action, disaient-ils, ce contraire à toutes factions de la guerre et à toutes loix et ordonnances qui jamais ayent esté receues de Dieu ne des hommes » . Le roi de France, se portant défenseur de ses sujets, réclama justice de son beau- frère ; celui-ci désavoua d'abord le fait, puis prescrivit une enquête qui n'inquiéta guère les auteurs des cruautés gratuitement exercées, et pourtant en quoi une aussi faible tentative de colonisation pouvait-elle contrarier les établissements espagnols ?

Nous recueillerons les noms conservés des Français qui tombèrent victimes en cette occasion, en regrettant que les relations parvenues jusqu'à nous n'en aient pas cité un plus grand nombre ^

* Voici les noms d'autres Français dont il est parlé dans le récit des diverses expéditions de la Floride : le capitaine FiquirwiUey Nicolas Barré, les soldats

l** SUR LA FLOTTE :

Jean Ribault ^, chef de Texpédition et montant la Trinité^ vaisseau amiral; homme gracieux, modeste, peut-être trop peu énergique en cette circonstance (car il jouissait d'une grande renommée), malgré les faibles ressources dont il disposait.

Maillard^ capitaine d'un petit navire.

Lagrange^ capitaine d'un autre bâtiment, marin de bon conseil et d'une conduite exemplaire.

Jacques Ribaulty capitaine de la Perle,

Louis Ballardy son lieutenant.

Thomas Levasseur (de Dieppe).

Vincent Simon.

Michel Gonor.

Christof/le Le Breton (du Havre de Grâce), l'un des survivants du massacre, suivant une autre version.

Lemoyne de Morgues^ peintre, auteur d'un portrait du chef sauvage, nommé Satouriona, et devenu notre allié, du dessin d'un combat et de plusieurs autres croquis.

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