HISTORIENS ET CHRONIQUEURS
Davila, d'Aubigné, la Popelinière, tels sont les principaux historiens de ce règne ^ Le premier s'occupe presque exclusivement des événements militaires, mais il est bien instruit des autres, au point de vue cathohque et de la cour. François d'Aubigné, cet homme singulier qui, parmi un grand nombre d'aventures, trouva moyen de se remarier étant condamné à mort^, reste précis dans ses Mémoires, mais touche à un grand nombre de sujets en son Histoire universelle, qui parut plus tard et commence à l'année 1550. La Popelinière, qui joua surtout un rôle militaire * dans les premières années du règne de Henri III, est une
• Th. de Bèze, fort versé dans les littératures anciennes, était en outre poète, et assez, non-seulement pour traduire des psaumes, mais pour composer une tragédie en vers de dix syllabes, le Sacrifice d'Abraham, Lausanne, 1550.
^ Jacques-Auguste de Thou n'appartient à ce règne, ni comme magistrat, ni comme historien ; il ne comptait en effet que vingt et un ans à la mort de Charles IX.
3 En 1622 ; il avait alors soixante-dix ans.
* En 1575 il réussit dans une expédition contre l'ile de Ré.
source vivace et abondante ; sa Vraije et entière histoire des troubles et guerres civiles advenues de nostre temps date de 1571 et fut imprimée treize ans plus tard, non plus à Cologne, mais à Paris, avec le nom de Jean le Frère (de Laval) comme auteur. La Popelinière était protestant, et, comme il traite principalement des guerres, son livre doit constamment être comparé avec celui de Davila : ce sont, remarquons-le, deux chefs, deux témoins oculaires qui écrivent.
Il faut aussi rappeler, outre les Mémoires d'Etat sous Charles IX, Marguerite de Yalois et Guillaume Paradin.
Les Mémoires de Marguerite de Valois forment une source précieuse, particulièrement en ce qui concerne la Saint-Barthélémy et la jeunesse du Béarnais, On les a maintes fois réimprimés, annotés, et aucune des éditions ne manque d'intérêt ; c'est que cet écrit vit, respire, avec autant d'animation que la gracieuse et légère princesse qui en est l'auteur déclaré.
Guillaume Paradin a publié plusieurs ouvrages historiques, une Chronique de notre temps^ continuée jusqu'en 1556, et les Annales de la Savoie et de la Bourgogne; mais son nom mérite surtout de figurer en raison de son Journal^ qui embrasse les années 1572 et 1573. C'est un écrivain exact, qui était chanoine à Beaujon, comme son frère Claude, l'auteur des Devises héroïques ^
« Publié en 1838.
» C'est un des derniers Emhlemata, fort à la mode dans ce siècle. In-12, Anvers, avec nombreuses figures, 1563, chez Jean Stelsius, imprimé par Christophe Plantin. Ces recueils sont plus sérieux qu'on ne le croit généralement, et il y règne une douce philosophie. Choisissons pour exemple la devise Cœcus nmor prolis ; voici la réflexion de Paradin : « Le singe naturellement aime tant et estant foi de ses petits, qu'en les embrassant et acolant, les estraint si fort, que souvent les oppresse et tue. Et ainsi fait côme plusieurs pères, qui amignardèt tant, et sont tant douillets, et tendres de leurs enfans, qu'en fin n'en font chose qui vaille. »
Au dernier rang des historiens écrivant sous ce règne, nous mentionnerons un auteur médiocre, François de Belleforest, très-connu de son temps pour un livre courtisanesque et imprimé avec assez de luxe, V Histoire des neuf rois de France qui ont eu le nom de Charles^. ; cet auteur tenta de vains efforts pour se faire admettre dans la pléiade.
Les historiens et chroniqueurs de ce temps vivent trop en. notre récit pour insister à leur égard plus longuement.