A GUERRE DES NAVARRAIS
par les Français : Evrcux, le Pont-Audemer et Breteuil K Sauf, en ce qui louche Evreux, dont la résistance prit fin trop tôt, et qui n'attendit pas l'armée de secours, les alliés réussirent dans leur entreprise.
Le duc de Lancaslre avait sous ses ordres un peu plus d'un millier d'hommes d'armes et quatorze cents archers environ 2, ces derniers tous montés. On aura remarqué, sans doute, qu'il ne lui avait pas été expédié de Southampton moins de i./ioo chevaux. Une relation, écrite au moment où la chevauchée venait de se terminer, fait connaître jour par jour l'itinéraire de la colonne anglaise et la longueur de chaque étape 3. Elle a évidemment pour auteur un des compagnons d'armes de Lancaslre, qui évalue les dislances en « lieues de pays », dont chacune, dit-il, est plus longue que deux lieues anglaises ^, probablement deux milles anglais. En comparant ces évaluations avec les dislances réelles qui séparent deux localités données, on voit que la lieue normande du xn' siècle était quelque peu supérieure à 4 kilomètres (/i k. 200 environ). On pourra, d'après cela, se faire une idée de l'allure des Anglais, dont les étapes eurent une longueur moyenne de 7 lieues.
Le duc de Lancaslre se mit en marche le 2a juin. Le premier jour, il alla coucher à Carentan et le second à Torigny-sur-Vire^, en laissant derrière lui la (( forte » place de Sainl-Lô, contre laquelle il n'y avait rien à tenter. Après avoir donné une journée de repos à ses hommes (25 juin), il continua sa roule et traversa de l'ouest à lest le territoire du déparlement actuel du Calvados; ses gîtes d'étape furent Evrecy,
1, II semble aussi que les Anglais aient eu l'idée d'une jonction possible du duc de Lancastre avec le prince de Galles (Voy. le Chapitre suivant).
2. Les totaux donnés par Robert de Avesbury sont : «joo hommes d'armes et i./joo archers, ce qui ne cadi'C pas avec les chiffres indiqués par le chroniqueur luimême. A supposer que Lancastre se fût conformé ponctuellement aux ordres d'Edouard 111 et eût reçu tous les renforts promis, il aurait eu j.otio hommes d'armes et i.5oo archers.
.S. Op. cit., p. /|f)2 : u Ce sounl lez journées de la chivache Mounseignur le duk de Lancastre en Normandie etc. ».
i. lbid.,i>. f\G'i : (( ... \ litiHs de la terre, dcunt chescun lieue est plus long qe II lieues d'Engleterre... »
5. Carenlan ; Manche, air" Saint Lu, ch.-l. de c'". — Torignysur-\ire; Manche, arr' de Saint Lô, ch.-l. de c°°. — Les noms de lieux sont extrêmement défigurés dans Robert d'Avesbury ; mais toutes les idenlilicalions ont été faites par M. L. Delisle, dans son Hist. de Saiut Sauveur-lf-]'irointe, y». 6G-87.
LA CHEVAUCHEE DU DlC DE LANCASTHE 1 77
Argences et Lisieiix (2O, 27 et 28 juin)'. Pour arrivera Lisieux, il dut franchir, au pont de Corbon -, les marais formés par la Dives et ses affluents; il eût été facile de l'y arrêter, mais il ne rencontra aucune résistance. Rien ne s'opposait plus à sa marche sur le Pont-Âudemer, assiégé par les Français depuis la fin d'avril et qu'il s'agissait de délivrer 3. Leduc réussit au-delà de ses espérances. Dès que les assiégeants surent que Lancaslrc avait passé au pont de Corbon, ils s'éloignèrent précipitamment à la faveur de la nuit, abandonnant leur matériel de siège, et même l'armement des arbalétriers '». Les Anglo-Navarrais s'arrêtèrent deux jours dans la ville (3o juin et i" juillet), pour éventer les mines, pratiquées par les assaillants, et que ceux-ci avaient poussées très loin, puisqu'ils étaient arrivés à quatre pieds des murs d'onceinle. Lancastre fit ravitailler le château pour un an, et en confia la garde à un brabançon, « Jean de Luk », auquel il laissa 5o hommes d'armes et 5o archers, pris dans sa propre troupe 5.
Du Pont-Audemer, les Anglais allèrent sans doute rançonner l'abbaye du Bec-IIellouin (2 juilletj'^,ol, redescendant toujours [)lus au sut!, donner l'assaut au chàleau de Conches-sur-Ilon, ([ui fut brûlé '. Leur approche fit déguerpir un corps français qui blocpiait Breteuil. dont le château fut ravitaillé, comme l'avait été celui du Pont-Audemer.
1. Evrecy ; Calvados, arr' Caen, cli.-l. de c'° ; — .\rgences; Calvados, arr' Caen, ch.-l. de c°°; — Lisieux ; Calvados, ch.-l. d'arr*.