‹ Histoire de Charles VChapitre 142 sur 381 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La bataille de Poitiers.

I. Chevauchée du prince île Galles à travers la France. L'expédition n'a d'autre but que le pillage et la dévastation du territoire ennemi. Le départ de Bordeaux (lin juin i3ô6). Les Gascons dans l'armée anglaise. Effectif probable de cette armée. — II. Le départ de Bergerac et le commencement de la chevauchée (4-5 août). Itinéraire du Prince Noir: il traverse successivement le Périgord, le Limousin et le Berry ; incendie des faubourgs de Bourges. Boucicaut essaie de surprendre les Anglais ; le château de Romorantin. —III. L'armée anglaise ne réussit point à franchir la Loire ; le séjour à Montlouis ; retraite sur la Guyenne. Montbazon; le cardinal de Périgord et les négociations pour la paix. Le prince de Galles à la Haye; marche enveloppante de l'armée française. Ghàtellerault; les Anglais s'y arrêtent deux jours entiers ; continuation de la retraite. La rencontre de la Chabotrie ; le roi de France à Poitiers. — IV. L^armée anglaise reprend sa marche le dimanche matin, iS septembre; à deux lieues de Poitiers, elle se heurte à l'armée française. Description du terrain ; le plateau de Mauperluis ; le bois de Nouaillé ; le Miosson. Dispositif des Anglais. Ordre de bataille des Français : les trois échelons et l'avant-garde. Evaluation des forces françaises. L'infériorité numérique de l'armée anglaise compensée par sa valeur intrinsèque : les hommes d'armes ; les archers ; Gallois et Irlandais. Principaux capitaines anglais. Le combat à pied. Reconnaissance de la position anglaise parEustache de Ribemont. Préparatifs de combat. La trêve; les négociations; nouvel échec du cardinal de Périgord. - V. Le lundi, 19 septembre. Les Anglais s'ébranlent pour passer le Miosson. Charge des deux maréchaux français, Clermont et Audrehem; elle est repoussée par les archers. La bataille du dauphin attaque le centre de la position anglaise; contre-attaque exécutée par l'avant-garde anglaise. La panique se met dans le deuxième corps français commandé par le duc d'Orléans. Les enlants de France emmenés loin du champ de bataille. Défense désespérée de Jean II; sa capture. Denis de Morbecque et Bernard du Troy. - VI. Les conséquences de la défaite.

I. — L'approche du prince de Galles avait hâté la reddition de Breteuil, le roi de France, impatient de se porter à la rencontre de l'envahisseur, ayant fait aux assiégés des conditions auxquelles une résis-

tance prolongée ne leur permettait pas de s'attendre. Au moment où la place capitulait, le fils d'Edouard 111 pénétrait dans le Berry. après avoir pillé et dévasté sur son passage l'Agenais, le Limousin et la Marche 1. C'était, sur une plus grande échelle, une opération militaire analogue à celle qui, quelques mois auparavant, avait coûté si cher au Languedoc-. Le chef de l'armée anglaise avait-il un autre but que de ravager le territoire ennemi? Se proposait-il notamment de donner la main au duc de Lancastre et aux Navarrais 3. ou, avec moins de chance de succès encore, de rejoindre son père '*, au cas où le roi d'Angleterre serait de nouveau descendu à Calais» ? Quelle qu'ait été la réalité des projets qu'on lui a prêtés avec plus ou moins de vraisemblance, ou qu'il a pu caresser lui-même sans les prendre très au sérieux, la réussite en était fort problématique, et, faute d'un concert préalable, laissée à la merci des événements <».

1. Grandes Cliron., VI, .Hi : « Et de là (de Breteuil) se parti le Roy et s'en ala à Chartres et fist la semonce pour aler encontre le prince de Galles, ainsnc filz du roy d'Angleterre, qui s'estoit parti de Bourdeaux et estoit venu ou pays de Berry, en robant, pillant et ardant les pays par où il passoit ».

2. Rev. Hereford Brooke George (professeur d'histoire et de géographie militaires, à New-CoUege, Oxford), Baftles ofcnglisk History, London, i895,in-i2°, p. G7 : u Early in july the next year (i356) the prince started for a similar expédition on a larger scale, striking this time into the very heart of France ».

3. Froissart, V, 70-71. Cf. ibid., p. xvii-xvni. — Lancastre paraît effectivement s'être mis en marche pour rejoindre le Prince Noir, mais le 16 septembre, il était encore aux Ponts-de-Cé, où il essayait vainement de franchir la Loire (S. Luce, Hist. de Bertrand du Guesclin, lio-i^i). 11 y a donc une exagération manifeste dans certains détailsdonnés par le Baker de Swynebroke {Chronicon, p. 1^2) : « ... om nés pontes inler Blaviam et Turoniam, quibus interiluit Ligeris unda, frangi jussit coronatus (le roi Jean), ne inler principem et ducem Lancastrie, usqucquaque via paterel, quorum exercitus ignés alternos de nocte faciliter aspiciebant ».

l\. Lettres du prince de Galles à la municipalité de Londres : Bordeaux, 22 octobre i3dG (Londres, Arch. de Guildhall, Lettcrs-Book G, fol. 53"°. Copie contemporaine. — Impr. [édit. paléographique] par Nicholas Harris-Xicolas dans A Chronicle of London from 1189 ta l'iSS. London, Longman and C", 1827, in-4°, p. 204-206) : « ... et la sovcraigne cause de nostre aler vers celles parties estoit que nous entendismes d'avoir eu noveles de nostre dit seignur et piere le Roi corne de son passage »• Cf. dans le même sens Le Baker, Chronicon, i3g.

Page 1